

Sang rouge vif qui recouvre les villes et les plaines
Du Kampuchéa, notre Patrie,
Sang sublime des travailleurs et paysans,
Sang sublime des combattants et combattantes
révolutionnaires !
Le Sang qui se change en haine inflexible
Et en lutte résolue,
[et qui] Le 17 Avril, sous le drapeau de la Révolution,
Nous a libéré de l’Esclavage !
Longue Vie, longue vie au 17 avril !
Victoire Glorieuse à la signification plus grande
Qu’aux temps d’Angkor!
[version donnée par Ponchaud : Vive le 17 avril,
jour de victoire très extraordinaire dont la portée dépasse en prestige
l’époque d’Angkor » [2]]
Nous nous unissons pour édifier
Un Nouveau Kampuchéa Splendide et démocratique
Et une Nouvelle Société d’égalité et de justice,
Appliquant fermement la ligne d’indépendance, de
souveraineté et d’auto-suffisance.
Défendons résolument
Notre Patrie, notre Terre sacrée
Et notre Glorieuse Révolution!
Longue vie, longue vie, longue vie,
au nouveau Kampuchéa démocratique et prospère !
Hissons résolument haut
Le drapeau rouge de la Révolution!
Edifions notre Patrie !
Faisons-là avancer par grands bonds,
Afin qu’elle soit plus glorieuse et plus merveilleuse
que jamais!
1. Vive
le Parti communiste du Kampuchéa, formidablement juste et clairvoyant .
2. Vive
la puissante et prodigieuse révolution du Kampuchéa.
3. Vive
le grandiose et prodigieux peuple du Kampuchéa.
4. Vive
la vaillante, puissante et prodigieuse armée révolutionnaire kampuchéenne.
5.
Saisir résolument la ligne du Parti sur la défense et l’édification nationales,
s’en imprégner pour bien l’appliquer avec le maximum d’efficacité.
6. Tenir
constamment en éveil la vigilance révolutionnaire pour anéantir résolument
toute manœuvre de l’ennemi et assurer la défense du pays, de la révolution du
peuple et du parti.
7.
Poursuivre résolument la lutte pour éliminer la notion de propriété
individuelle [kôlchamhar kammaset suon
tuo] aussi bien sur le plan matériel que sur celui du pouvoir et de la
morale.
8.
Poursuivre résolument l’offensive [veay
samrok] pour mener la lutte de classe au sein du Parti, de l’Armée, des
rangs révolutionnaires, du peuple et de la communauté nationale toute entière.
9. Mener
résolument l’offensive pour appliquer la ligne de la révolution socialiste et
de la construction du socialisme du Parti.
10.
Eliminer résolument l’individualisme, l’égocentrisme [suon tuo niyum], le subjectivisme [attanomat niyum], l’autoritarisme, le militarisme, le mandarinisme
[ou le fonctionarisme], et le bureaucratisme.
11.
Soyons déterminés à appliquer résolument la ligne du Parti relative à la
direction et au travail suivant le centralisme démocratique et le principe
collectif.
12.
Soyons déterminés à appliquer résolument la ligne du Parti relative à la
direction et au travail suivant un plan et un programme clairs et minutieux.
13. Se débarrasser résolument du style de direction et de travail sans
plan ni programme bien définis [paat naa
paat nei], de façon aventureuse [prathoy
prathaan] et irresponsable.
14. Se débarrasser résolument de la position petite-bourgeoise,
capitaliste, féodale [sakdephum],
paysanne et artisane, puis s’armer (endosser) et renforcer la position
prolétaire du Parti.
15.
Soyons déterminés à édifier, renforcer et élargir résolument le Parti dans tous
les domaines suivant la position prolétaire.
16.
Soyons résolument déterminés à défendre le territoire, terrestre et maritime de
notre Kampuchéa.
17.
Soyons déterminés à mener résolument des offensives pour appliquer la ligne
consistant à édifier rapidement une agriculture moderne en 10 à 15 ans.
18.
Soyons déterminés à mener résolument des offensives pour appliquer la ligne
consistant à édifier rapidement l’industrie en 15 à 20 ans.
19.
Soyons déterminés à mener une lutte résolue et permanente pour réaliser la
révolution idéologique [satek aram] à
l’intérieur du Parti suivant la position prolétaire.
