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Table des matières

 

DOCUMENTS

Document 1. Photographies.

 



 

Document 2. Hymne du K.D. "Glorieux 17 avril" [1].

 

Sang rouge vif qui recouvre les villes et les plaines

Du Kampuchéa, notre Patrie,

Sang sublime des travailleurs et paysans,

Sang sublime des combattants et combattantes révolutionnaires !

Le Sang qui se change en haine inflexible

Et en lutte résolue,

[et qui] Le 17 Avril, sous le drapeau de la Révolution,

Nous a libéré de l’Esclavage !

 

Longue Vie, longue vie au 17 avril !

Victoire Glorieuse à la signification plus grande

Qu’aux temps d’Angkor!

[version donnée par Ponchaud : Vive le 17 avril, jour de victoire très extraordinaire dont la portée dépasse en prestige l’époque d’Angkor » [2]]

 

Nous nous unissons pour édifier

Un Nouveau Kampuchéa Splendide et démocratique

Et une Nouvelle Société d’égalité et de justice,

Appliquant fermement la ligne d’indépendance, de souveraineté et d’auto-suffisance.

Défendons résolument

Notre Patrie, notre Terre sacrée

Et notre Glorieuse Révolution!

 

Longue vie, longue vie, longue vie,

au nouveau Kampuchéa démocratique et prospère !

Hissons résolument haut

Le drapeau rouge de la Révolution!

Edifions notre Patrie !

Faisons-là avancer par grands bonds,

Afin qu’elle soit plus glorieuse et plus merveilleuse que jamais!

 

Document 3. Slogans figurant dans Drapeau Révolutionnaire, déc.-janv. 1976, n° spécial, pp.63-67 [3].

 

1. Vive le Parti communiste du Kampuchéa, formidablement juste et clairvoyant .

2. Vive la puissante et prodigieuse révolution du Kampuchéa.

3. Vive le grandiose et prodigieux peuple du Kampuchéa.

4. Vive la vaillante, puissante et prodigieuse armée révolutionnaire kampuchéenne.

5. Saisir résolument la ligne du Parti sur la défense et l’édification nationales, s’en imprégner pour bien l’appliquer avec le maximum d’efficacité.

6. Tenir constamment en éveil la vigilance révolutionnaire pour anéantir résolument toute manœuvre de l’ennemi et assurer la défense du pays, de la révolution du peuple et du parti.

7. Poursuivre résolument la lutte pour éliminer la notion de propriété individuelle [kôlchamhar kammaset suon tuo] aussi bien sur le plan matériel que sur celui du pouvoir et de la morale.

8. Poursuivre résolument l’offensive [veay samrok] pour mener la lutte de classe au sein du Parti, de l’Armée, des rangs révolutionnaires, du peuple et de la communauté nationale toute entière.

9. Mener résolument l’offensive pour appliquer la ligne de la révolution socialiste et de la construction du socialisme du Parti.

10. Eliminer résolument l’individualisme, l’égocentrisme [suon tuo niyum], le subjectivisme [attanomat niyum], l’autoritarisme, le militarisme, le mandarinisme [ou le fonctionarisme], et le bureaucratisme.

11. Soyons déterminés à appliquer résolument la ligne du Parti relative à la direction et au travail suivant le centralisme démocratique et le principe collectif.

12. Soyons déterminés à appliquer résolument la ligne du Parti relative à la direction et au travail suivant un plan et un programme clairs et minutieux.

13. Se débarrasser résolument du style de direction et de travail sans plan ni programme bien définis [paat naa paat nei], de façon aventureuse [prathoy prathaan] et irresponsable.

14. Se débarrasser résolument de la position petite-bourgeoise, capitaliste, féodale [sakdephum], paysanne et artisane, puis s’armer (endosser) et renforcer la position prolétaire du Parti.

15. Soyons déterminés à édifier, renforcer et élargir résolument le Parti dans tous les domaines suivant la position prolétaire.

16. Soyons résolument déterminés à défendre le territoire, terrestre et maritime de notre Kampuchéa.

17. Soyons déterminés à mener résolument des offensives pour appliquer la ligne consistant à édifier rapidement une agriculture moderne en 10 à 15 ans.

18. Soyons déterminés à mener résolument des offensives pour appliquer la ligne consistant à édifier rapidement l’industrie en 15 à 20 ans.

19. Soyons déterminés à mener une lutte résolue et permanente pour réaliser la révolution idéologique [satek aram] à l’intérieur du Parti suivant la position prolétaire.

 

 

Document 4. Index matière pour L’Utopie meurtrière de PIN Yathay avec la collaboration de Lucien Maillard, Opéra Mundi/Laffont, 1980.

Yathay, ingénieur, fut déplacé au Sud de Pursat, dans le Nord Ouest.

250 grammes : 133, 231

1 million : 237

A les laisser en vie... (hommes cultivés) 307

Alcool, 314

Alimentation en commun : 185, 263

Amour, amoureux : 253, 314-5

Anciens /  nouveaux : 178, 219, 227, 231, 251, 254-5, 287, 296, 299, 308

Angkar loeu 304

Angkor : 179

Anthropophagie : 217, 227

Apartheid absent 169, 253

Autocritique 242-243, 255

Autosuffisance : 241, 286, 288

Avertissement (premier) : 301

Billets de déplacement : 275-6

Bœufs : 197, 241, 305 (camarade bœuf)

Bois : 198, 173

Bouddha : 38, 233, 306, 410

Bouddhisme, cultes : 198, 208, 233, 326

Cadres illettrés : 95, 179-181, 275, 283, 308

Camp spécial : 217, 231, 301

Caractère national : 205, 253

Catégories sociales : 181, 206, 210

Chams : 232

Châtiment mutuel : 244 (Selthor Kdav)

Chefs de village, 163, 237, 308

Cigarettes : 275, 303

Collectivisme / Collectivité  : 254, 257

Corruption : 176, 246, 309, 344

Critique de gauche : 190


Date : 82, 281, 316-7, 319

Dessert : 191, 320

Détournement de riz : 144, 176, 309

Digues : 199

Divisions : 281-2

Durcissement : 237

Ecole : 285, 303

Enfants : 222, 268, 285-6, 303

Engrais : 149, 289, 301, 335

Equipes mobiles : 274, 284 (kâng chalat)

Eux : 282

Excès de nourriture : 186

Faire l’ignorant : 213, 272

Fausses rumeurs : 336

Forêt : 173

Forger : 244

Fruits pas à tous : 198

Grains de riz : 217

Habitat collectif : 199

Irrécupérables ? : 103-4, 178, 287

Journal : 283

 

 

Maquis : 204, 232

Maladies : 266-267

Manifestation : 161

Mariages 252, 316

Médecine (mortelle) : 203, 285, 311, 329

Menace/avertissement : 301

Moineaux : 291

Monnaie 307

Mouchards : 202, 232

Nuances locales :  190, 237.

Objets personnels : 185, 188

Oméga (montres) : 344

Or : 145, 214, 231

Pagodes : 198, 275

Papa , maman : 271

Paraboles : 305-306

Parler à haute voix : 232

Paroles douces, « proposer » : 52, 61, 201, 225, 234, 243, 298, 300, 382, 386-7

P.C.K. : 267, 304, 320

Penchants individualistes, anarchistes : 226, 234, 253, 285, 301, 304

« Petits capitalistes » : 95 (Anoukthon), 210

Prédictions : 181-182, 252

Purifier : 286-7

Qui ne travaille pas... : 138, 285, 287

Radio : 235, 283

Rations pour vieux, jeunes : 212, 282, 303

Rééducation : 149, 301

Règles morales : 180, 275, 314-315

Rendement : 289, 335

Repas communautaire : 221, 236

Résistance 314-315, 317-9, 320-1

Réunions politiques : 138, 254

Rotation (compétence universelle) : 286

Ruse : 214, 229-30, 245, 290, 311, 331-2, 342-4 

Sélection naturelle : 171-2, 251-2 Sentiments : 173, 211, 253, 294, 304

Se taire : 244

Souiller : 301

Sous-alimentation programmée : 200

Transmission des ordres : 282-3

"Unité d’alimentation" : 188, 303

Variations locales : 190, 237, 280, 283

Victimes devenant bourreaux : 244

Vie avant 1970 : 172, 205, 253, 303-4

Vocabulaire nouveau : 271

Voler pour survivre : 252, 258   

 

 

 

Document 5. Index matière pour Une odyssée cambodgienne de Haing Ngor avec la collaboration de Roger Warner, traduction Fixot, 1988, 384 p.

Ngor, fils de directeur de scierie et diplômé de médecine, vécut tout au long du régime dans le secteur de Phnom Tippeday au Sud de Battambang, au Nord-Ouest.

 

Abri collectif : 195-7

Age des soldats (« jeunes » « enfants ») : 65, 67, 91, 102-3, 105, 131, 168, (des tortionnaires de prisons : 179)

Alimentation en commun : 135, 143, 156

Anciens/ Nouveaux : 104 114

Angkar a autant d’yeux que l’ananas : 156

Angkor 31, 53

« Arrière », « Ligne arrière », « deuxième ligne » : 163, 233, 236, 251 (cf. « front »)

Avertissement : 207, 254.

Battambang 119 (étape pour partir en Thaïlande), 128 (réputation de fertilité)

Bobard sur les « Khmers rouges » : 61

« Bonjour » : 23, 27

Cadre de « région » (secteur ?) 210, 217 (purgé, 234)

Canaux et digues (fragilité) : 202, 213

Cannibalisme ( ?) 259

Cantine collective : 257 (ferme en avril 1978), 268 (rouvre en juin 1978 à la faveur de la pluie)

Charrue à tirer au début du régime : 131

« La Charrue notre stylo » : 110

Chef de village travaillant activement parmi les « nouveaux » 206

Chefs de village-cadres : 116, 127, 149, 157, 165, 206, 246

Chefs de groupe choisis soigneusement parmi les « nouveaux », 144, 157, 237 (adjoint à la section). Ngor devient chef de groupe : 184.

Cheveux longs : 79

Chhlops (mouchards) : 167-8, 253, 261

Coco (jus, comme sérum) : 93

Colère interdite : 271

Collabos : 185, 271

Collectivisation des ustensiles (sauf la théière pour boire) : 155

Combats finaux en 1975 : 62

Commandements (douze) : 90

Comparaisons avec d’autres pays, avec des animaux : 259.

Corruption en 1978 : 259

Corruption en 1979 : 299, 302( ?)

Couples sans enfants envoyés au front : 153-4

Courtoisie cambodgienne : 272

Critiques ouvertes la nuit : 227

Cuillère : 92, 160

Dates sous le K.D. (l’auteur a une montre-dateur) : 154, 202, 214, 216, 257, 267, 273, 280

Marchés : 77, 80, 102 (brûlé avec le reste du village natal ?)

Mariages : 232-3

Marijuana : 161

Médecine : 45-46 (traditionnelle), 93, 116-8, 201, 295

Médecins : 58, 61, 63, 65, 71, 79-80, 89, 110,  116, 125, 130 (emmenés et pas de coups de feu), 147 (ancien infirmier) 189 (rôle dévolu par l’Angkar selon les cadres), 261 (échos sur la médecine occidentale pratiquée à Battambang par son ancien professeur)

« Meeting » : 165

Mémoire (problèmes) : 244, 265

Messages : 153

Mines : 303

Mit : 91 Mit neary : 67.

Moines (fonction traditionnelle) : 354

Moment des arrestations (fin d’après-midi) : 164, 179, 184, 229

Mortalité infantile : 46

Nestlé : 100

Ngor devient homme à tout faire (235), donne des consultations médicales (253, 256) devient chef de groupe (184)

Noms de lieux : 124, 127, 147, 149, 154, 275

Œdèmes : 136

Outils personnels : 160

Pagode démantelée pour faire un pont : 181-2

Pleurer est interdit : 122

Plus d’écoles : 257

Prison : 188, 194 (autre prison), 239

Problèmes de réinsertion des Cambodgiens à Los Angeles : 354-5.

Promenade : 221

Propriété privée abolie : 155

Proportion soldats / travailleurs :180

Protégé de quelqu’un : 234.

Purges de 1978 (cadres dégradés puis tués) : 267

Puritanisme : 232, 260, 305

Qui ne travaille pas : 128

Race supérieure : 31 (Khmers rouges), 53 (Lon Nol)

Raisons de la soumission : 180

Rançonnage sous l’ancien régime : 18, 28

Rations : 115, 129, 138, 163-5, 193, 214-5, 225 (à l’arrière : 236, 250).

Rations des cheminots : 253

Réalisation positive : 157

Relâchement d’autorité : 257-8

Relations sexuelles illicites -> enfermement : 191

Repas insolites 129 (pour un citadin), 229

Respect des apparences de douceur 179

 

Découragement : 115, 144, 1152, 166, 213, 220

Déplacement avant récolte : 119, 144

Diplômes nouveaux : 110

Discipline : 61, 83, 90

« Disparaissaient c’est tout » ou « envoyés à Angkar loeu » 165, 169 (cf. aussi « Corvée de bois » : 178, 202.

Disputes : 101

Drapeaux rouges : 157

Durée annoncée de l’évacuation (trois heures, trois jours) : 68, 73

Dysenterie amibienne : 136-7

Eau bouillie : 160-161

Egoïsme : 202-3

Engrais : 238, 252

« Esclaves de guerre » (de la bouche d’une infirmière) : 158

Exécution en 1975 : 72, 179 (on ne tuait pas en public)

Exécutions de Khmers rouges en 1979 : 274, 281

(La) Face : 103, 209, 221, 277-8

Favoritisme : 253

Femme : 249, 251, 254, 256

Foie humain : 38, 193

Fous : 184

(Au) Front : 145-7, 153-4, 155 (horaires), 221 (cf. « Arrière »)

« Frère n°1 » (expression familière) : 20, 56

Homme à tout faire 235

Hôpitaux/infirmeries (ségrégation) : 200, 261, 362 (en 1975)

Hymne : 159, 162

Incinérer : 122

Interrogateur : 188.

Jamais entendu parler d’ennemi « vietnamien » ni de « Pol Pot » de la bouche des Khmers rouges : 283-4

Karma : 125, 238

Khieu Samphan à bicyclette à Phnom Penh : 61

Krama blanc et bleu : 94

Kum : 17, 126, 238, 368 

Libération des soucis familiaux : 155

Logement (nouveau) : 220

Lôk (Monsieur) : 72

Lunettes : 111

M 16 américains : 65

Maladie dont l’élément déclencheur est l’inquiétude sur son sort : 185, 258

Maladie feinte : 115

 

Réunion politique : 143 (fréquence), 154-5, 166

Révolte envisagée par un ancien soldat (180), et menée par le même ancien soldat (231).

Riziculture : 211-215

Roue de l’histoire : 69

Sacrifier : 105, 155

Samamit (camarade) : 217

Sangsues (terme à l’encontre des bonzes) : 156

Savon de fortune : 224

Sel : 136

Servilité : 184-5, 207

« Servir le peuple » : 92

Serviteur (attitude khmère) : 149

Si seulement … : 212

« … Si tu meurs on ne perd rien » : 175, 242

Statues de Bouddha : 110

T 28 : 44, 48

Tabac : 161

Tirage au flanc (ou récupération) : 115, 166, 213, 226, 228, 253

Torture, violence : 21 (paternelle), 28 (sous Sihanouk, sans laisser de séquelles), 114, 171-4, 190-4, 215, 240-1

« Toujours souriant » (cadre) : 179, 232

Transition économique en 1979 : 292-3

Travail de nuit sur le front : 154

Tri lors de l’évacuation (en premier lieu fonctionnaires et militaires, et non les instituteurs, professeurs, médecins) : 83

« Trois montagnes » : 106, 128

Trois récoltes par an (objectif) : 160

Valeur de l’or : 260

Variations locales : 218, 274, 298

Vendre les surplus à l’étranger : 214

Vengeance contre les Khmers rouges en 1979 : 281, 289

Vietnamien et chinois (question sur les origines, 172), vietnamien d’origine (258)

Vieux (travail des) : 197

Viol ( ?) : 271

Vocabulaire : 154, 173

Vols en hausse en 1977 (231), généralisé et en masse en 1978 (10, 253-4, 258, 270)

Volubilis (nourriture) : 130, 165 (épinard)

 

 

 

 

Document 6. Index matière pour Cambodian witness de Someth MAY avec la collaboration de James Fenton, faber & faber, Boston, London, 1986.

Someth, fils de chirurgien à l’hôpital militaire est né en 1957 et a été déplacé dans le secteur 4 de la zone Nord-Ouest.

 

« A les garder aucun gain, à s’en débarrasser, aucune perte » (au sujet de manifestants du secteur  6) : 187

Aboutissement de projets : juste le barrage de Ream Kun (221)

Age des soldats du FUNK en avril 1975, 103 (16-17 ans), 111 (« mon âge », c’est-à-dire 18 ans), d’un chef d’unité de 17 ans (147), des cadres, 129, 153, 211 (la trentaine ou la quarantaine d’années), et fin 1978, après les purges, de soldats de 15 ans tout au plus, et, par une source indirecte, d’espions de douze ans au plus (216) 

Anciens / Nouveaux : 158, 164, 167, 192

Angkar a mille yeux comme un ananas : 221

Arrestation avant le déjeuner : 181

Avertissement reçu par sa sœur qui avait écrit toute sa nostalgie : 179, 184 (emmenée après que de nouvelles notes furent découvertes) reçu par lui en lui faisant creuser une tombe, sans conséquences, après son premier vol (203), après avoir perdu son lot de bambou (213)

Aveuglement le soir dû à un manque en vitamines : 171

Bonzes mis au travail : 126

Cadre intellectuel désabusé : 129-131

Cadres ayant leur jardin potager : 185

Cadres sympathiques : 129, 147, 191

Casino source de ruines : 89-90

Catégories de travailleurs : 146 (mariés, célibataires ou veufs, unités mobiles), 159 (fin des avantages alimentaires pour les « veufs », qui comportaient souvent des anciens résidents – 155)

Centre de rééducation : 138-9 (détail des tortures), 207 (prisonniers tirant la charrue)

Changements de responsables : 183, 189, 209

Chef de village interrogeant Someth sur le passé de son père : 125

Corruption sous Sihanouk (88), Lon Nol (96-99)

Cruauté démonstrative : vivisection sur des singes lors d’un meeting (160-1), entrailles de prisonniers montrées en meeting (187), fosse de cadavre destinée à « garder la population sous la terreur » (201) Histoires de foie extraits répandues par les Khmers rouges eux-mêmes : 161, 203

Cuillère : 148, 190

Cyclopousse (condition) : 37-8

Date : 140, 186

Déplacement d’un endroit à un autre (système de ) : 208

Disputes sanctionnées d’arrestations dès l’évacuation : 112

Ecole de coopérative pour les enfants d’anciens où l’on apprend l’alphabet le matin : 167

Embrigadement de la jeunesse sous Sihanouk (87), sous Lon Nol contre les Vietnamiens (93)

Empoisonnement mortels : 213-214

Enfants mourants en voulant monter aux palmiers à sucre, noyés en voulant attraper les poissons dans les pièges, en se suicidant (166)

Enfants mourants en grand nombre à l’orphelinat : 168

Enfants récoltant les bouses dans les enclos : 167, 177

Enfants-soldats sous Lon Nol : 94

Engrais à base de cendres d’hommes : 211

Equipement personnel du cadre : 191

Estomacs trop remplis entraînent la mort : 179, 189

Etudiants : nécessaires pour être leaders d’équipes ? : 137

Evacuation : morts militaires ou civils (107), vieux mourants devant être abandonnés (112), phases de tri de la population (104 :  les officiers, 111 : les soldats, étudiants, docteurs, 117 : séparation suivant une base ethnique) le deuxième jour des personnes gaies comme si elles participaient à une aventure (108).

Exécutions : 86 (sous Sihanouk, retransmises à la « télévision » sur une « bobine » [il faut comprendre au cinéma]), 144 (contre des gens se précipitant pour monter dans un train vers Battambang)

Faute sexuelle : 164  (déclassement puis disparition d’ « anciens »), 176 (« anciens » morts au fond d’un trou), 182 (khmer rouge emmené après s’être vanté d’un viol)

Favoritisme : 148, 157-8

Fréquence des meetings : tous les soirs (131, 147), une fois tous les trois jours (194)

Fréquence des repas : deux par jours pour les nouveaux, trois pour les anciens, quatre pour les cadres : 196-7

Incinération mal vue : 134

Infirmières se gavant de fruits : 176

Khmers rouges démobilisés : 179, 186

Khieu Samphan (portrait comme professeur de mathématique dans une école privée avant son départ en 1967) : 88

 

 

Malades recevant le tiers d’une ration habituelle, fin 1978 : 193

Marché de Phnom Penh : 39-40

Mariage entre un « nouveau » et une « ancienne » non autorisé : 186

Marmite rouillée : 170Médecin emmené quelques jours après le début de l’évacuation, alors que les Khmers rouges demandent qui est soldat, étudiant ou docteur, et revu mort le lendemain dans une marre : 111.

Médecine khmère rouge : 146 (quinine, aiguille rouillée) 166-7 (pilules de racines broyées baptisées crottes de lapins), 176 (dispensaire), 185 (occidentale pour cadres), 188 (utilisation de brûlures)

Menstruations interrompues : 164, 176

Mouchard : 169-170 (au milieu des rizières), 198 (équipe de reconnaissance se déplaçant la nuit)

Moustiquaires réquisitionnées par l’armée : 156

Noms de lieux : 112 (Prasath Neang Khmao), 118 (Phnom Chi So, Sud de Phnom Penh), 146 (Ream Kun, au coin du Tonlé Sap), 152 (Veal Treng Thnuong), 205 (Tram Kang), 210 (Pursat, Learch dans les Cardamomes, infesté de moustiques, le « Leach » décrit par Yathay ?), 217 (montagnes Tuk Puss et Rattan)

Norme individuelle dans la coupe du bambou : 211

Nourriture par rapport à la production : 156 (proportionnel), 159 (non proportionnel), 170 (proportionnel), 185 (non proportionnel)

Nourriture : 192, 193 (de substitution)

Obéissance dénuée de toute critique : 173, 208

Objectif de deux-trois récoltes par an : 186

Objets personnels en 1978 : 190-1 (moustiquaire déchirée, cuillère cassée, krama en loque, palanche, bâche goudronnée déchirée, chapeau servant de bol de riz), 213 (cf. Equipement du cadre, 191)

Œdème : 165-6

Officiers (sort) : 126

Paroles menaçantes : 200-1

Participation variable des Khmers rouges au travail : 126, 138, 147 (chef d’unité qui ne travail que si ses supérieurs sont en vue), 153, 182, 207 (fin 1978, tous les leaders commençaient à se joindre à l’ouvrage)

Pêche : 155-6

Punitions données par un professeur (un « vrai monstre ») : 34-36

Purges : 209

Qui ne travaille pas … 119

Radio retransmise par haut-parleur fin 1977 : 187

Registres biographiques : 152, 179

Repas : 148 (par groupes de dix), pas d’équipe de cuisine dans l’unité de pêche (153), en commun généralisés à tous (159)

Repos deux semaines (a couple of weeks) après le déplacement en camion vers la région de Battambang : 146

Résistance passive (maisons brûlées avant un nouveau départ en novembre 1975) : 141

Roue de la révolution : 187

Seconde évacuation, vers le Nord-Ouest (une dame morte d’étouffement dans le camion) : 143

Séparation hommes/femmes dans le travail en 1975 : 140

Si… : 208

Sihanouk (culte, procédés) : 86-7

Someth est promu chef de compagnie au-dessus de trois chefs de groupes et a droit à un jour de repos par semaine : 172

Stade olympique en avril 1975 : 102

Statues de bouddha décapitées : 127

Superstittion de Lon Nol et de ses soldats : 96

Tas de plants de riz individuels pour contrôler le travail de chacun : 164

Techniciens du ministère de l’information demandés le troisième jour de l’évacuation : 108

Variation entre secteurs de la zone Nord-Ouest (les pires secteurs : le 6 et surtout le 2, d’où les gens fuient, et où ont lieu des manifestations): 144, 177, 187

Vietnamiens (disparus de la capitale sous Lon Nol) : 95

Vocabulaire nouveau : plus de Monsieur (111), plus de pardon ou merci (120, 125, 150, 175)

 

Document 7. Index matière pour Prisonnier de l’Angkar, de Mœung Sonn avec la collaboration de Henri Locard, Fayard, 1993.

Moeung Sonn et sa femme étaient près de Kompong Som sous le K.D..

 

Autobiographies presque tous les mois : 102

Cadres Khmers rouges éduqués :82

Camp de rééducation par le travail pour prisonniers dits « libres » fin 1978 : 251, 263 

Centre d’enfants : 197 (« mouroir »), 298, 299 (éviter que les parents ne « contaminent » les enfants)

Colère : 333

Contrôle des mouvements : 152, 214, 294, 297

Craintes d’empoisonnement des troupes en entrant à Phnom Penh : 241

Cuillère : 152

Enfants : rations (85, 120), travail (85, 182), soldats croyant leurs parents tués par les impérialistes (105), exécuté pour vol (260)

Langues étrangères interdites : 173

Manuels destinés aux soldats : 106, 218-9

 

 

Médecine : 209, 240

Militarisation du travail : 176-7

Pleurer n’est plus permis : 287, 316

Prisonniers « déplacés «ou « reconstruits » : 265

Rations pour enfants inférieures aux rations pour adultes : 85, 120

Récupération du Kampuchéa Krom pour flouer les anciens officiers : 287, 316

Répression des relations amoureuses : 118, 121

Rean sotr (éducation) : 263

Si on vous garde aucun gain … : 106.

Travail sans relâche jusqu’à la mort : 146, 178, 235

 

Document 8. Index matière pour Illusions perdues, de Ong Thong Hoeung, version inédite, septembre 2001.

Témoignage rédigé au début des années quatre-vingt par un ancien étudiant en économie politique né en 1945, rééduqué de 1976 à 1978. Le remaniement ultérieur a été entrepris avec la volonté de laisser intactes les impressions de la première rédaction (voir postface). 

 

 

Absence de disputes à Bœng Trabek, 83

Absents nombreux parmi les intellectuels retrouvés en août 1978, 143

Accouchement tumultueux, 118-131

Age des yothears, 11 (15-17 ans) des cadres de Takhmau, 61 (30, 25, 25, et 17 ans) de ceux de B 18 dans le Nord, 95 (22 et 20 ans, sympathiques et d’origine vraisemblablement « Khmer loeu »)

Age des cinq « médecins » de B 17 et B 18, (de seize à trente ans), 101

Aliments inhabituels : Troncs de bananiers en tranche utilisés comme légumes, 41, racines de papayers, 69, escargots, 77, souris, 78

Amélioration en juillet-août 1978 à la Terre Rouge (camp de B 17), après le départ de cadres et l’arrivée de l’envoyé spécial de Ieng Sary : repos réel tous les dix jours, travail dix heures par jour, possibilité d’écouter radio Pékin, nouveaux cadres participant au travail et plus seulement pendant les premières minutes, 135

Amélioration à Phnom Penh en août 1978, trois repas par jours, 142, retour à des chemises colorées, réunion de familles et nouveaux couples fondés, 147, début de débat et de démocratie encore verrouillée par Ieng Sary, 151, une famille peut prendre place à la même table à manger, mais le principe de la cuisine commune reste inchangé car c’est un « acquis » de la révolution, 152 et 155, cueillir des fruits est à nouveau autorisé, 154, on mange poisson et viande (dont du crocodile), 155

Amertume dès le premier jour du retour, 9

Angkar Leu, 20, a des yeux d’ananas (phrase dite par un intellectuel arriviste non membre du Parti), 80

Anti-individualisme (petit bourgeois), 3, 10, 19 (sur le plan matériel, sur le plan de la pensée, et sur le plan des sentiments)

Arbres utiles/ arbres inutiles, 33

Arrivistes, 49 (plus royaliste que le Roi), 68, 76, 79, 151

Auto-censure, 30, 89

B 17, B 18 (près de Stung Trâng), 94-99

B 20, 97

Cadences, 16 (13h30), 61 (14 heures), 67 (14 heures), 95

Cadres brutaux, « simplement sadiques » à la coopérative d’Angkor Chey (récit indirect) disant « C’est votre tour d’avoir faim » « c’est votre tour de manquer de confort » (et de dormir sans abri), 61-2, cadres sympathiques, 96-97

« Camarade famille », 13

Cantine commune mise en place en 1976 avec pour pendant l’interdiction du repas familial, 185

« Chaque prétexte d’interrompre un travail était le bienvenu », 110

Chef de groupe donnant l’exemple sans obliger les autres à être comme lui, 29, chef de groupe paysan et ancien bonze, calme et sympathique, « si tout le monde était comme lui », 46, présidente de camp devant « jouer son rôle », 102, chef de groupe à l’esprit révolutionnaire très élevé, « sa situation l’y obligeait », 110

Chef de coopérative d’Anlong Ling-Nord âgé de 35 ans, un peu timide, 170

Chine : discours de cadres : « Les livres y compris ceux de Mao, comportent des tactiques “anti-angkar” », 69, « La conscience révolutionnaire des experts chinois n’est pas très élevée. Par exemple, ils reçoivent leur salaire en dollars. Ils ne pensent qu’à leur famille. Ils économisent de l’argent pour acheter du superflu pour leur famille dès leur retour au pays. Ils rêvent entre autres d’avoir une machine à coudre… », 99

Cimetière transformé en champ, 182

« Le citadin se plaint de la pluie parce qu’il ne peut pas sortir se promener, tandis que le paysan l’accueille avec joie », 20

« C’est connu, les commerçants chinois ont un complexe de supériorité vis-à-vis des Khmers de la campagne », 47

Confessions de Tuol Sleng (S 21) servant de papier emballage au marché en 1979, 187, extraits, 192, 201-221

(Se) construire, 13, 21, 104-5, se tremper, 28

Croyances populaires, 161, 181 (homme prédestiné, neak mean bon)

Cultures stratégiques (bananes, patates), 142

Démolir pour récupérer le bois ou établir des terrains cultivables, 31 (cathédrale), 76

Départs de Bœng Trabek s’effectuant dans l’indifférence voire l’optimisme, « nous ne nous doutons de rien », 84, toutes les semaines, des gens de Bœng Trabek arrivent à « B 17 » (un centre au Nord de Phnom Penh), 95, départs des jeunes  « appelés » en dehors des groupes mobiles dans un esprit de fête, 111

Diplômes n’ont plus de valeur, 74

Distance hommes-femmes à respecter 7 (à Pékin), 13 (au K.D. trois mètres entre maris et femmes)

Diviser pour régner : cette méthode paie, 62

Douze « commandements » de l’Angkar, 20

Duch, présentation du personnage, 190

Economiser, ne pas gaspiller, 20

Enfants 16, 17 (recevant un potage plus épais,  apprentissage de la lecture et de l’écriture le matin, travaux l’après-midi en deux  classes d’âge avec jardinage, nettoyage de l’étable, ramassage des excréments…), 40 (accident du haut d’un poteau électrique), 42 (proportion dans une usine), 47 (se brûlant au travail à l’usine), 90 (centres encadrés par les enfants du cadre), 95 (groupes mobiles), 107 (travaillent jusqu’à la construction d’un office près de l’hôpital, puis ceux de trois à sept ans jouent ou balaient et désherbent « sans grande obligation », ceux de 8 à 15 ans débroussaillent, coupent le bois, piochent, gardent les bœufs, s’occupent de l’élevage et du potager) 107 (éducation rudimentaire à base de chants révolutionnaires par des instituteurs sachant à peine lire et écrire) 108 (« mangent relativement beaucoup mieux que les adultes » ; autorisés à rendre visite à leurs parents tous les dix jours, mais généralement pas de temps ; réunions de critique-autocritique)

Enfer bouddhique (allusion pour évoquer la maigreur), 10

Ennemi : « Manger libre égale l’ennemi, faire mourir les plantes égale l’ennemi, laisser mourir un porc égale l’ennemi », 99, personnes accusés de sabotage pour avoir détruit haches marteaux et faucilles, et avoir fomenté un complot contre l’Angkar, 144

Epidémies, 50

« Esprit confus » « de confusion » 21, 61, 105, « touffu », 104

Famille Khieu repartant au pays, 3-4, 6

Famille : « les enfants appellent leurs propres parents Oncle et Tante », « kamchat krousar niyum, le combat contre l’esprit de famille », 108, familles d’intellectuels vivent séparément, 90, Ong vit avec sa femme comme d’autres couples, les autres dans un dortoir, 94

Favoritisme, 94 (neveux de Ieng Sary rappelés de la Terre rouge), 141 (même histoire)

Beaucoup de femmes n’ont plus de règles, 77

Fourneau de trente mètres produisant du mauvais acier à partir d’objets récupérés, 47

Garder le secret, 19-20

« gens du rang » (= cadres) 38, 55 / « gens du FUNK » ou « invités », 40, 116

Humiliation, 62

Ieng Sary détendu, souriant et faisant des blagues, 141, disant visiter les paysans, leur demander s’ils ont bien droit à trois repas par jours, et leur assurer qu’il n’existe pas de prison, 150, aimait répéter que, « étudier ne sert strictement à rien », 157

In Sophann, 13

Instruments de travail à garder sur soi (nouveau règlement), 72

Interprétations de rêves, 70

Jalousies et rivalités, 29, 30, 103

Jardinage et élevage deux heures par jour, 42

 

 

 

 

Khieu Samphan au 8e rang du Parti, 36, homme de paille, 145

Lit en fer avec natte, 15

Lutte contre la pensée, 74

« Malades de l’esprit » (récit indirect), 61, catalogué « malade de l’esprit » si on mange normalement et prétend être malade, 77, malades recevant des rations alimentaires réduites, 61, malade recevant du maïs à volonté, 54, « à partir du milieu de 1977, tous les malades durent aller se faire soigner à l’hôpital », 101, malades des groupes mobiles recevant poisson séché et potage, 111

Mariage révolutionnaire, 38, mariages interdits entre cadres Khmers rouges et gens de l’étranger, 133

Médecin très correct et très doux accusé d’être un traître et muté en 1978, 101, anciens médecins soignant clandestinement la femme de Ong, lui donnant des médicaments – il leur en reste – 113

Méfaits « libertaires », 19

Menaces, 63, après une évasion, 68-69, « ici c’est votre dernière chance » de vous rééduquer, 93

« Merci », utilisé lors des réunions d’autocritique pour remercier le critiqué et le critiqueur, 21, 104-5, « Il ne faut pas dire merci », 116

Messagers, 48

Minorités : Musulman « bien obligé » de manger du porc « pour faire comme les autres afin de ne pas avoir de problèmes » et chargé, dans le « groupe cochons » de nettoyer l’étable. Son comportement est présenté comme une victoire de la ligne politique, 100, « Il n’y a plus ni Cham ni Chinois dans le camp », 101

Ouvrier recevant viande ou poisson une fois par semaine, 30, Ouvriers devant recevoir trois repas par jour selon la radio, 42, hostilité réciproque entre ouvriers et cadres du Parti, 55

Ne pas ramasser de noix de cocos, 61, 78, 80 (avertissement), 82 (phénomène lié à un complot), 99 (« manger libre égal l’ennemi »)

Ne plus dire « je », 10

Ne plus mettre les mains sur les hanches, ne pas gesticuler quand on parle, 13, 17

Ne pas faire de bruit en mangeant, ne pas discuter à plus de deux personnes en dehors des réunions, ne pas « manger librement », c’est-à-dire ne pas ramasser des noix de cocos ou cueillir des fruits 61 (à Takhmau)

« ni riches ni pauvres », 8, 79

Noms nouveaux, 19

Normes de travail individuelles, 61

Objets personnels, 18 (deux complets et un krama), 108 (deux chemisiers et deux pantalons ou deux sampot)

Officiers et soldats de retour des USA – après avoir été forcés d’y aller par leurs généraux, 4-5, 23 (groupés à Talei-est avec les fonctionnaires venus des Etats-Unis, après la première assemblée générale), 29 (anciens soldats dispersés parmi plusieurs groupes)

« Pacifiste », « Paix » deviennent péjoratifs, 20

«  Pas de repas à faire. Pas de corvées culinaires héréditaires pour Bounnie [l’épouse] (…) Quand Bounnie est en bonne santé, je n’ai pas de soucis personnels ou familiaux », 115

«  Pour nous, les ruraux, notre place est ici. Nous détestons habiter en ville. Elle nous étouffe. Nous avons besoin d’espace. Nous n’aimons pas du tout rester enfermées dans les appartements car nous avons l’impression qu’ils vont s’écrouler », 133

Pich Chheang, 6

Piqûres provoquant des abcès, 53, fonctionnant bien, 56

Plus de différences entre villes et campagnes, entre travailleurs manuels et travailleurs intellectuels (…) transformer la ville en zone agricole (…)  J’ai résolu la contradiction entre ma petite famille et ma grande famille, 75

Propagande vietnamienne anti-khmère rouge, 189

 « Quand on a le riz, on a tout » 28, 75 / Le riz est la mère de la vie : Preah Mé (expression traditionnelle), 55

Ramassage des excréments, 25-6

Rations, 400 g de riz et une soupe par repas, 42, diminuent de semaine en semaine, 49, les cuisiniers trichent, l’inanition fait que l’on escalade les escaliers à quatre pattes, 50, maïs à volonté à « l’hôpital 75 », 54, 200 g au lieu des 250 g officiels (« les cuisiniers volaient »), 61, à Angkor Chey, rations réduites de moitié pour les malades, à Takhmau, réduites sans plus de précisions, 61, correctes avant que ne viennent de nouvelles personnes, 68, sécheresse des cœurs humains, 70, inférieures à celles de Takhmao, 75, rations meilleures quand se déroule un séminaire, 82, « je reprends du poids » (à la Terre rouge, au Nord), 90, malades des groupes mobiles recevant poisson séché et potage (régime spécial), 111, ration s’améliore en avril 1977, à B 17, distribution de maïs et d’une demi-boîte de lait concentré Guigoz contenant du riz non cuit, 113, ration diminue (1/3 de boîte de lait), 115, août 1978 à Bœng Trabek: trois cents grammes de riz par jour, 153

Réfugiés exagèrent, 2

« Repos socialiste » tous les dix jours – où il est bien vu ou obligatoire de travailler autrement,  42, 99, 108

Réunions de vie, 19, de groupe, 21-22, 48, de critique-autocritique, 22, 103

Révolte dans une plantation d’hévéas, 97

« Roue de l’histoire » qui « écrase », 79, 82

« Rouge d’abord, expert ensuite », 35, 43

J.-J. Rousseau (et l’auteur), 2, 63

Rumeurs circulent : 134, 171, 175,181

Ruralisation moins visible dans le quartier de Wat Phnom (fin 1978), 141

So Hong, fils adoptif de Pol Pot, 7-8

Son Sen cité comme traître avec Cheng An, 165

Souplesse : en janvier 1979, alors que les femmes et les enfants doivent embarquer dans un camion, un chauffeur à qui Ong explique qu’il ne peut pas laisser sa femme malade seule avec son bébé ne l’oblige pas à descendre du camion, 158, 170, 171 (séparation des couples évitée), 175 (Ong a pu boire du jus de palme à volonté)

Statistiques, travail donné aux intellectuels de l’usine, 48, cadres pesant les feuilles et les racines qu’ils mettent dans la soupe pour les signaler comme quantités de « grains » consommés à leurs supérieurs, 70

Tests pour intellectuels ? 17, 18, 25, 37 (laissés sans travail et sans réunion de critique/autocritique), 44 (promesses données de voir sa famille), 78 (possibilité de demander collectivement une noix de coco pour le groupe), 85

Thiounn Mumm, 36 (« Il reste un intellectuel intransformable (…) sa façon de parler, cette politesse me font revivre la courtoisie d’un autre monde », 36

Suppression de la petite cuisine privée servant à faire bouillir l’eau à côté de la cabane (exception faite pour Bounnie, malade) 124

Surveillance armée, absente sur les lieux de travail à Bœng Trabek en 1976, 30, constituée par une quarantaine de soldats dans le camp de la Terre rouge, 90

« Travail socialiste » le matin, 95

Travaux inutiles : 113 (défricher la forêt pour en faire des rizières), 120 (planter des cocotiers pendant la saison sèche, construire des réservoirs d’eau qui ne servent à rien, tracer des rizières sur un sol calcaire)

« Un membre du Parti de l’extérieur [intégré par Ieng Sary] ne vaut rien », disent les membres du Parti de l’intérieur, 82

Usine avec quatre cents ouvriers encore enfants, et seulement cinq techniciens de l’ancien régime et leur famille, 42

Variation, 97 (« Ici [à B17] les cadres ne prononcent pas le mot « traître » pour désigner les évadés comme à Takhmao »)

Vietnamiens cherchant des bijoux en or en 1979, 177

 

 

 

Document 9. Index matière pour Le Cambodge des Khmers rouges, chronique de la vie quotidienne, de Yi Tan Kim Pho et Ida Simon-Barouh, l’Harmattan, 1990, 314 p.

Un témoignage méticuleux recueilli en 1986 par l’ethnologue Ida Simon-Barouh. Pho, sage-femme de vingt-quatre ans déplacée au Nord-Ouest dans le secteur 4, à Kabal Say, puis au Sud de Battambang, à Anlong Trach, près de Pursat dans les Phnom Kravang, distingue généralement ce qu’elle a vu de ce qu’elle a entendu.