Yathay, ingénieur, fut
déplacé au Sud de Pursat, dans le Nord Ouest.
|
250 grammes : 133, 231 1 million : 237 A les laisser en vie... (hommes
cultivés) 307 Alcool, 314 Alimentation en commun : 185, 263 Amour, amoureux : 253, 314-5 Anciens / nouveaux : 178, 219, 227, 231, 251, 254-5,
287, 296, 299, 308 Angkar
loeu 304 Angkor : 179 Anthropophagie : 217, 227 Apartheid absent 169, 253 Autocritique 242-243, 255 Autosuffisance : 241, 286, 288 Avertissement (premier) :
301 Billets de déplacement : 275-6 Bœufs : 197, 241, 305 (camarade
bœuf) Bois : 198, 173 Bouddha : 38, 233, 306, 410 Bouddhisme, cultes : 198, 208,
233, 326 Cadres illettrés : 95, 179-181,
275, 283, 308 Camp spécial : 217, 231, 301 Caractère national : 205, 253 Catégories sociales : 181, 206,
210 Chams : 232 Châtiment mutuel : 244 (Selthor Kdav) Chefs de village, 163, 237, 308 Cigarettes : 275, 303 Collectivisme / Collectivité : 254, 257 Corruption : 176, 246, 309, 344 Critique de gauche : 190 Date : 82, 281, 316-7, 319 Dessert : 191, 320 Détournement de riz : 144, 176,
309 Digues : 199 Divisions : 281-2 Durcissement : 237 Ecole : 285, 303 Enfants : 222, 268, 285-6, 303 Engrais : 149, 289, 301, 335 Equipes mobiles : 274, 284 (kâng chalat) Eux : 282 Excès de nourriture : 186 Faire l’ignorant : 213, 272 Fausses rumeurs : 336 Forêt : 173 Forger : 244 Fruits pas à tous : 198 Grains de riz : 217 Habitat collectif : 199 Irrécupérables ? : 103-4, 178,
287 Journal : 283 |
Maquis : 204, 232 Maladies : 266-267 Manifestation : 161 Mariages 252, 316 Médecine (mortelle) : 203, 285,
311, 329 Menace/avertissement : 301 Moineaux : 291 Monnaie 307 Mouchards : 202, 232 Nuances locales : 190, 237. Objets personnels : 185, 188 Oméga (montres) : 344 Or : 145, 214, 231 Pagodes : 198, 275 Papa , maman : 271 Paraboles : 305-306 Parler à haute voix : 232 Paroles douces, « proposer » :
52, 61, 201, 225, 234, 243, 298, 300, 382, 386-7 P.C.K. : 267, 304, 320 Penchants individualistes,
anarchistes : 226, 234, 253, 285, 301, 304 « Petits capitalistes » : 95 (Anoukthon), 210 Prédictions : 181-182, 252 Purifier : 286-7 Qui ne travaille pas... : 138,
285, 287 Radio : 235, 283 Rations pour vieux, jeunes : 212,
282, 303 Rééducation : 149, 301 Règles morales : 180, 275,
314-315 Rendement : 289, 335 Repas communautaire : 221, 236 Résistance 314-315, 317-9, 320-1 Réunions politiques : 138, 254 Rotation (compétence universelle)
: 286 Ruse : 214, 229-30, 245, 290, 311,
331-2, 342-4 Sélection naturelle : 171-2,
251-2 Sentiments : 173, 211, 253, 294, 304 Se taire : 244 Souiller : 301 Sous-alimentation programmée :
200 Transmission des ordres :
282-3 "Unité d’alimentation"
: 188, 303 Variations locales : 190, 237,
280, 283 Victimes devenant
bourreaux : 244 Vie avant 1970 : 172, 205, 253,
303-4 Vocabulaire nouveau : 271 Voler pour survivre : 252,
258 |
Ngor, fils de directeur de scierie et diplômé de
médecine, vécut tout au long du régime dans le secteur de Phnom Tippeday au Sud
de Battambang, au Nord-Ouest.