 

 

Accouchements, 137-138, 141

Age, des soldats à Phnom Penh (13-30 ans), 14, des cadres, (au moins la quarantaine), 35, 77, entre vingt et quarante ans, 103, cinquantaine d’année, 106

Alimentation collective, 121-123, exception pour le repas du soir, 133, meilleure et plus équitable avec l’arrivée de nouveaux cadres, 151

Anciens/:nouveaux, 27-28, 31 (logent ensemble), « nous le peuple nouveau, étions en cours de rééducation » 50, divers 81,113, 114 (constitution mixte des rangs au travail), unions et adoptions pour raisons pratiques idéologiques, 115-117, « nouveaux-anciens » (moins anciens que ceux ayant côtoyé les révolutionnaires avant 1970), 130, garde des enfants, 143

Argent brûlé, 18

Attelés à des buffles, 98

Autobiographies, 30 (personnes valorisant leur passé en s’inventant des spécialités), 71

Autocritique, 96

« autosuffisance », 61, application, 83

Cadences de travail, 121 (11h30, plus de treize heures)

Caractère des Khmers rouges, sale type menaçant 70, snobs avec leurs stylos, 81, peu insistants ou ne faisant pas de remarques, 67-68, 88, 90, 91, 105 gentils, 91, 103, 154, fermant les yeux, 136

Chinois assimilés à des riches bourgeois, emmenés d Battambang, 67-68, retrouvés ailleurs à travailler, 84, cinq experts Chinois de Chine Populaire près d’une gare et d’un pont, 92, 107

Chronologie, 21, 105, 121 (sécheresse en 1976), 136 (juin ou juillet 1978), 140

Citation de Mao par l’auteur, 64

Collectivisation des vêtements, de la vaisselle, des greniers et des bêtes, construction d’une cuisine collective120, conséquences fâcheuses pour la vie des bêtes, allant de main en main, 121

Conditions de vie à Phnom Penh avant la chute, 10

Corruption, 93

Critique, 126 (« mémoire remplie de déchets »), 127 («réunions où l’on somnole

Dénonciation du passé de membres de sa propre famille, 77

Déplacement de fin 1975, raisons, (plus de quoi vous nourrir), 47, conditions, 51, assis sur le toit du bateau, 57, un bateau a coulé dans la tempête, 59, assis dans le train, 63, déplacement avant de pouvoir profiter du fruit de son travail, 102

Desserts, 117, 157

Division des tâches entre hommes et femmes, 131

Eau non bouillie, faute de bois, 53

Ecole (idéologie et chants), 36

Egalité de classe proclamée, 69

« Endroit tranquille » ne signifie pas la mort, 90

Enfants, 103, émiettant les engrais, maigres mais assez peu malades ( ? !), 145

Engrais de corps humain, ouï-dire, 75, menace, 80

Engrais à partir  des besoins naturels humains, 145

Entorses à la ligne ?, tout ce qu’on récolte nous appartient, 104, compétition entre villages, 114, production de riz au milieu des champs de maïs et de patates, organisée par les autorités villageoises pour l’approvisionnement à l’insu de l’Angkar, 131-132, Pho cultive du tabac en cachette, 132, infirmières se servant dans le stock de noix de cocos, anciens gardant pour eux les vêtements, le pétrole « envoyé » par l’Angkar, 146-147

Ersatz de savon, 65,

Evacuation de PP, raisons (nettoyer, châtier les alliés des Américains), 13, 15, peu de morts, 20, circulation plus ou moins bloquée, 25

Favoritisme, avorté, 85-86, cuisinières sont les cousines du chef, 125

Forces (premières, secondes, moyennes), 40, 42, 76, 78, 82, 113

Fosses pour les besoins naturels, 42 et 145 (également stockés dans des bocaux)

Fouilles, 22, 24, 86

 

Gestes, gens jetant en cadeau des oranges du haut d’un wagon, 92

Hygiène, 42, 65 (plus de savon)

Infiltrations de partisans à Phnom Penh, 13

Interdiction de pêcher pour sa consommation personnelle, mais on s’arrange avec les anciens, 133

Journées sans travail (deux) 66, quinze jours sans travail autre que des tâches ménagères, 103

Khmers rouges non armés, 34, 123

Logement, maisons accolées, 111, maisons sans façades pour faciliter la surveillance, 131

Maladies, 65, 82, 110, 130

Mariages non forcés, entre anciens et nouveaux, 116-119

Médecine, 108, 128, 130, 132, 146, médicaments chinois, 147

Menaces, 70, 80

Montres convoitées par les Khmers rouges, 65

Morts, 75, 101, 102, 110, 111(enfants)morts par suralimentation et étouffement, 84 et 110

Noix de coco réservées à l’infirmerie pour servir de sérum glucosé, 132

Noms de lieux, 32 (Koh Prek Chreu), 66 (Battambang), 70 (Phum Kabal Say, Est de Battambang), 83 (Phnom Theapa Dey), 84 (Koh Cha, Kok Trom, Phoum Chan Yum), 106 (Anlong Trach, au sud de Battambang, mais plus près de Pursat, dans les Phnom Kravang), 130 (Andong Ta Sau)

Normes de travail individuelles pour construire des digues, identiques entre hommes et femmes, 41,42

« Notre tour [de connaître l’aisance] » 39

Nourriture peu courante, liseron d’eau, 72, an dat kthiey, 73, divers animaux, 81, 88, 123, 133-134, 138, troncs de bananiers, 139

Nouveaux cadres fin 1978, 149-59, trois familles apparentées sur sept, 149, surveillants les anciens cadres, 150, améliorant la répartition de la nourriture, 151, gentils vi-à-vis de la population, 154

Objets personnels, 24

Origines de la famille Yi, 67, 81,

Pannes de transport limitent l’approvisionnement en riz, 133

Pièges ?, 83, 84, 86, 90

Punition pour avoir fui avant de revenir : travail séparé en silence pendant près d’un mois (la corruption du chef a pu aider, mais pas pour tous), 95-96

Privilèges des anciens, greniers personnels, 114

Rations, 43, 82, 84, 85, 96-97, 113 inférieures au village qu’en déplacement, 97, 139 supplémentaires après la survenue d’un décès, 101, en fonction du travail, 120, pour femme venant d’enfanter, 143

Réapparition de personnes emmenées, 67, 84, 89

Repos (en échappant à la surveillance, au départ), 45

Réunions entre chefs, ailleurs, avant qu’ils ne reviennent diffuser la parole de l’Angkar, 120

Sandales en pneu de tracteur pouvant durer une vie, 61

Sangsues se nichant partout, 79

Sécheresse en 1976, 121

Si on vous garde…, 36, On ne gagne rien à vous garder, 94

Statue de bouddha cassée, 33

Suicides, dès avril 1975 de gens n’ayant emmené que de l’argent, 25

Troc, 29, 100, 109, 132, 147

Variation de conditions de vie, secteur 3, 82

Vietnamiens, autorisés à partir, 45

Violences physiques, 79, 97 contre les hommes)absentes, 48, sur les malades (ouï-dire ?), 146-147, par les infirmières (récit indirect), 157

Vocabulaire nouveau, 28 (hop bay, puk, mè, dek), 113 (tcho thveu ka), 131 (chos prayot, « offensives »)

Vols, larcins, 86, 142

 

Document 10. Correspondance entre Noam Chomsky et François Ponchaud en 1977 et 1978. Lettre de Ponchaud à John Barron et lettre de Torben Retbøll à Ponchaud.

Les lettres de Ponchaud sont reproduites en français, mais il existe aussi une version anglaise de sa lettre du 17 août 1977 dans les archives de l’association Espace Cambodge. Après quelques échanges, Ponchaud finit par se braquer. Ponchaud n’a pas non plus souhaité rencontrer Chomsky en France et le considère toujours aujourd’hui comme une « vile personne », un homme « aveuglé par ses certitudes » dont les « a priori idéologiques » « empêchent de voir le réel » [4]. Il est de bons orateurs qui n’ont guère le sens de l’écoute. Aujourd’hui encore Noam Chomsky est trop souvent l’objet de « pâtés de mots fielleux » [5] de la part de journalistes de la « grande » presse.

Nous estimons que Chomsky ne fait pas preuve d’a priori en voulant retracer la façon dont ont été rassemblées et condensées certaines informations. Or les approximations, les certitudes, et les silences de Ponchaud pèsent lourd. Certains considèrent que Ponchaud est un exemple de conscience, de moralité, ou d’honnêteté. Ces qualités sont assurémnt importantes pour un historien ou un témoin, mais une qualité non moins importante est l’autocritique. Or, Ponchaud ne brille pas par ce côté de sa personnalité. Nous voulons faire connaître au lecteur qu’il nous a écrit avoir entendu la phrase « il suffit d’un million… » à la radio, alors qu’il ne le mentionne ni dans son livre ni dans sa correspondance des années soixante-dix. Il n’a visiblement pas procédé à suffisamment de contrôles en interrogeant ou en utilisant des relations écrites de témoins (dont certaines en français – car il n’a pas seulement interrogé les témoins « dans leur langue maternelle », comme il l’écrivait dans un article réponse à Libération le 20 avril 1976). Il a enfin fait preuve d’un esprit de parti manifeste et tragique par sa mauvaise volonté et son retard à dénoncer le faux de Paola Brianti paru dans Famiglia Cristiana en septembre 1976.  Il apprit qu’il s’agissait d’un faux le 28 janvier 1977. Chomsky l’alerta le 17 octobre 1977 du risque de nouvelle intervention américaine au Cambodge induit par l’exploitation de ce faux. Ce n’est qu’à la fin du mois de juin 1978, lorsque planaient des menaces vietnamiennes sur le Cambodge, qu’il se décida à dénoncer ce faux par une lettre à un journaliste américain, dont une copie était envoyée à Noam Chomsky avec pour condition de n’être publiquement citée qu’in extenso…

Dans les lettres qui suivent, nous avons mis les titres de journaux et de livres en italiques, ajouté nos remarques entre crochets dans les seules lettres de Ponchaud, et n’avons corrigé que les erreurs typographiques – ponctuation, espacements, accentuation, singulier/pluriel, majuscules / minuscules.

 

— François Ponchaud à Noam Chomsky, Sallanches le 17 août 1977.

 

Cher Monsieur Chomsky,

 

Robert Silvers, Editeur de The NewYork Review of Books a jugé bon de me faire part de vos réactions à la lecture de l’article de Jean Lacouture recençant mon livre Cambodge Année Zéro. Il m’a également communiqué la correspondance qui a suivi.

Je suis très touché de constater le profond intérêt que vous portez au peuple khmer et à sa révolution. Votre esprit critique et votre recherche de la vérité sont appréciés quand il s’agit d’écrire l’histoire, selon votre propre expression. C’est cependant au nom de cet esprit critique et de la recherche de la vérité que je me permets de vous faire part de mes réflexions.

A la lecture du Nouvel Observateur, [n°642, 28 février - 6 mars 1977,] j’ai été surpris et peiné de constater, comme vous, que Jean Lacouture avait fait des erreurs dans sa recension. Cependant, à la réflexion, je n’ai pas manifesté mon désagrément, car j’ai estimé que ces graves erreurs portaient plus sur la forme que sur le fonds et ne déformaient pas ma pensée.

1) Vous avez raison de faire remarquer que le Prachachat est un journal thaïlandais et non gouvernemental de l’Etat démocratique du Kampuchéa. Le reporter citait un officiel du nouveau régime, non nommé, en poste à paris, puis donnait son commentaire. (Je me permettrai de vous faire parvenir une photocopie de ce journal lors de mon retour à paris où sont mes archives). Si Jean Lacouture s’est trompé, je ne comprends cependant pas votre argumentation, comparant cet article à un éventuel article de la Pravda citant un officiel américain. Dans mon livre, cette phrase comparant la révolution khmère à une corbeille de fruit renversée est une image, une comparaison, qui m’a paru très lumineuse. Ce n’est pas une SOURCE, un argument, mais simplement une comparaison, une illustration très suggestive, évocatrice, permettant de comprendre l’analyse serrée de la réalité de cette révolution que j’avais conduit dans mon troisième chapitre. Que l’origine de cette phrase soit une parole d’un communiste, d’un anticommuniste ou d’une autre personne n’a absolument aucune importance, car ce n’est qu’une figure que j’ai trouvée très suggestive.

2) vous vous étonnez de ce que la phrase citée en page 97 de mon livre, ne corresponde pas à celle que j’avais citée dans mon article du Monde du 18 février 1976.  Sans me consulter, Mr R. Silvers vous a répondu très correctement. Lorsque j’ai écrit l’article du Monde, j’avais en main le témoignage d’un réfugié affirmant que Mr Moul Sambath, appelé aussi Kéo Ngauv, chef de la région Nord West du Cambodge avait dit en réunion à Mongkolborey le … (je n’ai pas ma documentation chez moi, en Savoie, mais à Paris) : « il suffit d’un million de jeunes pour reconstruire le pays ». c’était la première fois que j’entendais cela. Ensuite j’ai à nouveau entendu plusieurs témoignages de réfugiés, originaires e Battambang, de Mongkolborey, de Siemréap, de Phouk… me dire la même phrase avec quelques modifications pour le nombre : de 100 000 à 2 millions [En 2001, Ponchaud nous a écrit l’avoir entendu à la radio, chose introuvable dans les traductions réalisées à chaud par la BBC]. J’en ai conclu que c’était une phrase chère à Moul Sambath, et qu’il se plaisait à la répéter, fusse-t-elle avec quelques modifications. Ces modifications étaient peut-être dues également aux témoins qui rapportent chacun à leur façon une phrase entendue. Elle correspond à d’autres phrases du même genre que je n’ai pas citées. L’une d’elle vient de m’être connue ces jours-ci : X… « La veille de mon départ, le 4.12.76, le Kanak Phum chef de village) de Prek Khpôp a fait un meeting ; il a déclaré : « il suffit que dans une coopérative il ne reste que 400 personnes, si ces personnes sont droites, propres et correctes (treum treuv saat lââ), et non des coopératives allant jusqu’à 8.000 personnes comme à présent ».

Je prends cette phrase dans le même sens que les précédentes, non comme une volonté de réduire les coopératives à 400 personnes ou le Cambodge à 1 million d’hommes, mais comme une détermination de purifier le Cambodge, sans tenir compte de la vie des gens. C’est donc plus une « redoutable boutade » qu’une affirmation explicite. Elle correspond très bien à la phrase connue de tous les réfugiés concernant la vie des gens non totalement acquis au régime : « A les garder en vie nul profit, à les faire disparaître nulle perte ». [Nous savons maintenant que la phrase originale khmère n’est pas aussi explicite].

C’est par souci de vérité que j’ai transformé la phrase écrite dans le Monde et non pas par manque d’esprit critique ou par volonté de dramatisation, au contraire car j’en ai atténué la portée.

 

3) Les pages 72 et 73 de mon livre vous ont posé des interrogations : étaient-ce les réfugiés ou la radio qui est source des slogans affirmés ?

« Ecraser totalement l’ennemi » est dit, redit tout à souhait par la radio. (je ne puis vous donner présentement la référence, mais vous la donnerai si cela vous intéresse). On ajoute même « les ennemis visibles et invisibles » [Nous ne l’avons pas lu dans les traductions de la BBC], « ceux qui sont en rapport avec l’ennemi », etc… par « Ennemis », il ne faut pas comprendre uniquement les américains, les français, les Thaïs ou les Viêtnamiens, mais en premier lieu les gens de l’ancien régime, et même tout et tous ceux qui s’oppose de quelque façon à la « marche de la révolution ». les autres phrases m’ont été citées maintes et maintes fois par les réfugiés. Nous reviendrons plus tard sur la valeur du témoignage des réfugiés. J’avais entendu moi-même, le 8 mai 1975, alors que je venais de traverser la frontière, dire que les services américains avaient capté des ordres concernant l’exécution des familles des officiers, femmes et enfants compris. « Propagande anticommuniste de la CIA », avais-je pensé à l’époque. cependant, après enquête auprès de milliers de réfugiés, je me demande si le fait ne serait pas exact. Je n’ai pas de preuve évidente dans ce sens, mais les exemples précis sont trop nombreux pour ne pas relever d’un plan d’ensemble. Encore hier, en traduisant une lettre d’un réfugié, j’apprends : « a Dang Rong (Dambân de Banteay Néang, Mongkolborey) ils se sont emparés des fonctionnaires de Lon Nol ainsi que de leurs enfants mâles, et les ont tués. Cela m’a parut manifeste : un dénommé Phôn était agent des eaux et forêt. Ils dirent qu’il était agent des eaux et forêt, se saisirent de lui et de ses enfants, et le tuèrent à l’Est du village… A l’Est du village ils prirent également le dénommé Phan qui était douanier ainsi que ses tout petits enfants, et les tuèrent aussi ».

Le réfugié qui ma écrit cela est entré en Thaïlande le 14.6.77. Cet exemple n’est pas unique, je puis vous en donner beaucoup d’autres. Je pense d’ailleurs que c’est très logique dans la mentalité khmère, pour autant que je puisse la connaître : le sens de la famille étant tellement aigu que les fils se devraient de venger leur père !

Vous vous demandez s’il faut attribuer ces agissements au régime ou aux chefs locaux. Personnellement je me suis demandé longtemps la réponse. Il [est ?] pour moi une évidence, après longue enquête, que c’est le Kanak Khum (chef de canton) qui a droit de vie ou de mort sur les gens du canton. De lui dépend en grande partie l’atmosphère régnant dans le canton. Cependant il [est ? ] curieux de constater que les récits des réfugiés se ressemblent étrangement d’un endroit à l’autre, que les slogans cités pp. 72 et 73 reviennent un peu partout, parfois avec quelques modifications. Il est étonnant de constater que le scénario de la prise de toute les villes a été le même ; que le langage tenu dans les réunions politiques est partout le même ; que des mots d’ordres arrivent partout au même moment, par exemple : un durcissement très net vis à vis des anciens instituteurs qui a commencé durant les premiers jours de 1976… Je serai donc tenté de croire que ces ordres émanent de haut et sont voulus, non seulement ignorés ou tolérés par le pouvoir. Cela correspond à une vision de l’homme : « A le garder en vie nul profit, etc… »

 

4) le nombre de morts au Kampuchéa est une source de discussion très longue. Vous demandez mes sources : 800.000 morts, depuis le 17 avril, chiffre que j’avais cité dans l’article du Monde du 18 février émanait d’un diplomate français, en poste en Asie du Sud-Est (non en Thaïlande) qui m’avait été donné au cours d’une conversation privée : c’est pour cela que j’ai écrit : « source diplomatique officieuse ». Les chiffres de 1.200.000 étaient donnés par l’ambassade américaine de Bangkok (vous avez deviné juste), ceux de 1.400.000 étaient donnés par les services caritatifs américains en poste à Bangkok (Catholic Relief Service et World Vision). Je n’ai pas cité Famiglia Cristiana de septembre 1976, car je sais de source sûre, que la journaliste italienne n’a jamais interviewé Khieu Samphân : elle était en compagnie de journalistes français, et ne les a jamais quittés.

Dans mon livre j’essaye de rester serein et de ne pas forcer les chiffres. Si je devais réécrire à présent, je serai plus catégorique : le nombre de morts de la paix est absolument HALLUCINANT, tous les témoignages le confirment. Dans « Distortions at fourt[h] hand » [Voir The Nation, June 25, 1977], vous examinez les chiffres que j’apporte : les 200.000 morts des bombardements américains sont maintes fois affirmés par la radio ( je n’ai pas cité de référence, mais pourrai le faire que je rentrerai à Paris.) Les 80.000 morts et 240.000 blessés qui vous paraissent « implausible » sont cités par Khieu Samphân (discours radiophonique du 17 avril 1976). Pour les morts de la paix, il est très difficile de chiffre[r]: et sans doute ne le saura-t-on jamais avec précision.

Vous avez raison de dire que les Khmers Rouges n’ont pas exécuté deux millions de personnes ! c’est faux. Par contre, dire comme Mr Sampson, qu’ils n’en ont exécuté que « cent ou mille, plus que centaines de milliers » est également faux ! Si Mr Sampson se base sur des données concrètes, chiffrées, dans la première partie de sa lettre (données avec lesquelles je suis en total accord), il ne se base que sur des à priori dans la seconde partie. J’ai pour ma part suffisamment de témoignages pour affirmer que les morts par éxecutions sont certainement plus d’une centaine de milliers. Bien sûr, ce n’est pas une évidence, car personne n’a été les compter, mais les témoignages indépendants sont trop nombreux pour ne pas affirmer d’une façon qui ne laisse aucun doute possible que : 1- TOUS LES OFFICIERS (je ne parle pas de leur famille) qui n’ont pu déguiser leur identité ont été éxecutés ; 2- La majorité des sous-officiers et hommes de troupe ; 3- TOUS les hauts fonctionnaires : 4- Une très grande partie des moyens et petits fonctionnaires ; 5- Une grande partie des instituteurs, de très nombreux étudiants ; 6- Tous ceux qui ont manifesté quelque répugnance ou opposition au régime… Je ne tiens pas à généraliser davantage, par crainte d’induire en erreur.

Cependant, la majorité des morts est causé par une autre cause : le travail forcé, la faim, le manque d’infrastructure sanitaire. C’est cela qui  causé le plus grand nombre de départ pour l’étranger. qu’il me soit permis d’esquisse un sourire douloureux en lisant la fin de l’article de W.J. Sampson qui affirme que la cause de la dépopulation du Cambodge est l’émigration ! l’émigration des Viêtnamiens a commencé sous Lon Nol en 1970, et dans les zones libérées peu de temps après ; elle s’est continuée après 1975, mais n’a pas pris des proportions catastrophiques !

 

5) bien sûr, me direz-vous, vos affirmations ne reposent que sur le témoignage des réfugiés. Or les réfugiés ne sont pas crédibles ! bel à priori pour quelqu’un qui cherche à écrire l’histoire en partant du réel et non de ses idées préconçues ! « Ponchaud gives no evidence of having taken the normal precautions in constrat [sic] to many observers… » dites-vous dans une lettre à mr. R. silvers. « Ponchaud’s book lacks the documentation… » écrivez-vous dans « Distortions at Fourth hand », « His account is at best second-hand »… Puis-je vous poser une seule question : « Combien de réfugiés khmers avez vous interviewés, où, quand, en quelle langue » ? votre travail sur le Laos, pour intéressant qu’il fût, concerne un autre pays, une autre mentalité, et je ne veux pas me prononcer dessus.

Ma formation intellectuelle et mon travail était celui d’exégète biblique comparer [ ?] les sources pour chercher à connaître la vérité historique. Je ne pensais pas qu’un jour j serai amené à faire un tel travail sur le Cambodge.