|
Abri collectif : 195-7 Age des soldats (« jeunes » « enfants ») : 65, 67, 91, 102-3, 105, 131, 168, (des tortionnaires de prisons : 179) Alimentation en commun : 135, 143, 156 Anciens/ Nouveaux : 104 114 Angkar a autant d’yeux que l’ananas : 156 Angkor 31, 53 « Arrière », « Ligne arrière »,
« deuxième ligne » : 163, 233, 236, 251 (cf. « front ») Avertissement : 207, 254. Battambang 119 (étape pour partir en Thaïlande),
128 (réputation de fertilité) Bobard sur les « Khmers rouges » :
61 « Bonjour » : 23, 27 Cadre de « région » (secteur ?) 210,
217 (purgé, 234) Canaux et digues (fragilité) : 202, 213 Cannibalisme ( ?) 259 Cantine collective : 257 (ferme en avril
1978), 268 (rouvre en juin 1978 à la faveur de la pluie) Charrue à tirer au début du régime : 131 « La Charrue notre stylo » : 110 Chef de village travaillant activement parmi les
« nouveaux » 206 Chefs de village-cadres : 116, 127, 149, 157,
165, 206, 246 Chefs de groupe choisis soigneusement parmi les
« nouveaux », 144, 157, 237 (adjoint à la section). Ngor devient
chef de groupe : 184. Cheveux longs : 79 Chhlops (mouchards) : 167-8, 253, 261 Coco (jus, comme sérum) : 93 Colère interdite : 271 Collabos : 185, 271 Collectivisation des ustensiles (sauf la théière
pour boire) : 155 Combats finaux en 1975 : 62 Commandements (douze) : 90 Comparaisons avec d’autres pays, avec des
animaux : 259. Corruption en 1978 : 259 Corruption en 1979 : 299, 302( ?) Couples sans enfants envoyés au front : 153-4 Courtoisie cambodgienne : 272 Critiques ouvertes la nuit : 227 Cuillère : 92, 160 Dates sous le K.D. (l’auteur a une
montre-dateur) : 154, 202, 214, 216, 257, 267, 273, 280 Marchés : 77, 80, 102 (brûlé avec le reste du
village natal ?) Mariages : 232-3 Marijuana : 161 Médecine : 45-46 (traditionnelle), 93, 116-8,
201, 295 Médecins : 58, 61, 63, 65, 71, 79-80, 89,
110, 116, 125, 130 (emmenés et pas de
coups de feu), 147 (ancien infirmier) 189 (rôle dévolu par l’Angkar selon les cadres), 261 (échos
sur la médecine occidentale pratiquée à Battambang par son ancien professeur) « Meeting » : 165 Mémoire (problèmes) : 244, 265 Messages : 153 Mines : 303 Mit : 91 Mit
neary : 67. Moines (fonction traditionnelle) : 354 Moment des arrestations (fin d’après-midi) :
164, 179, 184, 229 Mortalité infantile : 46 Nestlé : 100 Ngor devient homme à tout faire (235), donne des
consultations médicales (253, 256) devient chef de groupe (184) Noms de lieux : 124, 127, 147, 149, 154, 275 Œdèmes : 136 Outils personnels : 160 Pagode démantelée pour faire un pont : 181-2 Pleurer est interdit : 122 Plus d’écoles : 257 Prison : 188, 194 (autre prison), 239 Problèmes de réinsertion des Cambodgiens à Los
Angeles : 354-5. Promenade : 221 Propriété privée abolie : 155 Proportion soldats / travailleurs :180 Protégé de quelqu’un : 234. Purges de 1978 (cadres dégradés puis tués) :
267 Puritanisme : 232, 260, 305 Qui ne travaille pas : 128 Race supérieure : 31 (Khmers rouges), 53 (Lon
Nol) Raisons de la soumission : 180 Rançonnage sous l’ancien régime : 18, 28 Rations : 115, 129, 138, 163-5, 193, 214-5,
225 (à l’arrière : 236, 250). Rations des cheminots : 253 Réalisation positive : 157 Relâchement d’autorité : 257-8 Relations sexuelles illicites ->
enfermement : 191 Repas insolites 129 (pour un citadin), 229 Respect des apparences de douceur 179 |
Découragement : 115, 144, 1152, 166, 213, 220 Déplacement avant récolte : 119, 144 Diplômes nouveaux : 110 Discipline : 61, 83, 90 « Disparaissaient c’est tout » ou
« envoyés à Angkar loeu » 165, 169 (cf. aussi « Corvée de
bois » : 178, 202. Disputes : 101 Drapeaux rouges : 157 Durée annoncée de l’évacuation (trois heures, trois
jours) : 68, 73 Dysenterie amibienne : 136-7 Eau bouillie : 160-161 Egoïsme : 202-3 Engrais : 238, 252 « Esclaves de guerre » (de la bouche
d’une infirmière) : 158 Exécution en 1975 : 72, 179 (on ne tuait pas en
public) Exécutions de Khmers rouges en 1979 : 274, 281 (La) Face : 103, 209, 221, 277-8 Favoritisme : 253 Femme : 249, 251, 254, 256 Foie humain : 38, 193 Fous : 184 (Au) Front : 145-7, 153-4, 155 (horaires), 221
(cf. « Arrière ») « Frère n°1 » (expression
familière) : 20, 56 Homme à tout faire 235 Hôpitaux/infirmeries (ségrégation) : 200, 261, 362 (en 1975) Hymne : 159, 162 Incinérer : 122 Interrogateur : 188. Jamais entendu parler d’ennemi « vietnamien »
ni de « Pol Pot » de la bouche des Khmers rouges : 283-4 Karma : 125, 238 Khieu Samphan à bicyclette à
Phnom Penh : 61 Krama blanc et bleu : 94 Kum : 17, 126, 238, 368 Libération des soucis familiaux : 155 Logement (nouveau) : 220 Lôk (Monsieur) : 72 Lunettes : 111 M 16 américains : 65 Maladie dont l’élément déclencheur est l’inquiétude
sur son sort : 185, 258 Maladie feinte : 115 Réunion politique : 143 (fréquence), 154-5,
166 Révolte envisagée par un ancien soldat (180), et
menée par le même ancien soldat (231). Riziculture : 211-215 Roue de l’histoire : 69 Sacrifier : 105, 155 Samamit (camarade) : 217 Sangsues (terme à l’encontre des bonzes) : 156 Savon de fortune : 224 Sel : 136 Servilité : 184-5, 207 « Servir le peuple » : 92 Serviteur (attitude khmère) : 149 Si seulement … : 212 « … Si tu meurs on ne perd rien » :
175, 242 Statues de Bouddha : 110 T 28 : 44, 48 Tabac : 161 Tirage au flanc (ou récupération) : 115, 166,
213, 226, 228, 253 Torture, violence : 21 (paternelle), 28 (sous
Sihanouk, sans laisser de séquelles), 114, 171-4, 190-4, 215, 240-1 « Toujours souriant » (cadre) : 179,
232 Transition économique en 1979 : 292-3 Travail de nuit sur le front : 154 Tri lors de l’évacuation (en premier lieu
fonctionnaires et militaires, et non les instituteurs, professeurs, médecins)
: 83 « Trois montagnes » : 106, 128 Trois récoltes par an (objectif) : 160 Valeur de l’or : 260 Variations locales : 218, 274, 298 Vendre les surplus à l’étranger : 214 Vengeance contre les Khmers rouges en 1979 :
281, 289 Vietnamien et chinois (question sur les origines,
172), vietnamien d’origine (258) Vieux (travail des) : 197 Viol ( ?) : 271 Vocabulaire : 154, 173 Vols en hausse en 1977 (231), généralisé et en
masse en 1978 (10, 253-4, 258, 270) Volubilis (nourriture) : 130, 165 (épinard) |
Someth, fils de chirurgien à
l’hôpital militaire est né en 1957 et a été déplacé dans le secteur 4 de la
zone Nord-Ouest.