Dans mon livre, p.10, je dis avoir en ma possession 94 relations ; j’en possède une trentaine de plus, depuis la sortie de mon livre (le 4 février 1977 et non en janvier, pour préciser). J’aurai dû ajouter que en plus de ces 94 relations retenues, il y avait toutes les relations orales des gens qui ne savant pas écrire, et qui doivent bien dépasser le millier actuellement. Mon travail actuel consiste à rendre visite aux Khmers réfugiés en France (10.000 environ). Je les écoute parler, pour qu’ils puissent soulager leur cœur de tant de souffrance.

La première précaution est de connaître la provenance : sur les 94 témoignages retenus, 77 viennent de Thaïlande, 17 du Viêtnam. Parmi les sources non écrites, je commence à avoir une cinquantaine en provenance du Viêtnam. Si les renseignements concordent, il y a quelque probabilité pour qu’ils soyent [sic] exacts. Pour les sources venant de Thaïlande, il faut vérifier de quels camps ils émanent : il y avait une douzaine de camps en 1975, il en reste 4 actuellement ; si les renseignements se recoupent, il est plausible qu’ils soyent [sic] exacts, sans avoir subi obligatoirement l’affabulation du temps.

Deuxième précaution : la personne du témoin. D’office je me méfie des gens qui parlent français, des officiers, des gens de l’administration : trop liés avec l’ancien régime, ils peuvent plus facilement abuser. Je me méfie des gens qui viennent spontanément me confier quelque chose, des gens qui ont des révélations à faire, des gens qui en savent trop. Si vous vouliez consulter mes documents, ils sont à votre disposition, (mais une grande partie sont en khmer) : vous verriez que je n’ai pas retenu les déclarations fracassante de Suos Hieng, de Danh Sang et de bien d’autres… Je suis fils de paysan, ayant cultivé la terre jusqu’à 25 ans, et je me méfie du sensationnel et des beaux parleurs des villes.

Troisième précaution : le recoupement dans l’espace et le temps, ainsi qu’avec la voix officielle du pays. Le massacre des officiers de Battambang dont je parle pp.60-64 m’a été rapporté par deux témoins dont je puis vous donner le nom : Phim Uong, capitaine, tué par la suite, et Koam Kiri : tous deux faisaient partie du lot. Il y a encore deux autres survivants. Ce massacre a été confirmé par plusieurs autres (pp.63), et j’ai traduit ce matin même le témoignage d’un réfugié qui a passé la frontière le 14.6.7. Cette histoire , même si tel ou tel témoin y ajoute le fruit de son imagination, a des chances sérieuses de comporter le noyau central de vérité, car il n’y a pas de fumée sans feu, comme l’on dit en français, surtout si beaucoup voyent [sic] la fumée et qu’elle fume longuement.

Concordance dans l’espace : vous dites que les seuls témoins cités viennent du Nord Ouest : c’est une erreur, je cite Rông (p.75), en réalité Khieng Savang, que je connais très bien, que j’ai vu partir de l’ambassade, que j’ai revu à son retour : il était dans la région de Svay Téap (Kompong Cham) [ce pharmacien, parce qu’il savait compter rapidement, était bien vu par le chef de village qui l’appelait « le Savant ». Il ne paraît témoigner que pour l’année 1975]. Durant ce mois, j’ai reçu des témoignages venant de Takéo, de Kompong Som, de Kompong Chhnang, de Kompong Thmar (Kompong Thom), de Baray (Kompong Thom)… Il est vrai que depuis le départ de mes amis français de Viêtnam, je n’ai plus beaucoup de renseignements venant de ce côté, mais en 1976, j’avais des renseignements venant de Kandal, de Takéo, de Prey Veng, de Svay Rieng… Une grande zone d’ombre : Rattanakiri, Mondolkiri, Stoeung Treng, Kompong Cham et Prey Veng Est. Je ne puis dire ce qui s’y passe.

Concordance surtout avec la radio, voix officielle du Kampuchéa : les réfugiés sont comme « des grenouilles dans un puits », ils pensent que le ciel est limité à la margelle. Ils ont souffert, et ne comprennent pas trop pourquoi ils ont souffert, pourquoi ils ont travaillé, pourquoi on a tué tel ou tel. Rares sont les Khmers qui sont capables de faire une synthèse de ce qu’ils ont vécu. Personnellement la radio m’indique dans quel sens il faut lire les récits des réfugiés : tout ce qu’ils racontent, parfois en exagérant, a un sens, s’inscrit dans le mouvement révolutionnaire, la « roue de l’histoire » pour employer le langage Khmer Rouge.

Vous dites à juste titre que les réfugiés veulent noircir le tableau : je le dis p.223. c’est compréhensible. J’ai posé des questions précises de lieux (que je connais), de personnes, de dates, : là il n’y a pas d’échappatoires pour l’imagination, même fertile. Certains réfugiés me prennent pour un partisans des khmers Rouges, car je me montre parfois très sceptique. Un certain Chung Bor, qui se prétendait cadre Khmer rouge, avoir participé à l’exécution de 5.000 personnes a été démasqué par moi, au bout de deux heures de discussion… [il s’agit du « Chong Bo » qui s’était exprimé lors d’une conférence de presse organisée par un faux chef de gouvernement khmer pour la libération, avide d’aides, le colonel Souvatthana – voire la mise au point de Ponchaud dans Le Monde du 18 septembre 1976 – et dont le Figaro du 22 avril 1976 et Le Monde du lendemain reprenaient les propos, et du « Chong Bol » que le gouvernement du Royaume-Uni mentionnait encore sans citer sa source en juillet 1978 dans un rapport envoyé à l’O.N.U.].

Un critère supplémentaire est celui du langage : les réfugiés qui ont vécu un long temps chez les Khmers Rouges utilisent un vocabulaire nouveau qu’ils n’ont pu inventer.

Un grand nombre de témoignages sont écrits en Khmer, quelques jours après le passage des auteurs en Thaïlande, donc sans avoir subi trop fortement l’effet des dures conditions de vie dans les camps. Un de mes mais qui a passé 32 ans au Cambodge, qui parle khmer aussi bien que le français et qui rend visite aux réfugiés invite les nouveaux venus à écrire le récit de leur vie, avec le plus de détails possibles qu’ils ne peuvent inventer. Dès que quelqu’un généralise, je me méfie. Avant de faire mon livre, je suis allé moi-même rencontrer tous les témoins qui m’avaient écrit, par souci d’honnêteté. Je ne les ai pas reçu à l’hôtel comme M  B. Kiernan, car c’étaient des pauvres, et je n’avais pas besoin d’interprète, comprenant le khmer presque comme le français. Cela évite des erreurs. Comme je n’apportais jamais rien avec moi et que je ne faisais pas partie d’un service caritatif, ils n’avaient aucun intérêt à se plaindre éxagérément [n’espèraient-ils pas la moindre aide ?]. Beaucoup ne me voyaient qu’en frère qui va trouver ses frères dans le malheur et cela facilite les rapports ; chose dont ne jouissent pas tous les journalistes.

Que je me sois trompé sur quelques points, je le concède. Je le dis dans mon introduction. Que je n’apporte aucune documentation sérieuse, NON, je ne suis pas d’accord. Vous me comparez à d’autres, mais ce n’est pas un honneur pour moi : Patrice de Beer : la recension de la prise de Phnom Penh est un scandale pour quelqu’un qui a vu de ses yeux ! [elle correspond pourtant à la vision d’autres témoins] Devant cette sérieuse carence [De quoi s’agit-il exactement ?], il a été rappelé à Paris. Dans un article paru en novembre 1975 [le 8] , il dit que l’on peut faire dire n’importe quoi aux réfugiés : c’est exact. Lui-même citait Yen Savanary, instituteur qui travaillait au Phnom Thippadey ; cet instituteur lui avait dit que les travailleurs des chantiers mangeaient à leur faim, mais que les villageois mourraient de faim : Patrice de Beer n’a retenu que la première partie de la phrase qu’il a généralisée à l’ensemble du pays ! Le malheur a voulu que Yen Savannary avait été interviewé par mon ami [il s’agit du père Bernard Venet] quelques jours auparavant et que je venais d’écouter le récit avant de voir comment il était transformé par le Monde !

B. Kiernan apporte des éléments intéressants, mais rien d’inédit. Il critique les articles de journaux qui sont peut être inspirés par une propagande antirévolutionnaire, mais quelles preuves apporte-t-il sinon des déclarations officielles ?

Georges C. Hildebrand and Gareth Porter ? Leur documentation est très fouillée, mais se base surtout sur les déclarations du gouvernement. Le troisième chapitre est nettement le moins bon : c’est une étude du langage des révolutionnaires, mais correspond-il à la réalité ? Si vous, Américain, vous devez avoir l’esprit critique vis à vis des déclarations du gouvernement français, pour quelles raisons devrais-je le perdre totalement quand il s’agit des déclarations du gouvernement de l’Etat Démocratique du Kampuchéa ? A priori je ne doute pas de ce qu’il dit, mais je le prends comme un élément du dossier, à vérifier lui aussi. Je pense d’ailleurs que les chapitres 5 et 6de mon livre vous ont montré que je connaissais un peu le discours officiel.

Contrairement à ce que pensent Mr Hildebrand et Porter, je dois affirmer après analyse des faits, et non seulement du discours ou des journaux, que la déportation de Phnom Penh a été catastrophique et qu’elle était voulue par motifs idéologiques : pourquoi toutes les autres villes l’auraient été semblablement, pourquoi les villes ne seraient pas repeuplées ?

Je dois aussi affirmer que la famine a sévi depuis le 17 avril à la fin 1975, puis d’avril à décembre1976, puis d’avril à nos jours. Pourquoi ? j’affirme le fait, après analyse, mais les raisons sont à chercher. Les récoltes ont été bonnes, mais le riz emporté, sans doute pour le commerce extérieur (bien que les chiffres officiels d’exportation sont ridiculement faibles). En ce qui concerne la malnutrition, deux catégories sont à distinguer : « le peuple de base », ou « ancien peuple », libéré avant 1975, qui mange à peu près à sa faim ; « le nouveau peuple », ou « prisonniers de guerre » (ce n’est pas une confusion de ma part, comme vous le dites : interrogez beaucoup de réfugiés, cela vous le prouvera) : mange très mal, juste pour avoir suffisamment de force pour travialler.

Que les bombardements américains aient été la cause de la famine de 1975, et de la mort de beaucoup de gens, je vous le concède, mais il faudrait également ajouter la volonté systématique des Khmers Rouges de tout détruire ce qui rappelle le passé. Que l’estimation des vivres stockés à Phnom Penh au 17 avril 1975 soit un peu excessive, je vous le concède, mais je travaillais en étroite collaboration avec un comité d’entraide, et je savais les quantités de riz stockées illégalement, qui n’entraient donc pas dans les calculs officiels de Mr Long Boret ; c’était d’autre part sa politique de crier famine pour émouvoir les parlementaires américains. Que j’ai un peu exagéré, soit ! Quant aux articles de Nayan  Chanda et de William Shawcross, je dois me considérer comme très honoré d’être comparé à eux : leurs conclusions sont sans doue plus proches des miennes que les vôtres ou celles de Hildebrand et Porter.

 

Je suis toutefois un peu étonné des préjugés que vous portez à autrui. Vous dites  « Has an anti-communist bias and message » ! Loin de là mon propos. Si vous avez lu mon introduction, j’appelais la révolution de mes vœux ! C’est contre mon gré, devant la masse de renseignements recueillis et soigneusement recoupés, à mon corps défendant que j’ai dû conclure à l’horreur. J’aime trop le peuple khmer pour vouloir à priori salir sa révolution qui me fascine autant qu’elle me terrifie [On est vraiment là dans le domaine de l’émotionnel ]. Vous qui souvent partez d’idées, vous devriez vous souvenir de ce qu’a écrit André Fontaine dans Le Monde (je n’ai pas la référence sous les yeux, et cite de mémoire) : « Comment se fait-il que seul le Cambodge soit la cible de la propagande réactionnaire ? Quelle fatalité s’attache-t-il à ce pays pour qu’il n’y ait que du Cambodge que soient inventé de pareils récits terrifiants, alors que le Viêtnam et le Laos voisin ne sont pas sujets à une vague de dénigrement ? N’y aurait-il pas quelque fondement objectif ? ». [Une condition le favorise indéniablement : le fait qu’il soit impossible de pénétrer dans le pays pour vérifier tout ce qui circule sur son compte. Signalons au lecteur que Noam Chomsky et Edward S. Hermann s’efforcent d’analyser toute la presse américaine à propos de l’Indochine révolutionnaire dans The Political Economy of Human Rights, vol. II, After the Cataclysm : Postwar Indochina and the Reconstruction of Imperial Ideology, South End Press, Boston, 1979. Le dénigrement ne porte pas seulement sur le Cambodge]. 

Personnellement j’aimerai que tout ce que j’ai écrit soit faux, pour le plus grand bonheur des Khmers, mais force m’est de reconnaître l’inverse.

Si Jean Lacouture a pu comparer la révolution khmère au nazisme, il ne s’est pas totalement trompé. Sans doute les contextes sont différents, les idéologies aussi. Beaucoup de coïncidences apparaissent cependant : les Khmers Rouges sont des nationalistes farouches et intransigeants, ils sont mus par une hystérie de la purification. Hitler purifiait la race en fonction de caractères biologiques, les leaders du Kampuchéa purifient le peuple en fonction de caractères idéologiques. Seule compte la production, l’homme a disparu. Devant un tel mépris de l’homme, on comprend qu’un socialiste convaincu comme Jean Lacouture soit pris de dégoût. Sans doute, Américains et Français, nous ne pouvons être fiers des trente ans de guerre qui ont ensanglanté l’Indochine ! William Shawcross a fait remarquer comment l’administration Nixon-Kissinger était responsable en grande partie du désastre cambodgien. Mais si nous voulons être honnêtes nous devons reconnaître également les torts des Khmers Rouges, qui ne sont pas minimes non plus.

Dans l’espoir qu’une ère de liberté et de bonheur naisse sur le peuple khmer.

 

François Ponchaud

 

     Noam Chomsky à François Ponchaud, Cambridge, Massachusetts, Massachusetts Institute of Technology, Department of Linguistics and Philosophy, October 19, 1977

 

Dear Father Ponchaud

 

 

I was very pleased to receive your interesting and informative letter, transmitted to me a few days ago by Robert Silvers.  I would have preferred to have the French original, to avoid possible errors in translation, but I will assume that the translation is indeed accurate.  Thank you also for sending me the article from Prachachat and the translation.  In fact, I had already received that article and a full translation from a Southeast Asian scholar at Cornell, where a number of people are working on the material covered in your book and similar matters.

 

I am sorry that you felt that some of my comments were misleading, and am happy for the additional background material supplied in your letter. I intend to be writing about these matters in considerably more detail, and will certainly want to take into account the new information you supplied. I will turn to your specific comments about our review and my personal letters to Mr. Silvers, which I understand that you have seen, but before doing so I would like to present some general background, both because I think it is important, and because it will enable you to understand better the grounds from which I am approaching these questions.

 

You emphasize in your letter the importance of the critical mind and the search for the truth.  With that I naturally agree.  You also express your hope that an era of freedom and happiness will come to the Khmer people, sentiments that one can only applaud.  Perhaps we can find common ground with these sentiments and commitments.

 

I would add, however, that still more is at stake.  Material concerning current affairs in Cambodia that appears in the United States, or France, has a rather special status, for obvious reasons. France and the United States are guilty of massive atrocities, which you know much better than I, of which the people of Indochina have been the victims.  Furthermore, this is not a matter of ancient history.  The United States remains a world­dominant power, despite its setback in Indochina. The institutional factors that have led to repeated counterrevolutionary intervention in many bloody and disgraceful episodes since World War II (indeed, long before) have not in the slightest degree been modified, though the ideology that has supported such intervention was bruised by the horrendous events in Indochina.  There are now substantial efforts underway to reconstitute a system of beliefs that will induce the population once again to support counterrevolutionary intervention.  Our article "Distortions at Fourth Hand", which you have read, was primarily concerned with this phenomenon, and both Herman and I have written extensively on it elsewhere.  What is believed in the United States (and to a lesser though not insignificant degree in France, or elsewhere in the industrial democracies) may prove to have considerable human consequences, for the people of Cambodia, as elsewhere.  Specifically, if the current machinations of the American propaganda system succeed in restoring the beliefs that served as the underpinning for intervention in Indochina and elsewhere, and even more, in transferring the moral onus of American aggression to its victims, then the basis will be firmly laid for new atrocities of the sort we have witnessed, not only in Indochina.

 

It does not follow from these facts that we should try to hide or obscure what is happening in Cambodia, Vietnam, or anywhere.  It does follow that we should be extremely scrupulous with regard to fact, and careful to consider the impact of what we write, say and do – or fail to do. At least that is the case if we are willing to accept normal standards : in particular, the principle that a person is responsible for the foreseeable human consequences of his acts. Specifically, such care and scrupulousness is of extraordinary importance if we are concerned, as you are, with the fate of the Khmer people.

 

Perhaps the point is obvious, but I would like to dwell on it for a moment, and I hope you will not mind if I explain why I feel that you are not doing what you should in this regard, given your concern, which I do not question, for the fate of the Khmer people.  Perhaps I can best explain my point with a concrete example, one of many that might be cited.  In your letter you mention that you "know for certain" that the interview in Famiglia Cristiana with Khieu Samphan never took place. That is a fact of quite considerable importance.  Naturally, it does not corne as a great surprise to me.  It never seemed plausible to me that Khieu Samphan should have chosen to give an interview to the journal of the Pauline Sisters (I have a copy of the journal, which exists in no library in the United States, though it is now widely quoted here in reference to this alleged interview).  In the book by Barron and Paul this interview is cited with great seriousness, and they draw from it the conclusion that Khieu Samphan was responsible for the murder of a million Cambodians. The inf erence is absurd, even on internal grounds -- that is, even if we were to assume that the interview took place and was accurately recorded.  But they make the inference and give it great weight.

 

To my knowledge, none of the reviews of their book (Lacouture, Leifer, etc.) raise any question about this -- or for that matter, about any of the easily documented falsehoods in their book. Furthermore, their conclusion has been widely quoted. To mention one case, which we noted in our article, Robert Moss of the Economist intelligence unit, in an article in the influential New York Times Magazine, claims that Khieu Samphan admitted that the policies of his government had resulted in the slaughter of a million people.  This "fact" Moss offers in support of his thesis that the West has no responsibility to the Third World but should look out for its own interests. An inquiry to Moss elicited the information that he was relying on the Barron Paul rendition of the "interview" -- which you now inform us, never took place, as you "know for certain."  To cite a still more significant example, in the hearings on "Human Rights in Cambodia" held before a Committee of the U.S. House of Representatives (May 3 1977), Representative Solarz repeatedly recommended that the U.S. consider initiating an « international police action » in Cambodia -- that is, an invasion of Cambodia -- to prevent human rights violation. I have no doubt that you are as appalled by this proposal as were the State Department specialists who were testifying.  Mr. Solarz reaches his conclusion, so the proceedings indicate, largely on the basis of the Famiglia Cristiana interview:  he states that Khieu Samphan "acknowledged" in this interview that 1 million people "had been killed since the war," and goes on to draw parallels to the Nazis and recommend an invasion.  No one taking part in the ensuing debate (including Gareth Porter, david Chandler, and peter poole) was able to point out that the interview was afraud – a fact that you know to be true. I might easily cite other examples.

 

I trust the conclusion is now obvious, and I hope you will pardon me for drawing it explicitly.  Anyone who cares for the fate of the Khmer people, an who knows for certain that that interview never took place, has a moral duty of the highest order to make htat fact known. The responsibility is particularly incumbent upon you personally, for one additional reason. In the Barron-Paul book, you are cited as the sole independent authority, the only non-government expert acknowledged.  In the House hearings, Barron continually referred to you as his authority.  Therefore, like it or not, you have a responsibility conferred on you for what appears in their book.  As matters now stand, through no choice of your own, you are implicated in a chain of inference that leads readers of the American press to conclude that Khieu Samphan has adrnitted murdering a million people, and that leads a Congressman to recornmend that the U.S. invade Cambodia. Furthermore, you have the information that is relevant to exposing the lies repeated by Barron and Paul, on which this chain of inference rests.

 

This example is only one of many to illustrate the general point I am making.  Under the existing conditions in the real world, what is said (or withheld) by specialists on Cambodia may have very significant human consequences. Therefore one who accepts your initial premises -- concern for truth, and for the Khmer people -- has particularly heavy responsibilities to ensure a scrupulous regard for truth, specifically, as concerns material that appears in the United States.

 

Let me now turn more explicitly to Lacouture 's review of your book, and our discussion of that review and your book itself.  Again, I want to sketch some relevant context. Lacouture' s review appeared in the New York Review of Books.  Years ago, that journal was open to representatives of the American peace movement and the American left, but that has not been true for some tirne. The fact is important, for reasons that will appear immediately.  Early this year, the NY Review published several articles purporting to deal with the American war and its consequences.  To mention three:  (1) a review of Gloria Emerson's book on Vietnam which castigated her for failing to understand the irony and complexity of the American war, a typical stance of "sophisticated" apologists for the violence of the American state; (2) an article by Father André Gelinas on postwar Vietnam which claimed, inter alia, that before April 75 South Vietnam was a land of freedom and wealth, but now, under North Vietnamese occupation, it is a land of misery and horror (Gelinas claimed to have spent 28 years – it was actually 13 -- in Vietnarn, and never found any occasion to criticize the U.S. intervention and its effects during that period); (3) Lacouture' s review of your book.