|
« A les garder aucun gain, à
s’en débarrasser, aucune perte » (au sujet de manifestants du
secteur 6) : 187 Aboutissement de projets :
juste le barrage de Ream Kun (221) Age des soldats du FUNK en avril
1975, 103 (16-17 ans), 111 (« mon âge », c’est-à-dire 18 ans), d’un
chef d’unité de 17 ans (147), des cadres, 129, 153, 211 (la trentaine ou la
quarantaine d’années), et fin 1978, après les purges, de soldats de 15 ans
tout au plus, et, par une source indirecte, d’espions de douze ans au plus
(216) Anciens / Nouveaux : 158,
164, 167, 192 Angkar a mille yeux comme un ananas : 221 Arrestation avant le
déjeuner : 181 Avertissement reçu par sa sœur
qui avait écrit toute sa nostalgie : 179, 184 (emmenée après que de nouvelles
notes furent découvertes) reçu par lui en lui faisant creuser une tombe, sans
conséquences, après son premier vol (203), après avoir perdu son lot de
bambou (213) Aveuglement le soir dû à un
manque en vitamines : 171 Bonzes mis au travail : 126 Cadre intellectuel
désabusé : 129-131 Cadres ayant leur jardin
potager : 185 Cadres sympathiques : 129,
147, 191 Casino source de ruines :
89-90 Catégories de travailleurs :
146 (mariés, célibataires ou veufs, unités mobiles), 159 (fin des avantages
alimentaires pour les « veufs », qui comportaient souvent des
anciens résidents – 155) Centre de rééducation :
138-9 (détail des tortures), 207 (prisonniers tirant la charrue) Changements de
responsables : 183, 189, 209 Chef de village interrogeant
Someth sur le passé de son père : 125 Corruption sous Sihanouk (88),
Lon Nol (96-99) Cruauté démonstrative :
vivisection sur des singes lors d’un meeting (160-1), entrailles de
prisonniers montrées en meeting (187), fosse de cadavre destinée à
« garder la population sous la terreur » (201) Histoires de foie
extraits répandues par les Khmers rouges eux-mêmes : 161, 203 Cuillère : 148, 190 Cyclopousse (condition) :
37-8 Date : 140, 186 Déplacement d’un endroit à un
autre (système de ) : 208 Disputes sanctionnées
d’arrestations dès l’évacuation : 112 Ecole de coopérative pour les
enfants d’anciens où l’on apprend l’alphabet le matin : 167 Embrigadement de la jeunesse sous
Sihanouk (87), sous Lon Nol contre les
Vietnamiens (93) Empoisonnement mortels :
213-214 Enfants mourants en voulant
monter aux palmiers à sucre, noyés en voulant attraper les poissons dans les
pièges, en se suicidant (166) Enfants mourants en grand nombre
à l’orphelinat : 168 Enfants récoltant les bouses dans
les enclos : 167, 177 Enfants-soldats sous Lon Nol : 94 Engrais à base de cendres
d’hommes : 211 Equipement personnel du
cadre : 191 Estomacs trop remplis entraînent
la mort : 179, 189 Etudiants : nécessaires pour
être leaders d’équipes ? : 137 Evacuation : morts
militaires ou civils (107), vieux mourants devant être abandonnés (112),
phases de tri de la population (104 :
les officiers, 111 : les soldats, étudiants, docteurs, 117 :
séparation suivant une base ethnique) le deuxième jour des personnes gaies
comme si elles participaient à une aventure (108). Exécutions : 86 (sous
Sihanouk, retransmises à la « télévision » sur une
« bobine » [il faut comprendre au cinéma]), 144 (contre des gens se
précipitant pour monter dans un train vers Battambang) Faute sexuelle : 164 (déclassement puis disparition
d’ « anciens »), 176 (« anciens » morts au fond d’un
trou), 182 (khmer rouge emmené après s’être vanté d’un viol) Favoritisme : 148, 157-8 Fréquence des meetings :
tous les soirs (131, 147), une fois tous les trois jours (194) Fréquence des repas : deux
par jours pour les nouveaux, trois pour les anciens, quatre pour les
cadres : 196-7 Incinération mal vue : 134 Infirmières se gavant de
fruits : 176 Khmers rouges démobilisés :
179, 186 Khieu Samphan (portrait
comme professeur de mathématique dans une école privée avant son départ en
1967) : 88 |
Malades recevant le tiers d’une
ration habituelle, fin 1978 : 193 Marché de Phnom Penh : 39-40 Mariage entre un
« nouveau » et une « ancienne » non autorisé : 186 Marmite rouillée :
170Médecin emmené quelques jours après le début de l’évacuation, alors que
les Khmers rouges demandent qui est soldat, étudiant ou docteur, et revu mort
le lendemain dans une marre : 111. Médecine khmère rouge : 146
(quinine, aiguille rouillée) 166-7 (pilules de racines broyées baptisées crottes
de lapins), 176 (dispensaire), 185 (occidentale pour cadres), 188
(utilisation de brûlures) Menstruations interrompues :
164, 176 Mouchard : 169-170 (au
milieu des rizières), 198 (équipe de reconnaissance se déplaçant la nuit) Moustiquaires réquisitionnées par
l’armée : 156 Noms de lieux : 112 (Prasath
Neang Khmao), 118 (Phnom Chi So, Sud de Phnom Penh), 146 (Ream Kun, au coin
du Tonlé Sap), 152 (Veal Treng Thnuong), 205 (Tram Kang), 210 (Pursat, Learch
dans les Cardamomes, infesté de moustiques, le « Leach » décrit par
Yathay ?), 217 (montagnes Tuk Puss et Rattan) Norme individuelle dans la coupe
du bambou : 211 Nourriture par rapport à la
production : 156 (proportionnel), 159 (non proportionnel), 170
(proportionnel), 185 (non proportionnel) Nourriture : 192, 193 (de
substitution) Obéissance dénuée de toute
critique : 173, 208 Objectif de deux-trois récoltes
par an : 186 Objets personnels en 1978 :
190-1 (moustiquaire déchirée, cuillère cassée, krama en loque, palanche, bâche goudronnée déchirée, chapeau
servant de bol de riz), 213 (cf. Equipement du cadre, 191) Œdème : 165-6 Officiers (sort) : 126 Paroles menaçantes : 200-1 Participation variable des Khmers
rouges au travail : 126, 138, 147 (chef d’unité qui ne travail que si
ses supérieurs sont en vue), 153, 182, 207 (fin 1978, tous les leaders
commençaient à se joindre à l’ouvrage) Pêche : 155-6 Punitions données par un
professeur (un « vrai monstre ») : 34-36 Purges : 209 Qui ne travaille pas … 119 Radio retransmise par
haut-parleur fin 1977 : 187 Registres biographiques :
152, 179 Repas : 148 (par groupes de
dix), pas d’équipe de cuisine dans l’unité de pêche (153), en commun
généralisés à tous (159) Repos deux semaines (a couple of
weeks) après le déplacement en camion vers la région de Battambang : 146 Résistance passive (maisons
brûlées avant un nouveau départ en novembre 1975) : 141 Roue de la révolution : 187 Seconde évacuation, vers le
Nord-Ouest (une dame morte d’étouffement dans le camion) : 143 Séparation hommes/femmes dans le
travail en 1975 : 140 Si… : 208 Sihanouk (culte, procédés) : 86-7 Someth est promu chef de
compagnie au-dessus de trois chefs de groupes et a droit à un jour de repos
par semaine : 172 Stade olympique en avril
1975 : 102 Statues de bouddha
décapitées : 127 Superstittion de Lon Nol et de ses
soldats : 96 Tas de plants de riz individuels
pour contrôler le travail de chacun : 164 Techniciens du ministère de
l’information demandés le troisième jour de l’évacuation : 108 Variation entre secteurs de la
zone Nord-Ouest (les pires secteurs : le 6 et surtout le 2, d’où
les gens fuient, et où ont lieu des manifestations): 144, 177, 187 Vietnamiens (disparus de la
capitale sous Lon Nol) : 95 Vocabulaire nouveau : plus
de Monsieur (111), plus de pardon ou merci (120, 125, 150, 175) |
Moeung Sonn et sa femme
étaient près de Kompong Som sous le K.D..
|
Autobiographies presque tous les mois :
102 Cadres Khmers rouges
éduqués :82 Camp de rééducation par le
travail pour prisonniers dits « libres » fin 1978 : 251,
263 Centre d’enfants : 197
(« mouroir »), 298, 299 (éviter que les parents ne
« contaminent » les enfants) Colère : 333 Contrôle des mouvements :
152, 214, 294, 297 Craintes d’empoisonnement des
troupes en entrant à Phnom Penh : 241 Cuillère : 152 Enfants : rations (85, 120),
travail (85, 182), soldats croyant leurs parents tués par les
impérialistes (105), exécuté pour vol (260) Langues étrangères
interdites : 173 Manuels destinés aux
soldats : 106, 218-9 |
Médecine : 209, 240 Militarisation du travail :
176-7 Pleurer n’est plus permis :
287, 316 Prisonniers « déplacés «ou
« reconstruits » : 265 Rations pour enfants inférieures
aux rations pour adultes : 85, 120 Récupération du Kampuchéa Krom
pour flouer les anciens officiers : 287, 316 Répression des relations
amoureuses : 118, 121 Rean
sotr (éducation) : 263 Si on vous garde aucun gain
… : 106. Travail sans relâche jusqu’à la mort :
146, 178, 235 |
Témoignage
rédigé au début des années quatre-vingt par un ancien étudiant en économie
politique né en 1945, rééduqué de 1976 à 1978. Le remaniement ultérieur a été
entrepris avec la volonté de laisser intactes les impressions de la première
rédaction (voir postface).