 

Now the editorial policy of the NY Review is their own business, but let me point out what happens in the real world.  The Gelinas article was picked up by journals throughout the world : the London Daily Telegraph, The Washington Post, the Toronto Globe and Mail, etc. In most cases, it was explicitly noted that the article was reprinted from the NY Review -- which is remembered as a journal open to the peace movement. The article evoked sanctimonious editorial comment In the Wall St. Journal, the NY Times, and other major journals that had supported American aggression.  These editorials made much of the "fact" that even the NY Review which had always (they hypocritically claimed) "celebrated" communist actions, now conceded ... etc.  By letting these claims stand, the Review is making a most notable contribution to the propaganda system.

 

Meanwhile, other testimony is suppressed by the press.  For example, several Mennonite missionaries with backgrounds comparable to Gelinas have reported before Congress and elsewhere, giving a very different picture of the situation there.  Silence in the press.  One even wrote a letter published in the NY Review, in response to Gelinas, but of course it was completely ignored by the press.  Jean Lacouture wrote a book, which undoubtedly you know, on his experiences in Vietnarn in 1976.  While critical, it also was radically different in tone and content from Gelinas.  It is not reviewed in the NY Review.  In fact, Lacouture informs me that he has been unable to obtain an American publisher.  The NY Times, which regularly publishes lying articles stating that refugee reports are the sole source of information about Vietnam -- the Times has refused to publish articles it has commissioned from American visitors to Vietnam, and has even blocked their publication elsewhere, obviously because the conclusions were unacceptable -- chooses Lacouture to review Barron and Paul on Cambodia, but denies his existence in the case of Vietnam (claiming that no western reporters have bee able to visit). And so on. It is in this context that one must consider the Lacouture review, appearing where it did.

 

Lacouture's review of your book, like the Gelinas article, evoked wide comment in the liberal press, with editorials and articles praising his insight, courage and honesty, and emphasizing that even former "supporters of the Khmer Rouge cause" (why Lacouture chooses to describe himself in this way, I cannot comprehend; surely neither he, nor I any of our associates were supporters of the Khmer Rouge cause, ever), and once again, that even journals such as the NY Review (which celebrated communism), now concede ... etc.  When I read Lacouture's review, I was surprised by its content, and immediately obtained a copy of your book from France.  I found very quickly that his references, which were restricted to three pages of the book in fact, were severely distorted, and that the conclusions widely repeated in the liberal press (e.g., that the Cambodians, as he asserted, "boasted" of having "killed" 2 million people since the war) were gross falsehoods.

 

Lacouture later corrected some of the serious errors that I had privately pointed out to him ; since you have my letters to Silvers, you know the true facts.

 

I also attempted to elicit corrections in the NY Times and elsewhere, but to no significant effect; the press, for its own quite obvious reasons, prefers the fabrications to the truth, in this matter.  To this day, long after Lacouture' s "corrections" have appeared, all that remains of the incident so far as the press is concerned is his original article. Thus Martin Woollacott, Southeast Asian specialist of the London-Manchester Guardian, recently lauded Lacouture for his integrity and courage, in revealing the truth about Cambodia -- ­referring only to his article and never to his corrections.  The impact of his review, within the American propaganda system, was exactly as we depicted it in our article.  These are crucial facts, which no one who shares your concern for the truth and for the Khmer people -- or for other potential victims of counterrevolutionary intervention -- will ignore.

 

If you do not mind my unsolicited opinion, you are the person who should have responded to Lacouture's review of your book. You could have done that with real authority, both in France and in the United States.  Such an action might, conceivably, have had an impact in controlling the subsequent fabrications of the propaganda system which so eagerly exploited Lacouture’s review appearing in the NY Review of Books, always described, falsely, as virtually an organ of the peace movement and the American left. Evidently you thought otherwise, quite mistakenly, in my opinion. I gather that you did not even communicate your "chagrin" on reading Lacouture' s review to him personally.  At least, when I wrote him he responded to me that he was previously unaware of the gross errors that I pointed out to him.  Frankly, I cannot comprehend your reticence in this regard, given your concern for truth and for the fate of the Khmer people.  I sense a striking inconsistency.

 

Let me stress again the situation in the United States.  An American president can appear on television, as Carter recently did, saying that we owe the Vietnarnese "no debt" because "the destruction was mutual," and there is literally not one word of protest or even comment in the American press.  The editor of the New Republic, virtually the official organ of American liberalism, can write that the failure of the United States in Vietnam will go dowri in history as "one of the ugliest of national crimes" -- not what we did, but our failure to persist. Senator Edward Kennedy, one of the very few Senators who showed genuine compassion for victims of war made, a public speech after the Mayaguez incident saying that the renewed bombing of Cambodia at that time "gave an undeniable and needed lift to the nation’s spirit." A Congressman calls for the re-invasion based on the Khieu Samphan "interview." And so on. That, I ernphasize, is the real worId. This is the context in which we are discussing the need for care and scrupulousness about facts.

 

Let me now turn to your specific comments.  I will consider each of thern, in turn.

 

1.  You state that the journalist in Prachachat quoted an unnamed official of the new government.  Let me first add a correction, based on parts of the text omitted in the French translation you supplied.  The Thai journalist was not quoting an official of the Cambodian government, but rather a "neutral" individual who was reporting his interview with such an off icial. Thus the chai~f transmission is even longer – hence more dubious -- than we wrote, not having access to the original at that time.  Furthermore, now that the context is clear, I discover that the Khmer official, according to this third-hand report was saying that the vietnamese methods were "too slow" -- not in killing people, as assumed by Lacouture in his comments comparing the Vietnamese to the Nazis on the basis of this "telling article" in a "Cambodian government journal," but in returning "certains rnédecins, instituteurs, professeurs, et même cerains soldats de l’ancien gouvernement » to productive lives in the new society. The text continues (this too is omitted in the French translation you supplied) with a claim that the Khmer government is working for deprived and needy people and that the accusations of ruthlessness come for the most part from the upper classes and wealthy.  The Thai reporter evidently felt that the interview serves to counter the atrocity stories being circulated in the Western press.  You reported none of this in you book.

 

Now one can draw what inferences one likes from the actual material, but I think it is now transparent that Lacouture’s conclusions about Beria, Hitler, and Nazi Gauleiters, are very far from the mark, and that your reference to the article is also quite misleading. Of course it is only Lacouture’s conclusions that have entered he historical record, as I have already noted, not the true facts on which they are allegedly based.

 

You say that it doesn't matter who used the "evocative illustration" of the overturned fruit-basket and that you do not understand our comment atout the lengthy chain of transmission, which in fact included an additional link that we did not then know about.  I should think it is obvious that the actual context is quite crucial in this case, and had it been available to the reader of the NY Review or your book, very different conclusions would have been drawn than those that have "entered history."

 

I might add that Lacouture, in his « corrections, » felt, like you, that it did not matter much who uttered an inhuman phrase (as he put it), a Cambodian government official or a Thai reporter quoting a neutral observer who allegedly interviewed an unnamed Khmer Rouge official. I someone were to argue in this fashion about some alleged American atrocity, no one would take it seriously. I do not see why the situation is different in the present case.  I do not know how to make the point more obvious, and hope that you now agree with it.

 

I should perhaps add further that Lacouture’s "corrections," in this and other respects, provoked some acid correspondence, which the NY Review refused to print. For example, my friend Salvador Luria, a Nobel laureate in biology who was probably the only other person in the United States to have actually read your book at that time, wrote that in his field, when someone publishes conclusions based on certain evidence and then discovers that the evidence was false, he does not then publish "corrections" in which he withdraws the evidence and reiterates the conclusions -- but evidently things are different in the field of journalism, as indeed they are.

 

2.  I arn interested in the background of your thinking with regard to the Khmer Rouge "boutade."  I have reread our passage on this subject, and find nothing that I would want to change in it.  Evidently, you and I disagree with regard to the nature of quotation.  When material appears in quotes, and is attributed to some person, I assume that that person is alleged to have made the remark in question. I so interpreted your statement in Le Monde, and so, evidently, did Lacouture, though he falsified both the attribution and the numbers. Given the actual facts as explained in your letter, the version in the book (« redoutable boutade ») is closer to accuracy, but I would still question your practice of placing the remark cited (with still different numbers) in quotes, as you did.  It would have been more appropriate, in my opinion, to outîme the actual background as you did in your letter, noting that the earlier reference in Le Monde no longer conformed to your understanding. I agree that the change in your book was « in a spirit of truth, » as you write in your letter, though Lacouture's rendition went well beyond the original in the opposite direction.  The discussion in our article seems entirely accurate, so far as I can see.

 

3.  I don't quite understand your objection.  We stated that the slogans cited by Lacouture from pp. 72-3 « appear to be slogans remembered by refugees » rather than « texts distributed in Phnom Penh, » as he falsely stated. The difference is obviously significant. You state that in fact these were slogans repeated to you by refugees, exactly as we surmised.  You add that the slogan "totally crush the enemy" appears on the radio, which is interesting, though I do not see the relevance. Your book did not so indicate, and since you often did give radio sources, we could only conclude, particularly in the context of refugee memories, that this was another such example. Furthermore, I see no particularly significance in the difference in this case.  Of course, if one interprets "enemy" as you do, then the slogan is blood-curdling -- and in fact, comparable to standard expressions of American propaganda with regard to the people of Japan and Gerrnany, at the time of the air massacres in 1944-5. Your statement that one "rnust" interpret "enerny" in your way seems to go beyond any facts that you present, though I personally would not be surprised if this were the correct interpretation. In any event, I see no bearing on what we wrote. Your comments are interesting, but do not by any stretch of the imagination show that what we wrote about your book was misleading, as you state.

 

As for the letter you cite from Mongkolborey, it seems to accord with reports of refugees. I have recently received a letter from Michael Vickery, to which I will return later, that has some useful relevant inform. As you know, he is one of the very few serious Western Cambodian scholars and is fluent in Khmer.  He reports atrocities against peasants in that region going back to 1952-54, including such pleasant pastimes as tearing infants in half for sport (as reported to him by participants in the government armies), and concludes that the reports of bitter and brutal vengeance are not at all implausible. This does not justify the brutality, but may well  help to explain it. No Frenchman should be surprised. I will return later to the horrendous massacres perpetrated by the resistance at the end of World War II, which you do not seem to appreciate accurately.  As you yourself report, comparable brutality took place both before and during the war on the government as well as the Khmer Rouge side, and we need not dwell on the atrocities committed by the Americans, or the French before them. The latter, incidentally, are generally suppressed in Western literature, but with regard to Vietnam, at least, they are well studied, for example, in a book by the Vietnamese scholar Ngo Vinh Long published by MIT Press in 1973. Again, I agree with you in feeling horror at the contemporary events, adn the events that led up to them, but that was certainly clear enough from our review.

 

As to whether the government or local chief s were responsible, it seerns to me an open question.  Your conclusions may prove to be correct, but others, as you know, have drawn quite different conclusions:  e.g., David Chandler and his student Ben Kiernan, both of whom note the preponderance of stories from Western Cambodia, where Khmer Rouge influence was slight and there was a long history of atrocities such as those cited above.  I return to this matter directly.  We left the question open in our article, and it still remains open, so far as I can see. I might note, incidentally, that there is evidence directly counter to your assumption, for example, in the interview with Peang Sophi published by David Chandler, where Sophi claims that « angkar had ordered these executions stopped. » Admittedly, evidence is sparse, but I know of nothing to resolve the issue, and little basis for your conclusion.

 

4.  Your remarks in the first paragraph indicate, as I surmised, that the estimates of dead cited were quite worthless.  Anyone who has followed affairs in Indochina, or who uses his common sense, will understand that French diplornats, the American Embassy in Bangkok, or Catholic charitable services, are not reliable sources, with regard to such matters. For many years, American and French sources (e.g., Bernard Fall, who in this case was deluded by the propaganda system), were citing numbers ranging from 50,000 to 700, 000 as casulies of the North Vietnamese land reform. It was finally demonstrated, in the early 197Os, that the whole story, including the numbers, was a fabrication of American and Saigon intelligence, and recent careful studies (e.g., a dissertation by E.Moise at the University of Michigan) indicate that the number killed may have been on the order of a few thousand. There are a great many similar examples.  Surely this dismal record must inspire caution.  I would not cite a Russian diplomat or the Albanian Embassy for estimates of American victims in Indochina.  Exactly the same standards of rationality and objectivity apply in this case.  I have already discussed the Famiglia Cristiana matter.

 

With regard to the number 200,000 killed by American bombs, Porter and Hildebrand, whose documentation is, to my knowledge, quite accurate, cite the Phnom Penh Domestic Service, May 9 1975, which gave 200,000 as the figure including "killed, wounded, and crippled for life." Kiernan gives the same reference.  If indeed you are correct in your memory that the radio on some other occasion spoke of 200,000 killed, this should only reinforce our natural skepticism about relying on such estimates. The figures of 800,000 dead and 240,000 wounded seem to me "implausbile," whether cited by Khieu Samphan on the radio or not, for obvious reasons; such ratios of dead to wounded seem quite inconsistent with what is known from other sources.

 

You then state categorically that Sampson's statement that the number executed is in hundreds or thousands rather than hundreds of thousands is false. Later in your letter you say that you are flattered to be compared with Nayan Chanda, whose conclusions you say seem close to yours. However, Nayan Chanda cites Sampson’s letter in support of his skepticism regarding the numbers killed (Le Monde diplomatique, Mai 1977).  Elsewhere he, like others, have cited the figures of probable killed as in the thousands, which is no doubt why he regarded Sampson’s letter as plausible.  Vickery and others who have tried to sort out the grim statistics also speak of wildly exaggerated claims.  It is not at all surprising that estimates should vary so. In the case of the liberation of France, for example, the numbers massacred by the resistance are estimated at 30-40,000 by Robert Aron in his authoritative history of the resistance, and at 7 million by a collaborator whom he cites. Had the Nazis remained a major world power, the latter figure would be the one that would prevail in their domains, no doubt.

 

From where I stand, amidst the welter of unsupported claims, I feel that I can only echo Nayan Chanda, whom at least we agree in regarding as a serlous observer:  that the number killed is probably in the thousands, perhaps more, and that probably no one will ever know. As for the claims of Barron and Paul, Lacouture, or the American government, I see no reason to give them the slightest credence. Our remarks in the article on this subject seem to me entirely accurate, so far as I can judge.

 

I am not sure why you "painfully smile" at Sampson’s remark that "one cause of depopulation was emigration"; he does not say that it was an "important cause," as you state, but that it was « one cause », nor did he imply that it had assumed « catastrophic proportions » (our term). I see no inconsistency between his statement and what you and others have reported about this matter.

 

5.  Here, I am afraid, your remarks become extremely careless.  I did not say or imply that « the refugees are not credible ! » (with or without the exclamation mark). As you yourself concede in the next sentence, contradicting yourself, I said that their evidence must be taken seriously. I did not take any "a priori" stand on the matter, but merely asserted what every serious observer knows to be true; that refugee reports are often extremely unreliable and must be treated with great caution, as I and others have emphasized (citing my discussion of this point in At War with Asia).  My further comments in this regard are in no way different than those of Nayan Chanda, for example (op.cit.). I have no interest in writing history on the basis of preconceived ideas, but I do insist that one show the normal caution in dealing with refugee reports, specifically, under conditions such as those of the Thai-controlled refugee camps. Some people (e.g., Chanda) have taken such caution.  There is little evidence in your book that you have taken comparable caution.  You refer me to p.223 of your book where you state that the refugees report what they have seen or heard with their imagination and nostalgia tending to exagerrate and distort the facts. That is hardly adequate.  There is direct evidence (e.g., Kiernan) that refugees have also invented facts, understandably enough, under pressures from the Thai police. Others have also reported examples of changed stories (e.g., patrice de Beer).  Furthermore, anyone who has interviewed refugees under such conditions is familiar with the problem, to which I return in a moment, since I want to respond to your comments in turn.

 

You object to my statement that "Ponchaud’s book lacks the documentation" of Porter and Hildebrand and that "his account is at best second-hand." Both statements, however, are obviously true.  A simple check of references confirms the first; as for the second, are you really saying that your account of what happened in Cambodia after you left is first-hand ?  Surely not. Thus your objections are groundless.

 

You then ask how many Khmer refugees I have interviewed.  The answer, of course, is:  None.  The question seems irrelevant, however, since I claimed nothing else.  I did say that I had interviewed refugees from American bombing in Laos, and as I was very careful to point out in articles on the subject, had discovered a great variety of stories and attitudes, and had observed that very careful questioning was necessary if one wanted to sort out what might be the basic truth, amidst the massive superficial contradictions. Any careful observer would insist on the same point, particularly under the conditions of refugee camps.  You say that Laos was another country with another mentality, but I’m afraid that I cannot accept the implicit claim that somehow comparable factors are not operative in the Cambodian case, particularly, when virtually all serious observers (I exclude Barron and Paul) agree with my conclusion on this score.  You add that neither I nor anyone else has shown the reports you cited to have been falsified, which is of course true, but hardly relevant.  Since no one has access to those reports, it is impossible to show anything about them.  Nor has anyone, to my knowledge, claimed them to have been falsified; certainly I have not.  May I remind you that we wrote that your book "is serious and worth reading, as distinct from much of the commentary it has elicited" and noted your "grisly account of what refugees have reported to [you] about the barbarity of their treatment at the hands of the Khmer Rouge."  The point that I and others have made is that there is no internal evidence in the book of much care with analysis of these reports, and virtually nothing is said in the book about the obvious problems that such reports pose, something that I nd others have discussed at length.

 

I am familiar with your remarks in the footnote on p. 10 to which you refer me. Indeed, that footnote raised skepticl doubts in my mind, though I did not express them in the review. Thus it is dubious practice to rely so heavily on written reports of refugees ; careful questioning is always necessary, in such cases, as you yourself emphasize in your letter (see below). Furthermore, it is striking that reports are overwhelmingly from middle class refugees, and in fact from literate refugees. As I and many others have discovered, and as anyone would know simply using his common sense, such reports are often by no means typical.  As far as I can see, then, our

comments in this regard were quite accurate, perhaps even understated.

 

You say in your letter that you "could have added" that you relied on oral testimonies, but naturally, in reviewing your book I could only make use of what was there, not what you could have added. I am much interested to learn, however, that you have further evidence, and do hope that you will present it, as I did in the case of Laos, and as others have done, repeatedly. I arn pleased to learn of the precautions you describe in your letter.  Surely these are necessary, and it is unfortunate that you did no also detail them in the book ; again, it was the book which was, necessarily, the source of my comments. Let me stress again that, as we said, these refugee reports must be taken seriously, but as always with refugee reports, with considerable caution.  Since your comments in your letter (though not in the book) indicate that you agree, I fail to see any basis for your criticism of my remarks.

 

I appreciate your kindness in offering to let me see your documents, but since unfortunately I know no Khmer, I am afraid that I cannot take you up on your offer.  Perhaps you might want to make them available to qualified scholars.  Once again, I stress that you have quite rnisread what I clearly wrote about the credibility of these reports.  I have no "a priori" position on the matter, no preconceptions to which I adhere, and no initial unwillingness to question conclusions based on careful analysis.

 

You then state that I am "wrong" in giving the impression that refugee accounts come "alrnost exclusively" from the North West.  In your « Cambodge Libéré » you made exactly the point that I mentioned, if I recall correctly, denying that there was evidence of "massive purges" outside of Battambang-Siem ­Reap.  The sarne point has been made quite explicitly by David Chandler and others. It may be that the story is the same throughout, but as I am sure you will agree, the reports froern refugees do very largely come from refugees from the Battamban-Siem Reap region, where Khmer Rouge influence was generally weak, and where there was quite a history of brutality and ample reason to expect the vengeance described by Peang Sophi and others. I see no reason to qualify my actual rernarks, in this respect.

 

I have already commented on your reference to p. 223.  I am interested to note that you yourself report that af ter two hours of discussion with a refugee, you were « able to expose him as false, » which supports my conclusion, noted above, that interrogation is quite important, as compared with written records. It would have been good to have mentioned this fact in the book.

 

In the letter from Michael Vickery, which I mentioned, he reports that when he visited refugee camps in Thailand, without an interpreter since he is fluent in Khmer, he quickly discovered in many conversations that refugee reports varied very greatly, and that there were many disputes among refugees as to what they had experienced. The apparent consistency of refugee reports, he writes, is an illusion. Furthermore, he was told by refugees that the camp directors singled out specific refugees who had brutal tales to tell for the benefit of Western visitors, thus creating an illusion of consistency. As an outside observer, I see no reason to doubt his credibility, which I know, on other grounds, to be substantial. I assume that you would agree.

 

You say that "now the refugees are forbidden to speak to strangers, contrary to what [I] wrote."  I have no idea to what you are referring.

 

You deny the assertion that you "have not based [your] work on any serious documentation."  But I made no such claim.  Rather, I said something quite different, and quite correct:  that your book lacks the documentation of Porter and Hildebrand.  You report rnany facts (e.g., about the rice supplies), but with very few references.  That is what is meant by "lack of documentation." As to the documentation on which you based your work, obviously I had no idea.  I can rely only on the printed record.

 

You then say that Patrice de Beer’s report of the fall of Phnom penh was a "scandal" and that he was called back to Paris in view of its serious failings. I find that claim surprising. In the first place, I note no striking difference between his report and those of schanberg and others. Furthermore, I had been informed that he had returned to Paris to take on a more responsible position at Le Monde.  I am interested, of course, in your account of how the Le Monde story was distorted, and if there is any record, would be happy to see it, and to inquire with de Beer as to his side of the story.

 

I am not sure that I follow your remarks about Kiernan. You refer sarcastically to his receiving a refugee in a "flat in Bangkok," implying that he did not interview refugees incamps.   He states (Australian Outlook) that his reports are based "on my interviews with refugees from Cambodia in the Lumphouk and Aranyaprathet refugee camps in Thailand, and in Bangkok," and in Australia.  Are you asserting that his statement is false?  If so, that is a serious charge, and I would be interested in your evidence.  Are you saying that there is something wrong with his also interviewing refugees outside of camps ?  If so, how do you justify your own practice in doing exactly the same thing, as indicated in your letter ? You then write that Kiernan’s comments are interesting, but have generally been said before.  I take it, then, that you regard these familiar comments as credible.  He concludes that most of the violence has taken place in northwest Cambodia, where Khmer Rouge organization and influence was slight. He cites evidence that at the end of May 1975 « the revolutionary government in phnom penh ordered an end to reprisals. » He reports that « the great majority of the refugees can be divided into three groups : former Lon Nol soldiers, former urban dwellers, an farmers from Battambang and Siem Reap provinces, »  citing Western and Thai journalists and American officials. He reports that over a third of the refugees at Aranyaprathet are former Lon Nol soldiers and many of the refugees are former Khmer Serei commandos, and that « very few peasants, if any, have fled to Thailand from other parts of Cambodia. » He quotes a refugee as saying that in Battambang the rich were being "persecuted" while the poor were better off than before, and cites corroboratory letters from Cambodia. And so on. If all of this is, as you say, interesting and familiar (and presumably credible; at least, you do not challenge the credibility), then the factual situation is plainly quite different, radically so, frorn what Lacouture portrayed, and considerably more complex than what you conveyed.

 

I quite agree with you that one should maintain a highly critical attitude towards statements by the Cambodian governrnent, but fail to see how this comment relates to anything I wrote.

 

Perhaps you are right about the "catastrophic" nature of the deportation from Phnom Penh.  I have no doctrine on the matter and nothing that I wrote suggested otherwise.  I did refer to the fabrication of evidence in this regard by Barron and Paul, but the demonstration of their fabrications, and of the incompetence (at best) of scholars and journalists who quote them without referring to such obvious falsehoods as those we mentioned, in no way implies that the evacuation of Phnorn Penh was not catastrophic.  I hope that the point is obvious.  There are, as of course you are aware, quite varied accounts of the nature of that evacuation.  Thus to cite one that greatly disagress with your conclusions, there is the account of Chou meng Trr, published in Australia, with which which I presume you are familiar.

 

Your statements about the crops seem curious to me.  You say that the rice was taken away for foreign trade, though the official export figures are low.  Presumably, you have evidence that rice has been exported secretly, causing starvation among the population.  As before, I have a completely open mind with regard to this charge, and would be very rnuch interested in the evidence that you can provide to back it up. I think it would also be valuable if you were to provide this evidence to Nayan Chanda, who, in his discussion of this subject, has no inkling of it.  Since this is a serious charge, I must assume that you do have evidence, and would therefore be most interested in seeing it.

 

You object to my failure to point out that Long Boret's estimate of an eight-day supply of food might be explained by his ulterior motives.  That comment too strikes me as odd. Surely the serious lapse was your failure even to cite his statement, or to cite the report attributed to American AID officials that corroborated it.  In comparison with that serious omission on your part, my failure to discuss Long Boret’s possible motives seems quite irrelevant.  My point, after all,  was simply to show that you gave no source for an estimate on which you based much of your criticism of the evacuation, and that you omitted important evidence that would appear to run counter to your unattributed claim.

 

You say next that you regard the conclusions of Chanda and Shawcross to be closer to yours in some respects than to mine or to those of Hildebrand and Porter.  I would agree that their conclusions (which are not identical) are rather different from those of Hildebrand and Porter, as they are quite different from yours.  As to where in the spectrurn they fall, I don't quite know what measure to apply.  As for a comparison to my conclusions, if you look back at what I have written you will see that such a comparison is quite impossible, because I drew no firm conclusions with regard to the situation in Cambodia.  Rather, our concern was to evaluate such evidence as we could obtain and to demonstrate, as I think we did, the outrageous lies and distortions of the Western press.  Our conclusion was, very sirnply, that "we do not pretend to know where the truth lies amidst these sharply conflicting assessments." Again, you are reading what we wrote with certain preconceptions, and missing its content, I am afraid.

 

You express surprise at the "prejudices" I show toward others, referring to my statement that your work has an anti-communist bias and message. Surely it is not in question that it has an anti-communist message, perhaps quite properly so.  Much of my own work has an explicit anti-communist message, but in noting this fact, i do not conclude that I am prejudiced against myself. As to whether your work has an anti-communist bias, I did read it that way, and cited some of the reasons for that conclusion -- for example, the treatrnent of the matter of rice stocks just discussed. Recall that we also clearly stated that you had had given « a rather positive account of Khmer Rouge programs of social and economic development » and had quite properly discussed the brutality on all sides in the background, as distinct, for example, from Barron and Paul , whose disgraceful work avoids any mention of the American role in Cambodia.  I feel, in rereading, that our account of your book was fair and balanced, and am sorry if you disagree.  Note that we nowhere implied that what you have written is false, or that it should be disregarded.  Quite the contrary.

 

Turning now to Lacouture’s comparison of the Khmer revolution to Nazisrn, since I make no claim to knowing the facts, given the highly fragmentary and often conflicting evidence, I cannot say that he is wrong, nor did I.  What I can say, and do say, is hat he provided no evidence whatsoever for this conclusion.  Rather, he presented gross falsehoods, attributed falsely to you, and then concluded on the basis of these that hte khmer Rouge are comparable to the Nazis.  Af ter correcting most (not all) of these falsehoods, thus leaving his original charges without any factual basis that he had presented, he then went on to reiterate the charges, asserting that it does not really matter whether an inhuman phrase was uttered by a Cambodian official in a overnment newspaper or reported through a remote chain of transmission in a Thai newspaper, or wether the numbers killed was in the thousands or hundreds of thousands. I find this conclusion absolutely astonishing, for exactly the reasons we wrote.  And I wonder, to repeat; whether it also doesn’t matter whether the number of people killed by the Americans at My Lai was 400 or 40,000, or whether the number massacred by the French resistance was 40,000 or 4 million (if a factor of a hundred is unimportant).  You are convinced that his comparison to the Nazis is more correct than a comparison to the liberation of France.  Perhaps so, but I wonder whether you are familiar with the record of atrocities compiled by the French resistance after liberation, under far less onerous conditions than those of postwar Cambodia.  I am interested in your conclusions, and am far from disregarding thern.  But I am not very much convinced by the evidence you produce to support your claim that a comparison with the Nazis is more appropriate than a comparison with the French resistance, with its 30,000-40,000 victims by friendly estimate, or 7 million victims by the estimate of collaborators (which, to be sure, Aron regards as "exaggerated").

 

With your final comments I am in general agreement.  France and to a far greater extent the United States, ravaged Indochina and laid the basis for much of what has happened since.  The United States not only refuses to help heal the wounds of war (in the terminology of the treaty it signed but will not honor) but also is insistent on preventing others frorn doing so -- for example, by denying "Food for peace" aid to countries, such as India, if they dare to trade with Vietnam.  At the same tirne, there is no doubt that the Khmer Rouge bear responsibility for many atrocities, as did all other combatants in the brutal wars that have raged in indochina. Let us by all means be objectiveand try to ind the truth. Let us also recall the very serious consequences of contributing to the diffusion of lies and falsehoods on a massive scale, as in the rnany cases we docurnented in our article, or as in the case of the Farniglia Cristiana interview which you mention in your letter.

 

Let me repeat rny major point.  You are in a remarkably favored position to help bring out the truth about Cambodia, and to stem the flood of lies that are being produced by people like Barron and Paul, who insist on citing you as a source.  The responsibility to truth, to the people of Cambodia, and to other potential victims of imperial aggression demands no less.

 

Sincerely yours,

Noam Chomsky

cc : Robert Silvers

 

— Manque la lettre de Ponchaud à Chomsky du 27 ou du 29 décembre 1977, partiellement reproduite dans la lettre de Ponchaud à John Barron du 30 juin 1978 (cf. infra).

 

François Ponchaud à Noam Chomsky,  Romainville, 18 mai 1978.

 

Monsieur,

 

Dans le journal danois Informationem du 25 avril, Mr Malcolm Cadwell [Caldwell] a cité une lettre personnelle que vous lui aviez écrite le 4 mars 1978. Je ne possède de cette lettre qu’une traduction en français, - « en troisième main » -, et je ne puis juger des termes exacts employés. La traduction porte :

« De ma correspondance privée avec Ponchaud, - dont tu auras lu des extraits dans le dernier numéro de News from Kampuchea, il ressort tout simplement que c’est un … (est employé un terme que nous pourrions considérer comme injurieux, aussi nous ne l’employons pas.) »

Un peu plus haut, lors de l’interview de Mr Caldwell, le journal écrivait :

« A la question de savoir si Ponchaud est un escroc, Malcolm Cadwell répond… » [C’est l’interviewer danois qui pose la question].

Je suppose donc que c’est de ce terme agréable dont vous me gratifiez dans votre lettre. Je vous saurai gré de bien vouloir m’en envoyer une copie, puisqu’elle est maintenant publique, et que je me sens particulièrement concerné.

Laissez-moi cependant vous dire que je suis pour le moins, étonné de vos procédés. J’ai beaucoup apprécié vos prises de positions contre l’agression américaine au Viêtnam et au Cambodge ; j’apprécie la rigueur intellectuelle de vos écrits et même de vos critiques de la propagande actuelle dénigrant le Kampuchéa démocratique. Mais qu’un linguiste de votre renom se permette le procédé aussi bas que de salir une personne pour diminuer la valeur de son témoignage me déconcerte. Cela me semble peu conforme à une méthode scientifique de recherche de la vérité historique. En France, cela pourrait même être l’objet de poursuite judiciaire en diffamation. Sans doute une partie de nos conclusions divergent, mais je respecte les vôtres, respectez les miennes. Je vous permets d’apprécier les événements d’une manière autre que moi-même, et vous accorde le préjugé de la sincérité personnelle : accordez-moi simplement la réciproque. Certes je ne prétends pas appréhender la révolution cambodgienne en totalité dans sa complexité, mais vous non plus, je suppose.

D’une manière générale, je suis d’ailleurs fort surpris des procédés de gens prétendant défendre le Kampuchéa démocratique (entre parenthèse, je pense le défendre beaucoup plus que beaucoup). J’ai participé, comme vous le savez, au Hearing d’Oslo sur la situation au Kampuchéa démocratique, les 21-23 avril dernier. On pouvait critiquer beaucoup de choses dans ce « Hearing » : il était organisé par des gens de « droite », mais tous les gens de « droite » sont-ils pour autant malhonnêtes, surtout lorsqu’il s’agit des droits de l’homme ? Sans doute le président des USA a voulu récupérer ce hearing pour soutenir sa politique, mais Mr Meyer et moi-même avons montré notre désaccord en quittant la salle ; sans doute les experts, notamment américains, n’étaient pas tous de bons connaisseurs du Cambodge, mais monsieur Meyer a une connaissance que beaucoup d’autres n’ont pas ; sans doute on pouvait critiquer les témoignages des réfugiés-témoins, mais ils avaient pour eux d’avoir vécu au Kampuchéa démocratique et de connaître une partie, fusse-t-elle infime, de la vie au Kampuchéa, sans doute le panel de « questionneurs » était limité et l’opposition n’avait pas la parole, je le regrette, mais les invités de l’opposition, et notamment ceux du Kampuchéa démocratique, ont préféré pratiquer la politique de la chaise vide ; sans doute souvent ce hearing apparaissait comme un tribunal voulant condamner, mais Meyer et moi-même nous nous sommes opposés violemment à toute condamnation, au risque de nous faire passer pour opposants ; etc., etc.

C’est volontiers que je reconnais les limites de ce « hearing », dans l’organisation duquel ma participation fut moindre que celle avancée par les journaux de gauche. Cependant « l’alternative hearing » présentait des carences encore plus criantes : la seule défense préventive était de discréditer les experts (pour ma part en reprenant un article de Libération d’avril 1976 avec des aberrations que les auteurs on eu le ridicule de diffuser sans même les vérifier), les réfugiés témoins que Caldwell a eu l’audace de traiter de « nazis » ; durant les sessions de cet alternative-hearing auxquelles j’ai participé, nous n’avons eu droit qu’à la critique (parfois motivée) de la presse internationale, qu’à la lecture de textes officiels en provenance du Kampuchéa (que tout expert se doit de connaître, mais aussi de vérifier l’exactitude), que de la présence d’un Kampuchéean en France bien avant le changement de régime, et qui ne connaît donc le régime que par la presse officielle, que d’un film de propagande.

Je ne doute pas de la sincérité des militants de cet alternative hearing, bien qu’ils doutent de la mienne, et me prêtent les plus noirs desseins (ne juge-t-on pas autrui selon soi-même, selon un dicton français), mais c’est leur démarche intellectuelle qui me laisse rêveur : salir les gens avant de les entendre est un procédé trop vil pour que je le respecte ; ne jamais accepter les limites de ses connaissances, et éventuellement ses erreurs de jugements ou d’appréciations me déconcerte, surtout quand ces jugements et appréciations sont le produit de réflexion idéologique, et non de la constatation des faits ; utiliser à outrance de petites erreurs matérielles pour déconsidérer tout un travail d’ensemble me laisse pantois. Absent d’Europe depuis plus de dix ans, je suis vraiment étonné de telles démarches intellectuelles que je ne saisis pas, je vous l’avoue franchement. Progrès ou déclin de la pensée occidentale ? Recul de l’esprit scientifique ou réaction contre lui ? Appréhension différente du réel ? Beaucoup de questions se pose[nt] à mon esprit qui reste résolument ouvert à toute interrogation.

 C’est sans aucune agressivité que je vous écris ces quelques lignes, espérant, que même si nos positions ou nos conclusions sont différentes, nous travaillions ensemble à la construction d’un monde plus juste et plus fraternel. Croyez que dans toute la mesure du possible je défends le Kampuchéa démocratique, en dépit des réserves sérieuses que j’ai pu faire concernant les violations des droits élémentaires de l’homme dans ce pays. Il faut éviter à tout prix, et je m’y emploie, que la dénonciation des violations des droits de l’homme au Kampuchéa démocratique ne soit utilisée par la propagande viêtnamienne qui depuis quelques mois se donne des armes pour intervenir militairement ou autrement dans les affaires intérieures du Kampuchéa.

 

Veuillez croire, cher Monsieur, à l’expression de ma considération hautement distinguée,

 

François Ponchaud.

CC. Bob Silvers.

 

— Noam Chomsky à François Ponchaud,  Massachusetts, M.I.T., June 5 1978.

 

Dear Father Ponchaud,

 

I can easily understand your irritation at seeing in a Danish newspaper a translation of a personal letter of mine to Malcolm Caldwell in which you are mentioned. I was no less outraged. There is, plainly no way to prevent an unscrupulous journalist from publishing material that somehow falls into his hands.  I understand that Caldwell protested to the newspaper in a letter, and that someone who accompanied him when when he unwisely showed the personal ' aîndttthr to the joûrnalist also protested. Evidently, there would be no way for me to ensure that a personal letter that I send to a friend does not find its way, somehow, to a journalist so unethical as to publish some version of it without inquiry or authorization.  I’ve been told that I could sue the newspaper for violating international copyright agreements, but that would surely be pointless. I can take no responsibility for the fate of personal letters to friends, and feel no compulsion to restrict personal letter, in style or content, to what I would edit to put into print. I trust that all of this is obvious.

 

I am afraid that I see no basis for the criticisms in your letter. I wrote my personal opinions frankly to a personal friend. I have no idea how you express yourself to personal friends, and do not care to know, and cannot conceive of requesting that you send me personal letters of yours. Again, all of this seems obvious. It does not mitigate the personal damage done both to you and to me by a dishonest journalist, but I do not see what can be done about that.

 

I will tell you quite frankly that I was surprised, even shocked by your letter of 29 December 1977. You write that you were "delighted" by the impact of Lacouture's articles  -- in your earlier letter you had vritten, more as I expected, that you were chagrined at the falsification of the contents of your book. You say in your Dec. 1977 letter that you felt no obligation to respond to him in public. With that I agree, but recall that my letter asked why you did flot inform him in private of these extremely serious letters. I cannot understand that, as I cannot understand your expressed delight in seeing serious misrepresentations of your vork -- particularly, since these misrepresentations gain exceedingly wide coverage, given that they are so welcome to Western readers under the prevailing conditions that I described to you in my earlier letter, and that you must now perceive very well yourself, having spent some time in the West -- indeed, your comnents on Oslo indicate as much.

 

You say further that a "journaliste engagé" has a perfect right to express his opinions freely, which is not in doubt. The question is, however, whether this right extends to falsification and misrepresentation. Anyone can make mistakes -- no crime in that. It is for that reason that I wrote privately to Lacouture, bringing the errors to his attention, rather than trying to make a public issue of it. I wrote publicly about it, in the Nation article which you have sean, only after the "Corrections" appeared. These corrections I felt to be quite inadequate, for reasons that go well beyond anything that I put in print, and I have written several letters to Lacouture (and Silvers) on this matter. The press, not to my surprise, did not make honest corrections, with one exception. I have been informed, incidentally, that Lacouture's « Corrections » did not appear in France in NO [Nouvel Observateur], but I cannot believe that this correct.

 

I feel, as I wrote you, that it was quite definitely your responsâbility not to make a public statement on the matter but to approach Lacouture privately, particularly given your concern for truth and the Khmer people. This is a very serioous matter given the context in which Lacouture’s article appeared in the US and France, which I outlined to you in my earlier letter and which must by now be obvious to you in any event. I cannot understand your reticence on this score.

 

Still more surprising to me is your reaction to the Famiglia Cristiana matter. You write that the Solarz' proposal in Congress for American intervention would be the ultimate catastrophe -- we agree. You recall that he based this proposal on the alleged "admission" in the FC interview, which you know to be a fabrication. Furthermore, as you know, this fabrication has bean widely repeated in the world press, after first appearing in a book that cites you as the sole scholarly consultant. Evidently you and Barron are friends, judging by his affectionate references to you in the published Congressional Hearings and elsewhere. Yet in the face of this you say only that "each author has freedom of thought," and you feel no necessity to inform Barron and Paul, even privately, that their citation of the FC article,  which has already had substantial repercussions worldwide, is based on a fraud. I do not see why your responsibility to truth and the Khmer peopie, which you eloquently express, does not reach so far as a personal letter to Barron explaining these facts to him -- minimal honesty would than require that he make them public -- let alone a letter to the editor of one of the many journals that has published these falsehoods, with their very serious effects, given the moral and intellectual climate of the West. Surely this should be particularly obvious nov, with the rising chorus of interventionist propaganda in France and the US, so reminiscent of the early Kennedy period.

 

You say that not being a journalist, you possess no public platform. That is a very serious misunderstanding. Surely you know that your book, a year ago, was one of the most publicized unread books in recent history, as a result of Lacouture’s review and the press response to it. Your prestige as an expert on  Cambodia is incomparable worldwide, not only because of our own book but because of lacouture’s review and of course the Barron~Paul references to you as a source in a book that has been published in millions of copies in many languages (including the worldwide translations of the Readers Digest). You have a public platform on the issue of Cambodia, well beyond what I or anyone like me can command. Surely that is entirely obvious. Anything you chose to write or say on the subject is guaranteed a wide hearing. In contrast, someone like, say, Sampson (I still await some confirming evidence for your sharp criticism of him) is reviled as a "psychotic" perhaps, despite his personal and specialist knowledge, not because there is empirical evidence contradicting his analysis, but because what he says is uncongenial to the current Western temper, in a period of reconstruction of imperial and interventionist ideology, with the radical falsification of history and current affairs with which you are by now familiar.

 

Note that I do not, as you seem to believe, criticize you for your opinions about Cambodia or your expression of these views, and I only welcome the factual presentation of any material on which they are based. With regard to what you have published, my views are exactly as expressed in the article you have seen. It is what you refrain from doing that surprises me, given its obvious human significance and the rare position of prestige and authority that you now hold on this issue.

 

I was much interested to hear your reaction to the Oslo events. I had read and written about Meyer's book some years ago, and have also read his testimony at Oslo with interest and appreciation. It was, I agree, enlightening, and also quite different from the material that floods the world press.

 

As for the situation in Cambodia, contrary to what you seem to believe, I have no definite views. I have read what you have written with great interest, and also what has been vritten by other qualified specialists who I mentioned in my first letter to you (among others), who reach rather different conclusions. When I write about this matter again, as I will, I will try to weigh the conflicting and quite inadequate evidence, no doubt once again reserving judgment because of the many inconsistencies and the lack of information given the closing of the country to all but the most limited inspection -- reserving judgment, that is, on scale and character; that there have been atrocities is not it doubt, as I wrote in the article you have seean.

 

As for the situation in the West, that is quite open to inspection. It remains true that there is a stream of easily documented falsehoods concerning Cambodia and Indochina quite generally, and it is easy o explain why this should be the case, as was predicted years ago (by me, for example). You take your primary task to be exposing what you take to be the truth about Cambodia. No one can object; surely I do not, though I would again remind you that correction of widely publicized falsehoods is a major contribution to establishing the truth, and that your ability to carry out this task is unique for reasons I have already mentioned.