|
Absence de disputes à Bœng Trabek, 83 Absents nombreux parmi les intellectuels retrouvés
en août 1978, 143 Accouchement tumultueux, 118-131 Age des yothears,
11 (15-17 ans) des cadres de Takhmau, 61 (30, 25, 25, et 17 ans) de ceux de B
18 dans le Nord, 95 (22 et 20 ans, sympathiques et d’origine
vraisemblablement « Khmer loeu ») Age des cinq « médecins » de B 17 et B 18, (de seize à trente
ans), 101 Aliments inhabituels : Troncs de bananiers en tranche utilisés comme
légumes, 41, racines de papayers, 69, escargots, 77, souris, 78 Amélioration en juillet-août 1978 à la Terre Rouge
(camp de B 17), après le départ de cadres et l’arrivée de l’envoyé spécial de
Ieng Sary : repos réel tous les dix jours, travail dix heures par jour,
possibilité d’écouter radio Pékin, nouveaux cadres participant au travail et
plus seulement pendant les premières minutes, 135 Amélioration à Phnom Penh en août 1978, trois repas
par jours, 142, retour à des chemises colorées, réunion de familles et
nouveaux couples fondés, 147, début de débat et de démocratie encore
verrouillée par Ieng Sary, 151, une famille peut prendre place à la même
table à manger, mais le principe de la cuisine commune reste inchangé car
c’est un « acquis » de la révolution, 152 et 155, cueillir des
fruits est à nouveau autorisé, 154, on mange poisson et viande (dont du
crocodile), 155 Amertume dès le premier jour du retour, 9 Angkar
Leu, 20, a des yeux d’ananas (phrase
dite par un intellectuel arriviste non membre du Parti), 80 Anti-individualisme (petit bourgeois), 3, 10, 19
(sur le plan matériel, sur le plan de la pensée, et sur le plan des
sentiments) Arbres utiles/ arbres inutiles, 33 Arrivistes, 49 (plus royaliste que le Roi), 68, 76,
79, 151 Auto-censure, 30, 89 B 17, B 18 (près de Stung Trâng), 94-99 B 20, 97 Cadences, 16 (13h30), 61 (14 heures), 67 (14
heures), 95 Cadres brutaux, « simplement sadiques » à
la coopérative d’Angkor Chey (récit indirect) disant « C’est votre tour
d’avoir faim » « c’est votre tour de manquer de confort » (et
de dormir sans abri), 61-2, cadres sympathiques, 96-97 « Camarade famille », 13 Cantine commune mise en place en 1976 avec pour pendant l’interdiction du
repas familial, 185 « Chaque prétexte d’interrompre un travail était le bienvenu »,
110 Chef de groupe donnant l’exemple sans obliger les autres à être comme
lui, 29, chef de groupe paysan et ancien bonze, calme et sympathique,
« si tout le monde était comme lui », 46, présidente de camp devant
« jouer son rôle », 102, chef de groupe à l’esprit révolutionnaire
très élevé, « sa situation l’y obligeait », 110 Chef de coopérative d’Anlong Ling-Nord âgé de 35 ans, un peu timide, 170 Chine : discours de cadres : « Les livres y compris ceux
de Mao, comportent des tactiques “anti-angkar” », 69, « La
conscience révolutionnaire des experts chinois n’est pas très élevée. Par
exemple, ils reçoivent leur salaire en dollars. Ils ne pensent qu’à leur famille.