 

I see my own primary task quite differently. I have no special knowledge of Cambodia or access to information about it, and even if I did, I would see my main concern as focussing here. The moral basis for this decision should be obvious enough s that no comment is required.

 

There is no inconsistency between these understood commitments, quite obviously.

 

I would like to urge you, once again, to reconsider your reticence concerning the fabrications that gain such wide publicity and achieve such public impact  in the Western literature. You are in a unique  position to correct these fabrications, at least in private though much more effectively in public, thus contributing in a substantial way to the search for truth and the defense of the rights of the Khmer peopie, to which you express your dedication. Through no fault of your own, you have been drawn into this web  of falsification if only by being cited as the consultant and sole scholarly autorty in a book in which they appear.

 

I do not understand what Bob Silvers has to do with any of this, but since you sent him a copy of your letter to me, I'm sending him a copy of this letter as well.

 

Sincerely yours

Noam Chomsky

 

— François Ponchaud à Noam Chomsky, Romainville le 3 juillet 1978.

 

Cher Monsieur Chomsky,

 

Puisque vous me demandez avec tant d’insistence d’arrêter le flot de mensonges répandus par Anthony Paul et John Barron, je me suis décidé enfin à leur écrire une lettre. Sans doute une démarche scientifique rigoureuse me vaudra un nouveau qualificatif aussi agréable que celui dont vous m’avez gratifié dans votre lettre à Caldwell. Mais qu’importe, je n’ai ni honneur ni thèse à défendre !

 

Très respectueusement vôtre,

 

François Ponchaud

 

— François Ponchaud à John Barron, Romainville le 30 juin 1978.

 

Cher Monsieur Barron,

 

Vous le savez sans doute, la version américaine de mon livre Cambodge, Année zéro va être publiée le 17 juillet prochain par les éditions Holt, Rinehart and Winston. Dans une « Author’s note for English translation », je parle de votre livre en des termes qui pourront vous surprendre. Pour éviter tout malentendu je me dois de vous écrire cette lettre.

 

Dans une lettre personnelle en date du 19 octobre 1977, répondant à une lettre de ma part en date du 17 août 1977, mr Noam Chomsky, entre autres choses, me sommait de « stem the flood of lies that are being produce by people like Barron and paul, who insist on citing (me) as as source ». Le 29 décembre suivant je répondais à Mr Chomsky que personnellement, je ne me sentais pas « la vocation de gendarme international de la vérité, vérité que d’ailleurs nous appréhendons tous fort mal, vue la fermeture du Kampuchéa ». Concernant votre livre je répondais ceci :

« Vous me demandez de “ faire cesser le flot de mensonges ” déversés par John Barron et Anthony Paul. En dépit de demandes répétées à leur collaboratrice de Paris Ursula Naccache, je n’ai pas encore eu la possibilité de lire leur livre. J’en connais les extraits publiés dns la Sélection du Reader’s Digest de février 1977. J’ai relu le texte avant de vous écrire : en dépit de quelques erreurs de détail, l’ensemble reflète, hélas, la réalité. Je ne vois pas ce que je pourrai contredire, sinon la référence à l’article de Famiglia Cristiana dont la faute professionnelle n’est pas à imputer aux auteurs du livre. La genèse du livre (version française p.224-226) retrace le cheminement personnel des auteurs qui correspond au mien.  Quand le manuscrit était encore au niveau d’ébauche, Mme Naccache est venue me poser un certain nombre de question. En parcourant les feuillets, j’ai remarqué un certain nombre d’inexactitudes de détails, et surtout le manque d’analyse ; le ton général me déplaisait, car il s’inscrivait dans la ligne d’un anticommunisme que je n’apprécie guère. Mais, me suis-je dit, chaque auteur garde sa liberté de pensée. J’ai accepté de donner mon témoignage sur ce que j’avais vu, puis mon avis sur la situation du Kampuchéa, comme une source d’information parmi tant d’autres, ayant l’assurance que mes propos ne seraient pas déformés. La parution de la version américaine de Cambodge, Année zéro, en juillet prochain, chez Holt, Rinehart and Winston sera une autre possibilité pour les lecteurs américains, d’approcher la réalité cambodgienne.

Si Murder of a gentle land vous semble induire les lecteurs dans l’erreur, Cambodia : revolution and starvation de Gareth Porter et Hildebrand me semble devoir recevoir la même critique, alors que leur but est diamétralement opposé à celui d’Anthony Paul et de John Barron. Ils faussent gravement les faits : sous les apparences scientifiques, avec une documentation fouillée, ils analysent surtout les déclarations officielles, mais très peu le vécu actuel. (…)

Ne devrions-nous pas demander et redemander avec insistance que l’autorisation soit donnée à des journalistes sérieux ou à une commission de l’ONU d’aller visiter le Kampuché : ne serait-ce pas là un des moyens d’arrêter “ le flot de mensonges ” concernant le pays, si “ mensonges ” il y a ».(…)

Cette réponse, ou d’autres parties de ma lettre, n’ont pas eu l’heur de plaire à Mr Chomsky, qui, dans une lettre privée à Mr Malcolm Caldwell en date du 4 mars 1978 et publiée dans le journal danois Informationem du 25 avril 1978, me traite gentiment d’ « escroc », si du moins j’ai bien compris les points de suspension placés par l’éditeur du journal à la place de ce gracieux qualificatif. Dans une lettre du 5 juin l’illustre linguiste reconnaît implicitement m’avoir traité ainsi, sans toutefois me transmettre l’original de la lettre comme je lui avais demandé ; il attribue la publication publique de ses écrits à « an unscrupulous journalist », « a dishonnest journalist »…

En avril dernier j’ai lu avec l’attention que vous supposez la version française de votre livre. Le jugement initial tel que je l’avais formulé plus haut ne m’a pas semblé devoir être modifié. Je ne vous cache pas que votre livre me déplaît par son anticommunisme, son absence d’analyse politique, son manque de références à l’histoire et à la culture khmère, le silence sur la politique scandaleuse de la France et surtout des USA qui sont en partie responsables du drame actuel. La partie que je trouve la plus intéressante est l’introduction de Jean Lacouture à la version française à laquelle je souscris totalement : devant le silence complice qui entoure la souffrance et la mort de si nombreuses personnes, « tout livre sur le Cambodge est le bienvenu, fût-il fondé sur des sources insuffisantes, trop rapidement contrôlées, voire douteuses. Ici, une semi-vérité vaut mieux que pas de vérité du tout. » [Seulement une semi-vérité risque de laisser la place à un semi-mensonge, et, lorsqu’il est question d’aller bombarder à l’autre bout de la terre, le grand public se contente toujours de ce semi-mensonge avec les conséquences désastreuses que l’on sait!] Car les faits que vous rapportez, sont, hélas, pour l’ensemble, rigoureusement exacts, même si l’utilisation politique que vous en faites en faussent la signification. Mais vous avez parfaitement le droit d’avoir des idées politiques différentes des miennes, prétendre l’inverse serait faire preuve de néo-impérialisme intellectuel injustifiable.

Lors du « Hearing » d’Oslo, vous avez pu constater combien divergeaient nos points de vue : je n’ai pas du tout apprécié l’exposé d’Anthony Paul, même si les faits qu’ils rapportaient étaient exacts ; l’interprétation de ces faits m’ont semblé porter atteinte à la dignité du peuple khmer ; son ignorance des événements survenus au Kampuchéa depuis la parution de votre livre m’a laissé pantois. Je lui ai fait part avec assez de rigueur, d’une manière fort peu courtoise je l’avoue, de mes critiques. J’ai trouvé par contre votre exposé bon, et vous m’avez remercié de cette appréciation [fin de ligne effacée] je vous ai cependant dit que je n’étais pas d’accord avec votre interprétation des incidents survenus le long de la frontière khméro-thaïlandaise : pour vous il paraît évident qu’ils sont le fait des Khmers Rouges, pour moi, je pense qu’ils sont le fait d’insurgés thaïlandais ; vous m’avez remis le livre blanc du gouvernement thaïlandais « the massacre on 28 january 1977 », dont la lecture ne m’a pas convaincu. Les déclarations récentes du général Kriangsak semblent me donner raison, mais la discussion reste ouvert. Il en est de même pour les incidents à la frontière khméro-vietnamienne : vous semblez accorder tout crédit à la propagande de Hanoi qui vise à faire passer les khmers Rouges comme des sanguinaires, alors que mon jugement serait plus nuancé, en l’absence d’informations vérifiées. Mais sur ce point encore la discussion reste ouverte.

Durant la discussion qui a suivi mon exposé, madame Naccache et moi-même avons échangé des propos violemment contrastés : je me suis refusé en effet de condamner le projet de société des révolutionnaires khmers que j’estime fondé dans l’histoire et la culture khmère, même si je n’approuve ABSOLUMENT pas les moyens utilisés pour le réaliser. Quoi de plus enthousiasmant en effet que de vider les villes, création en grande partie du capitalisme occidental, peuplées en majorité de Chinois et de Viêtnamiens, et d'’envoyer toute la population construire le réseau de digues et de canaux qui assurera la véritable indépendance du pays   Ce rêve ne fut-il pas celui des grands souverains khmers   mais sur ce point encore, la discussion reste ouverte, Mme Naccache, Anthony Paul, vous-mêmes et moi-même sommes tous horrifiés devant le traitement du peuple khmer, et sur ce point nos avis convergent. Même si je me permets de critiquer votre livre, de ne pas partager vos idées politiques, vos conceptions de la société, et surtout vos explications du drame cambodgien, je tiens cependant à vous rendre hommage pour avoir recherché avec sérieux l’établissement de faits [souligné par le Père Ponchaud]. Ceux qui vous accusent de « répandre un flot de mensonges » sur le Kampuchéa ne se basent que sur des à priori idéologiques et non sur une étude ou une recherche comparable à la vôtre, en dépi de toutes ses limites.

J’aurai cependant quelques remarques à vous faire sur l’usage que vous faites de mon nom. Dans votre livre vous citez mon nom une vingtaine de fois, soit dans le texte, soit dans les notes, en termes qui mettent ma modestie en difficulté. J’aurai préféré des appréciations plus discrètes, car je sens les limites de mon travail. A la page 227-228, dans les remerciements, vous exagérez le rôle qui fut le mien dans l’élaboration de votre livre ; de même votre exposé au Hearing du 3 mai 77 devant le sous-comité on international organizations ou vous dites « Ponch [Barron utilisait vraiment ce diminutif d’affection comme on peut le lire dans les compte-rendus des hearings] assisted us extensively in our interviews in France. He compared data with us, critized our work, and challenged in some cases our findings. We found him to be a very honest scholar »… (p.48). De même Mme Naccache exagère un peu lorsqu’elle écrivit à Anthony Paul pour répondre à mr Torben Retboll (Far Eastern Economic Review du 9.12.1977) : « I was in almost daily contact with Father Ponchaud, and i asked for clarification of several point in the text ». Ce que vous dites tous deux n’est pas faux, mais éxagéré, comme je l’ai écrit à mr Torben Retbøll en deux lettres du 30 mai et du 9 juin 1978. Peut-être n’êtes-vous pas totalement au courant de ma collaboration à votre travail, aussi je tiens à vous la faire connaître, ainsi qu’à ceux qui veulent à tout prix nous opposer.

Mme Naccache est venue me trouver durant l’automne 1975 pour m’interviewer durant deux matinées complètes sur le changement de pouvoir à Phnom Penh : car elle demandait de préciser un nombre impressionnant de détails auxquels je ne pensais pas. Elle m’a demandé ensuite où elle pouvait trouver des réfugiés khmers, ainsi que des interprètes. Je lui ai donné des noms de gens intéressants ; je lui ai également indiqué des personnes pouvant être interprêtes, mais moi-même n’ai fait interprête qu’une seule fois, pour aller vérifier un détail à Amiens (l’histoire des deux frères qui s’étaient enfuis en voiture : je tenais moi-même à vérifier aussi !). Bien que ne partageant pas les idées politiques de Mme Naccache, je ne voyais pas pourquoi j’aurai dû lui refuser ces sources d’informations, bien que j’y ai pensé : des journalistes de gauche, même d’extrême gauche sont venus également me demander conseil, et je le leur ai donné.

Parfois madame Naccache me téléphonait pour me demander si telle date me paraissait exacte, ce que je pensais de tel ou tel point précis. Quand le manuscrit fut à peu près élaboré, Mme Naccache me demanda ce que j’en pensais : je l’ai feuilleté pendant quelque minutes, mais ne lisant pas suffisamment bien l’anglais, madame Naccache m’en a traduit oralement des extraits, me posant un certain nombre de questions. Pour répondre à Mr Torben Retboll, Madame Naccache m’a téléphoné alors que je me trouvais dans un centre de réfugiés à Limoges. Est-ce que cela justifie « in almost daily contact » je ne sais pas, mais elle me consultait parfois par ce moyen. Si « criticized our work » signifie « faire des remarques attentives sur un livre que l’on lit à tête reposée », c terme n’est pas exact, car ma critique n’a consisté qu’à répondre à des questions.

En décembre 1976, Mme Naccache me parla, au téléphone d’un article de Famiglia Cristiana du 25 septembre. Je ne le possédais pas, car cette petite revue confessionnelle n’est pas le genre de littérature que j’apprécie. J’avais remis mon manuscrit le 20 octobre, et en corrigeant les épreuves de mon livre je n’ai pas éprouvé la nécessité d’ajouter une note pour inclure le texte de ce journal. J’ai cependant fait venir le journal de Rome. Le 28 janvier 1977, recevant Eric Laurent, de France-Inter, pour préparer une émission radiodiffusée du 12 février, nous avons parlé tout à fait par hasard de la conférence de Colombo à laquelle il assistait. J’eus alors l’idée de lui montrer le numéro de Famiglia Cristiana. Il a bondi en voyant l’article de Paola Brianti, car celle-ci, disait-il, n’avait pas quitté Patrice de Beer ni lui-même durant toute la durée de la conférence, ainsi il lui paraissait impossible qu’elle ait pu interviewer Khieu Samphân [dans une lettre à Torben Retbøll du 30 mai 1978, Ponchaud écrit que Eric Laurent lui a dit le 28 janvier « qu’il était impossible que Khieu Samphân lui ait accordé une interview »]. Je n’ai pas pensé vous avertir de cette supercherie, car je ne me sentais pas partie de votre ouvrage. Je ne connaissais pas d’autres part le contenu final de votre livre et même si vous faisiez usage de cette interview que pour ma part j’avais négligée. Si Madame Naccache m’avait demandé ce que j’en pensais, je le lui aurais dit, comme je le fis pour mr Noam Chomsky, dans une lettre en date du 17 août 1977. Il est curieux que Patrice de Beer n’ait pas réagi, lui non plus, et surtout que le gouvernement de Phnom Penh, concerné au premier chef, n’ai jamais donné de démenti. C’eut été aux autorités du Kampuchéa de rétablir la vérité, si supercherie il y avait. Je comprends toutefois qu’elles ne l’ai[ent] pas fait, vue l’insignifiance de cette revue. Cependant en constatant combien cette interview était utilisée en Amérique, mais non en France (d’où je n’ai pas eu, pas plus que de Beer l’idée de protester), elles auraient dû le faire. Il est vrai que dans plusieurs émissions radio de septembre 1977, une chanson répète à souhait : « forçons-nous de résoudre le problème de la nourriture pour le peuple véritable de trois millions » (« Dâk Sray panyaha khlien choun prachéachon bey lien dâ penh lenh haeuy »). Est-ce que ces autorités reconnaissaient la réalité des faits évoqués ? [Ponchaud omet de signaler ce qu’il mentionne dans une postface destinée à une édition norvégienne de son livre, à savoir que  la radio officielle indiquait en mars 1978 que la population du Kampuchéa était estimée à 8 millions d’habitants, l’objectif étant d’aller jusqu’à 20 millions].

Quand dans quelques années on connaîtra les mesures réelles du drame cambodgien, on se rendra mieux compte du caractère ridicule, mesquin, voire déplacé de certaines discussion oiseuses concernant la révolution du Kampuchéa. Que l’indépendance, la révolution soient facteur de créativité est une idée généreuse, mais pour le cas particulier qui nous préoccupe ce n’est pas précisément cela. Cependant, les personnes qui aiment le peuple khmer doivent être prudentes dans leurs critiques du régime actuel du Kampuchéa : toute critique peut être utilisée comme une a[rme] au profit de la politique expansionniste de Hanoi. Si Hanoi domine un jour le Cambodge, la race khmère aura terminé son existence historique. Personnellement je sens une lourde responsabilité peser sur moi après la publication de mon livre, car, avant même que le conflit khméro-viêtnamien n’éclate, je redoutais l’utilisation partisane qui en serait faite. La vérité prime cependant sur tout[e] autre considération. Je sais également que cette lettre risque fort d’être utilisée pour nous opposer les uns aux autres : nous sommes loin d’être d’accord sur les visées politiques, certes, mais le souci de l’huma[nité ?] nous rapproche ; le vécu passe après l’idéologie [sic].

 

Veuillez croire, cher Monsieur Barron, l’expression de mes sentiments les meilleurs,

François Ponchaud

 CC. Bob Silvers

        Noam Chomsky                 Toute autorisation est donnée par l’auteur pour reproduction 

                                                   in extenso uniquement         

  

 

— Noam Chomsky à François Ponchaud,  Massachusetts, M.I.T., 4 August 1978.

 

Dear Father Ponchaud,

 

Thank you for sending me a copy of your letter to Barron. I am glad that you have given your authorization for the public use of your account of the Famiglia Cristiana matter, which is the only part of the letter to which I expect to make any reference. I note, however, that you regard it as a public document, and that you describe it in your accompanying letter to me as "une démarche scientifique rigoureuse." So regarded, it has some curious aspects.

 

You state that those who accuse Barron "de répandre un flot de mensonges sur le Kampuchea ne se basent que sur des a priori idéologiques..." Since I am the person cited as having made this accusation (as indeed I did), you are therefore asserting that I base myself solely on a priori ideological assumptions. This statement gives some insight, perhaps, into what you regard as rigorous scientific analysis. As you know very well, of course, the statement is false. That is, even in the one article of mine that you have seen, grounds are presented for the judgment that I made, and there is no basis there for your further claim. If you had any acquaintance with other work of mine, you would discover that your a priori claim is not only false but ludicrous. In fact, it is particularly ironic that you should put it forth. Your own expressed support for the Khmer Rouge contrasts rather strikingly with my complete and consistent refusal to express any such support, and with a long history of articulate opposition to Leninist movements of any sort.  I say this not to justify myself, but to bring out clearly what your conception of rigorous scientific work must be. As in the case of the "quotations" that you described to me in your letter, and about which I have already written, I must conclude that your conception of rigorous science is a rather odd one. Before continuing to laud yourself in this way, I would suggest that you might give the matter a little thought.

 

Quite apart from your false statement, based on no evidence whatsoever in this rigorous scientific contribution, it is surprising that you cannot make the elementary distinction between apologetics for the Khmer rouge (your ideological a priori) and an effort to discover the truth, in the writings of people who are guilty of clear falsehoods (as in the case of Barron; cf. my article for a few example) or others, like yourself, who present as quotations variously attributed to different individuals what turn out to be remembered slogans. I continue to believe, as I wrote in the original review, that your book is a serious one that deserves attention and that gives a good deal of insight into the current situation, despite the continuing record of carelessness and apparent disregard for elementary standards of accuracy that appears in your letters, always combined with a self-characterization that is rather at odds with what appears.

 

You state in your letter to Barron that it did not seem to you that it was your responsibility to clarify the facts about the matter under discussion; rather, it was the responsibility of the Kampuchean authorities. This is a very curious position for someone who is devoted to the truth.  On such a commitment, it is, plainly, a responsibility to clarify what one knows to be true, particularly in an important case such as this, where, as you know, the apparently fabricated interview has been made public in a book that cites you as the sole expert witness, and has been very widely discussed in Europe and the United States, and even in serious Asian journals that one would expect to show better judgment, and has furthermore been used as a basis for a call for intervention in the U.S. Congress. For someone devoted to the truth, the responsibility of the Kampuchean authorities is a matter of total irrelevance. Your shift of the responsibility to them befits a prosecutor, but not someone devoted to making the truth known.

 

You speak further of "le silence complice qui entoure la souffrance...." That is again a curious judgment. Where has there been this "silence." Surely not in the United States. As noted in my review of your book, and as you surely know, the Cambodian events (including known fabrications) have been very widely discussed in the United States, in dramatic contrast to other major massacres -- e.g., the Indonesian massacres of the mid-1960s or the current massacres in Timor, which may well compare in number, and almost surely do in proportion of the population, to what has happened in Cambodia. The Readers Digest is a mass circulation journal. The Barron-Paul account was widely circulated further in other mass circulation journals as I noted. Your book achieved a record as the most rapidly reviewed French book in the U.S. in recent history -- perhaps ever -- and Lacouture's review was very widely noted in the press, though his "corrections" were not. Furthermore, there has been very substantial press coverage of Cambodia, primarily. Henry Kamm recently won a PUlitzer Prize for his coverage of Cambodia, primarily. The fact is that in the mass media, the specialized journals, the Congress, and elsewhere,  Cambodia has been one of the most extensively covered stories of recent times --I wlll not say one of the best-covered, since there has been so mach falsification and fabrication. Much the same has been true in other countries. Your concept of "silence" seems a strange one. The international circulation of Readers Digest alone belies this claim, and as you know, that is just a tiny fraction of what has appeared.

 

Your praise for the Barron-Paul book also seems to me very odd. After all, if you have read the single article of mine that you received you know that quite apart from the Famiglia Cristiana material, there are very serious inadequacies, and in that review we did not attempt to be anything like exhaustive.  As a person with such a comrnitment to discovering the truth, you might, I think, be a bit more concerned about these matters.

 

On quite another matter, I continue to be surprised that you feel that I should send to you copies of personal correspondence to friends, and that you seem to dismiss my statement that the publication of such personal correspondence without authorization is dishonest journalism. Is this, perhaps, your concept of honest journalism ? I will simply repeat what should be obvious. I could not imagine insisting that you send me copies of your personal letters to your friends, nor do I care what you say in such letters.  It is a diff erent matter, of course, when a letter is presented as a public document, as your letter to Barron, with its false and indeed slanderous statements, discussed above.

 

I can only repeat that despite all of this, I continue to find the book itself a valuable and serlous one, and I continue, I hope not too naively, to hope that you wlll reconsider some of the other things that you have written, which do not deserve these characterizations, in my opinion.

 

 

Sincerely yours,

Noam Chomsky

 

— François Ponchaud à Noam Chomsky,  Paris le 4 septembre 1978.

 

Monsieur,

 

Bien que vous soyez le linguiste le plus éminent des USA, je tiens à vous faire savoir que « Toute autorisation est donnée par l’auteur pour reproduction, in extenso seulement » signifie que ma lettre doit être publiée en totalité ou pas du tout. Je tiens en effet à ce que vos lecteurs sachent de quels qualificatifs vous traitez les personnes qui ne partagent pas vos points de vue. J’accepte de discuter des opinions différentes des miennes, mais non de me faire injurier d’une manière malhonnête et gratuite. D’autre part, par un savant découpage selon une dialectique dont la rigueur scientifique m’échappe, on peut faire dire à ma lettre l’inverse de ce que j’ai voulu dire ; Je vous conteste donc le droit de ne retenir que le passage concernant la pitoyable histoire de Famiglia Cristiana, la seule qui apparemment semble présenter pour vous quelqu’intérêt d’école, passant sous silence les horreurs du drame khmer [il peut pourtant y aller de la vie de nombreux Cambodgiens ! ].

 

Je me demande d’ailleurs si vous avez lu mes précédentes lettres, ou tout du moins, si vous les avez comprises. Dans votre lettre du 5 juin, vous me disiez, pour vous excuser, que la publication de votre lettre à Malcolm Caldwell était l’œuvre d’un « unscrupulous journalist », d’un « dishonest journalist ». Dans votre lettre du 4 août vous me reprochez implicitement de citer ces termes, me demandant ma conception du journaliste honnête !

De même, dans une courte lettre accompagnant la copie de ma lettre à John Barron, j’ironise sur votre « démarche scientifique rigoureuse » qui « me vaudra un nouveau qualificatif aussi agréable que celui dont vous m’avez gratifié dans votre lettre à Caldwell » ! Dans votre lettre du 4 août vous me reprochez de me vanter moi-même de suivre une démarche scientifique rigoureuse ! [la lettre de Ponchaud du 3 juillet 1978 pouvait en effet être comprise ainsi, voir plus haut] Il est probable que des nuances d’une langue étrangère échappent , même à un linguiste de votre renom. Comme linguiste, je m’étonne d’autre part que vous n’ayez pas donné votre opinion sur « Vicissitudes de la linguistique au service de l’idéologie abstraite », puisque l’étude de Steve Heder vous paraissait « Quite interesting » ! Elle l’est en effet, car elle montre comment on peut utiliser ses embryons de connaissances pour défendre une idéologie. Vous avez autorisation de publier ma réponse, « In extenso seulement ».

 

Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées,

 

François Ponchaud

CC. John Barron

 

— Noam Chomsky à François Ponchaud,  Massachussets, M.I.T., 28 September 1978.

 

Dear Pather Ponchaud,

 

Thank you for clarifying your intentions concerning your "open letter" to Barron. The main reason I wrote you was to inform you of the sections to which I intended to make reference, to ensure that this was in accordance with your concept of quoting in context.  I see that it was not, and am to know that before publishing anything further on this matter. I could not believe, frankly, that you really meant that you insisted that the "open letter" be quoted in toto or not at ail.  I see that you did mean exactly that.  Since, obviously, no one (certainly not I) is going to quote this five-page later completely, it follows that you have ensured that no one will quote it at all (except, of course, for Barron and others of his type ; I assume you will raise no objection if they quote selectively from it).  In this way, you succeed in maintaining your silence, in effect, about the interview that you know for certain to be fabricated, while perhaps being in a position to mislead the more gullible into believing that you have been forthright about the matter. I find this as  cunous as I do the various falsehoods that I pointed out to you in your open letter, concerning which you did not respond, thus converting these falsehoods into lies; I trust that the distinction is clear. Returning to your (effective) silence about the Famiglia Cristiana interview, which -- as you know -- has been exploited for such purposes as motivating Congressional support for military intervention in Cambodia, how you square this with your alleged concern that the truth be made known, or for that matter, with your conscience, I have no idea, and quite frankly, at this point, do not much care.

 

Since you did not choose to respond to my pointing out to you that you were making false and slanderous comments in a "public" document, and since your continued commitment to keeping silent in effect on the alleged interview is now obvious to both of us, I see no point in maintaining any further pretenses concerning your alleged commitment to truth and fact, and will therefore terminate this correspondence, with no further comment on what you, I, or others have written.

 

There is one additional reason why I have no further interest in pursuing this correspondence, one that you will comprehend at once, I have no doubt. I have been comparing the French, British and American editions of your book. I presume that nothing further need be said.

[Précisons au lecteur, d’après ce qu’en dit Torben Retbøll dans l’instructif et condensé « Kampuchea and the Reader’s Digest », Bulletin of Concerned Asian Scholars, vol.11, n°3, 1979, pp.22-27 (cf. document 22 en annexe) que la « redoutable boutade » sur « il suffit d’un million… » était retirée de l’édition américaine de juin 1978, mais non de l’édition anglaise simultanée, et que la préface à l’édition américaine comprenait une remarque sur « l’attitude responsable et la précision de pensée si caractéristiques à Noam Chomsky », mais que ce passage était remplacé dans l’édition anglaise par des attaques sans fondement contre Chomsky]

 

Sincerely yours,

Noam Chomsky

 

— Torben Retbøll à François Ponchaud,  Vester Skerninge, Danemark, September 13, 1978.

 

Dear Mr. Ponchaud,

 

Thank you for your letter of June 9 as well as for the enclosed article in reply to steve Heder. I have read this with much interest, but since I know no Khmer I do not consider myself competent to judge on this matter. Personnaly, i have not written anything on this subject, one way or the other.

 

Since writing to you the last time I have read the english translation of your book, and if you do not mind my unsolicited opinion I would like o make a few comments on this. As far as I can see it is mostly the same as the French original, apart from minor updatings and revisions. Thus, you still claim that rice stcocks in phnom Penh would have sufficed for two months (page 37), although I understand from Chomsky that you have conceded to him that this view saw not entirely correct. According to Long Boret, the old government’s last premier, the city had only eight days worth of rice on hand on the eve of surrender. One might, of course, object that he would warn of starvation in order to influence American congressmen, but in the first place, his warning did not – to my knowledge, at least – reach the West until it was reported in the New York Times on May 9, 1975, when it was too late to influence anybody. And secondly, his testimony was corroborated by US AID officials who estimated that there was a six day supply of rice (NYT, July 14, 1975). In any event, this evidence is not cited and then rejected, but is simply left out altogether.

 

On page 70, you say that the Khmer Rouge believed that it was impossible to re-educate the cadres of the former regime, but this statement is contradicted by yourself on page 88 when you say that « many refugees speak of being subjected to “construction” or re-education , », and again on page 208 when you say that since 1976, people trying to get away « are aparently sent to re-education camps . » and your citation of the Thai paper Prachachat which follows immediately afterwards still foes not make it clear that the reporter was, in fact, interviewing a « neutral » person who claimed to have talked to a member of the Khmer Rouge. Thus, the chain contains an additional link which you omit entirely. Similarly, it is unclear who makes the remark about « overturning the basket. » This, at least, was obvious in the French original, whereas the English edition merely says that « the article concluded… » but perhaps this is due to the translator ?

 

On page 92, you do not explain the background and the proper meaning of the « redoutable boutade » which I understand that you have discussed with chomsky. Nor have you marked that you yourself gave a rather different version of this slogan in Le Monde of February 18, 1976. Thus, this statement – which would appear to mean simply that the Cambodian people will solve any task no matter how many or how few they are – is still being interpreted as expressinga deliberate wish to exterminate the population (cf. the Far Eastern Economic Review, August 25, 1978). A t least this was how it was read by Jean Lacouture when he reviewed your book in the New York Review of Books on March 31, 1977. However, as you know, Lacouture did not quote you correctly, so he said « only 1.5 or 2 million young Cambodians, out of six million, will be enough to rebuild a pure society » and concluded that this went beyond barbarism. And this quotation – taken from a review which Lacouture was later forced to retract as distorted and falsified – appears on both front and rear covers of the Penguin paperback edition of the book (only, even Penguin Books cannot quote correctly, so they have left out the figure of 2 million). And here it is certainly presented as evidence of an official wish to exterminate millions and millions of people. In a recent review of your book in the English Tribune, Malcolm Caldwell says of this case that « I do not believe that this could have been done without Ponchaud’s approval . » I would be much interested in knowing whether this assumption is correct.

 

I think it was very useful to have a more detailed discussion of the reliability of refugee accounts in the preface to the English edition – there was hardly anything on this in the French original. However, i am afraid that you are misrepresenting the views of Porter and particularly Chomsky-Herman when on page 13 you claim that « they say there have been no massacres » - and again when on page 16 you say that « their only sources of evaluation are deliberately chosen official statements . » I doubt that you could find evidence in support of these contentions. It is true that Porter-Hildebrand do cite several official documents and sometimes use them somewhat uncritically, but to my knowledge, the only official statement cited by Chomsky-Herman is the Famiglia Cristiana interview with Khieu Samphan, which – incidentally – they questioned seriously, even before you informed them that it might be a fraud.

 

At the end of your book you mention the Cambodians living abroad who have returned to their country after April 1975 and claim that they have been killed on their arrival in Cambodia (pages 209-210). I would be much interested in knowing how you can say this with certainty. You add that most were students or trainees in various trades who had gone to France before the fall of Phom Penh, and then you go on : « I have heard of no refugee making that choice. » I have : On May 3, 1976, the Washington Post carried a dispatch from Bangkok by Lewis Simons who reported that « four refugees who fled o Thailand seven or eight months ago voluntarily returned to Cambodia. » He added that « the four were the first to go back from Thai refugee camps to what is now officially called Democratic Kampuchea. » I considered this a remarkable case but so far I have searched in vain for more details than the 9 lines in this report by Lewis Simons. The story was not picked up by other papers (quite unlike Jean Lacouture’s review of your book, for instance), and nobody cared to send out a reporter to interview them before they left. Apparently, this was not relevant information to the press. (for your reference, I enclose a xerox).

 

Finally, I should like to raise two more points which do not have a direct bearing on your book. First, kampuchea is now opening its borders for foreign visitors more and more, for instance two Danes and three Swedes recently toured the country. I have no doubt that such visits are what is usully called « guided tours , « but how much so and how does this take place ? in this conection I was very interested to see a casual and short discussion of this subject in your speech for the international Cambodia hearing in April in Oslo, and I would be very grateful if you could elaborate somewhat on this point. Have you, for instance, tried to check out such accounts by demanding dates and the names of the people who were visiting when such arrangements were being made ? Have you tried to investigate to which extent these delegations are all travelling along the same roads and visiting the sam locations (apart from Phnom penh and Angkor Wat) ?

 

Secondly, I should like to draw your attention to an article in the French paper Libération of March 16, 1976 ; which I came across some time ago. It is a reaction to your articles in le Monde of february 17 and 18, 1976. I did not know if you are already familiar with it, but in any event I enclose a xerox and I would be very interested in hearing if you have any comments to the claim made in this article. I thank you for time and attention.

 

Sincerely,

Torben Retbøll.

 

 Document 11. Décryptage d’une correspondance d’un certain G.M.C. présentée par Patrick Ruel dans Libération du 16 mars 1976 au sujet de manipulations d’informations sur le Cambodge.

L’article est reproduit émaillé entre crochets de remarques de divers connaisseurs du Cambodge (Jacques Népote, 2 juillet 2002, Serge Thion, 3 juillet 2002, Bernard Hamel, 8 juillet 2002). Il est suivi d’une réponse de Ponchaud dans le même journal, le 20 avril 1976, et d’une autre réponse, à l’auteur.

 

 

[L’article de Patrick Ruel]

 

[Serge Thion : Il faut savoir que ce "Patrick Ruel" était un petit prof maoïste. Il a beaucoup lutté pour empêcher de passer mon article de mars 77 [le 7 mars 1977, voir www.abbc.com/totus]. Ce qui est amusant c'est qu'il a survécu dans le cadre de Libération, qu'il a repris son véritable nom de Sabatier et qu'il est un des rédacteurs en chef du journal. Il s'est démaoïsé et libéralisé. Il serait amusant, et sans doute cruel, d'aller l'interviewer maintenant sur ce qu'il écrivait à l'époque, sans savoir quoi que ce soit, puisqu'il n'avait évidemment aucune source à l'intérieur du pays]

 

L’ « intox » cela existe. Il ne suffit pas d’en être convaincu pour la montrer à l’œuvre. et nul n’en est à l’abri. Ainsi « le Monde » publiait, avec les honneurs de la « une », un article en deux parties intitulé « Le Cambodge neuf mois après », sous la signature de F. Ponchaud. « Au moins huit cent mille morts depuis la victoire des révolutionnaires », annonçait cet article dont l’auteur invoquait « des sources bien informées ». il est vrai qu’en l’absence d’informations directes, vérifiables sur le terrain, il est difficile d’avancer des faits précis. On peut regretter l’attitude du gouvernement cambodgien à cet égard. Ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi.

 

[Serge Thion : Là, il a raison. Ponchaud était à la fois quelqu'un qui connaissait bien les Cambodgiens mais aussi un propagandiste politique assez borné].

 

A moins qu’il ne s’agisse d’une pure et simple manipulation. Et tel est le cas. Il semble que la réputation de « sérieux » et d’ « objectivité » du « Monde » ait été utilisée aux fins d’une opération d’intoxication de grande envergure sur laquelle nous sommes en mesure d’apporter quelques précisions. Au-delà de cette affaire, la correspondance que nous publions ci-dessous éclaire quelques mécanismes de l’ « intox » et du jeu français face aux régime révolutionnaire indochinois.

Patrick RUEL

 

 

[La correspondance de G.M.C.]

 

[Serge Thion : Je ne connais pas ce GMC, quelqu'un qui a passé du temps sur la frontière, très certainement. Peut-être de MSF ou d'une organisation de ce genre. Ruel-Sabatier doit le savoir].

 

Bangkok est un des principaux centres de propagande de fausses nouvelles concernant l’Asie par la CIA, constatait, début février, l’International Herald Tribune, dans un article sur l’ « information manipulée ». La méthode d’intox est est des plus simples. Un journal local publie une information « fabriquée » : celle-ci est immédiatement reprise par une agence de presse (l’AFP serait coutumière du fait), sans pouvoir la plupart du temps vérifier l’authenticité de l’information. Des journaux prestigieux reproduisent la dépêche, lui donnant ainsi du poids. L’information dès lors appartient au domaine public : elle est reprise par les radios, les télévisions, d’autres journaux : le circuit l’a légitimée.

 

[Serge Thion : Oui, ça c'est tout à fait juste].

 

En Thaïlande, la tâche est facile : tel journaliste américain du Bangkok Post (un des deux journaux thaïs en langue anglaise) opère … à partir du deuxième étage de l’ambassade américaine.

 

[Serge Thion : Ça, en revanche, c'est de la calomnie pure].

 

Ce genre d’intoxication est d’autant plus facile dans le cas du Cambodge que personne ne peut s’y rendre pour témoigner, confirmer ou démentir. Mais elle est aussi bien mise en œuvre en ce qui concerne le Laos.

 

DE CURIEUX AMIS DU CAMBODGE

 

M. Ponchaud, l’auteur de l’article du Monde, n’est pas n’importe qui : il ne s’agit, en effet, pas d’un journaliste… Mais d’un missionnaire « de choc », vétéran de l’ « Indo », traducteur de la Bible en khmer, contraint de quitter Phnom-Penh après la libération. Ce monsieur semble disposer de moyens assez importants, puisqu’il a fondé une organisation (Echange France-Asie, 26, rue de Babylone, 7e)

 

[Serge Thion : L'adresse est celle des Missions étrangère de Paris, qui sont installées là depuis trois siècles..].

 

qui publie des « dossiers d’information » (les articles publiés par le Monde ne sont en fait qu’un résumé d’un « dossier Cambodge » publié par cette organisation à la mi-janvier)… A notre connaissance, M. Ponchaud n’a pas séjourné en Thaïlande depuis de nombreux mois et travaille de Paris à partir de documents recueillis par ses « correspondants » en Thaïlande.

Un de ces Français qui, en Thaïlande, sont spécialisés dans la « collecte d’informations » concernant en particulier le Cambodge, est un autre prêtre, le Père Venet, qui entretient des liens très étroits avec l’attaché militaire de l’ambassade de France à Bangkok. Le père Venet (des missions étrangère de Paris) était, lui aussi, en poste au Cambodge, à Battambang, avant la libération. Les liens de ces religieux avec le régime Lon Nol étaient fort étroits (le père Venet serait d’ailleurs intervenu pour faire accorder un visa pour la France à It Suong, chef de la garde personnelle de Lon Nol, et à divers autres criminels de guerre que le gouvernement français hésitait à accueillir).

 

[Serge Thion : C'est possible. Le père Venet était très actif. J'ai vu, dans des bureaux de poste français, un petit avis officiel disant qu'on ne pouvait plus envoyer de courrier au Cambodge et que les mandats pouvaient être adressés au père Venet à Bangkok].

 

[A ce dernier sujet, Jacques Népote indique qu’en 1976-1977, les autorités postales mondiales ont averti leurs clients de ne pas envoyer de l’argent au père Venet sur son compte, à destination des réfugiés]

 

Autres personnages s’intéressant de près au Cambodge : le colonel de Saint-Simon, ancien attaché militaire adjoint et aimable correspondant du SDECE (1) à Phnom Penh, aujourd’hui fort actif au sein du « comité d’accueil » des réfugiés indochinois, et M. Migot, ex-OAS, responsable de l’Alliance française à Chieng-maî (dans le nord de la Thaïlande) après l’avoir été à Phnom Penh jusqu’à la libération…

 

[Serge Thion : Migot, je ne sais pas. Mais de Saint Simon est un excellent homme qui représentait l'armée française dans ces affaires. Giscard [le Président de la République de l’époque] avait monté ce comité d'accueil pour trier et faciliter l'accueil en France des réfugiés indochinois qui parlaient français ou avaient des titres à faire valoir (anciens fonctionnaires, etc.) Le SDECE n'opérait pas comme ça, ce serait un peu long de décrire cette situation].

 

[Bernard Hamel : le Colonel de Saint-Simon (…) n’a jamais caché son appartenance au SDECE. Son « comité d’accueil » a été, dès 1975, une association très active (Association « Amitié Franco-Khmère ») en faveur des réfugiés cambodgiens, composée de personnalités connues et hautement respectables. J’ai moi-même fait partie du Conseil d’Administration pendant de longues années. Certes, on a cherché à soutenir la résistance anti-K.R. à l’époque de Pol Pot. Mais était-ce un « crime » ?]

 

 

A L’ECOUTE DES REFUGIES

 

Le père Venet et ses amis se livrent à un minutieux travail de mise en fiches de renseignements, puisés à l’écoute de Radio Phnom Penh et auprès de réfugiés. Ils ne s’intéressent pas seulement aux « massacres » ou à la famine » (thèmes favoris de la propagande anticambodgienne), mais aussi à l’état d’achèvement et au potentiel de tel barrage, à la disposition de tel bâtiment, au nom de tel responsable local, etc. Travail que ne désavoueraient sans doute pas les agents de la CIA et du SDECE… Le père Venet interroge ses réfugiés en présence de dizaines d’autres réfugiés qui ont naturellement tendance à s’imprégner des histoires racontées devant eux, et à la [sic] ressortir quelque peu « enjolivées » comme étant de leur cru.

 

[Patrice de Beer écrit dans le Monde du 18 septembre 1976 que les réfugiés qu’il a interrogés, choisis par le chef khmer du camp parmi les derniers arrivés sont « parfois intimidés par la vingtaine de personnes les entourant, compagnons de misère qui écoutent, commentent, rient »]

 

[A la question de savoir s’il avait entendu que le Père Venet interrogeait des réfugiés au milieu d’un groupe d’autres réfugiés, Serge Thion répondit : « Ce genre de scène était courante dans les campements à la frontière. Il y avait évidemment toujours une part de cinéma. Le réfugié cambodgien se doutait bien de ce que le Barang [le français ou l’étranger] voulait entendre ».]

 

Comment, dans ces conditions, prétendre à la moindre rigueur, à la moindre véracité ?

 

[Serge Thion