Ils économisent de l’argent pour acheter du superflu pour leur famille dès
leur retour au pays. Ils rêvent entre autres d’avoir une machine à
coudre… », 99 Cimetière transformé en champ, 182 « Le citadin se plaint de la pluie parce qu’il ne peut pas sortir se
promener, tandis que le paysan l’accueille avec joie », 20 « C’est connu, les commerçants chinois ont un
complexe de supériorité vis-à-vis des Khmers de la campagne », 47 Confessions de Tuol Sleng (S 21) servant de papier
emballage au marché en 1979, 187, extraits, 192, 201-221 (Se) construire, 13, 21, 104-5, se tremper, 28 Croyances populaires, 161, 181 (homme prédestiné, neak mean bon) Cultures stratégiques (bananes, patates), 142 Démolir pour récupérer le bois ou établir des
terrains cultivables, 31 (cathédrale), 76 Départs de Bœng Trabek s’effectuant dans
l’indifférence voire l’optimisme, « nous ne nous doutons de rien »,
84, toutes les semaines, des gens de Bœng Trabek arrivent à « B
17 » (un centre au Nord de Phnom Penh), 95, départs des jeunes « appelés » en dehors des
groupes mobiles dans un esprit de fête, 111 Diplômes n’ont plus de valeur, 74 Distance hommes-femmes à respecter 7 (à Pékin), 13
(au K.D. trois mètres entre maris et femmes) Diviser pour régner : cette méthode paie, 62 Douze « commandements » de l’Angkar, 20 Duch, présentation du personnage, 190 Economiser, ne pas gaspiller, 20 Enfants 16, 17 (recevant un potage plus épais, apprentissage de la lecture et de
l’écriture le matin, travaux l’après-midi en deux classes d’âge avec jardinage, nettoyage de l’étable, ramassage
des excréments…), 40 (accident du haut d’un poteau électrique), 42
(proportion dans une usine), 47 (se brûlant au travail à l’usine), 90
(centres encadrés par les enfants du cadre), 95 (groupes mobiles), 107 (travaillent
jusqu’à la construction d’un office près de l’hôpital, puis ceux de trois à
sept ans jouent ou balaient et désherbent « sans grande
obligation », ceux de 8 à 15 ans débroussaillent, coupent le bois,
piochent, gardent les bœufs, s’occupent de l’élevage et du potager) 107
(éducation rudimentaire à base de chants révolutionnaires par des
instituteurs sachant à peine lire et écrire) 108 (« mangent relativement
beaucoup mieux que les adultes » ; autorisés à rendre visite à
leurs parents tous les dix jours, mais généralement pas de temps ;
réunions de critique-autocritique) Enfer bouddhique (allusion pour évoquer la
maigreur), 10 Ennemi : « Manger libre égale l’ennemi,
faire mourir les plantes égale l’ennemi, laisser mourir un porc égale
l’ennemi », 99, personnes accusés de sabotage pour avoir détruit haches
marteaux et faucilles, et avoir fomenté un complot contre l’Angkar, 144 Epidémies, 50 « Esprit confus » « de
confusion » 21, 61, 105, « touffu », 104 Famille Khieu repartant au pays, 3-4, 6 Famille : « les enfants appellent leurs
propres parents Oncle et Tante », « kamchat krousar niyum, le combat contre l’esprit de
famille », 108, familles d’intellectuels vivent séparément, 90, Ong vit
avec sa femme comme d’autres couples, les autres dans un dortoir, 94 Favoritisme, 94 (neveux de Ieng Sary rappelés de la
Terre rouge), 141 (même histoire) Beaucoup de femmes n’ont plus de règles, 77 Fourneau de trente mètres produisant du mauvais
acier à partir d’objets récupérés, 47 Garder le secret, 19-20 « gens du rang » (= cadres) 38, 55 /
« gens du FUNK » ou « invités », 40, 116 Humiliation, 62 Ieng Sary détendu, souriant et faisant des blagues,
141, disant visiter les paysans, leur demander s’ils ont bien droit à trois
repas par jours, et leur assurer qu’il n’existe pas de prison, 150, aimait
répéter que, « étudier ne sert strictement à rien », 157 In Sophann, 13 Instruments de travail à garder sur soi (nouveau
règlement), 72 Interprétations de rêves, 70 Jalousies et rivalités, 29, 30, 103 Jardinage et élevage deux heures par jour, 42 |
Khieu Samphan au 8e rang du Parti, 36,
homme de paille, 145 Lit en fer avec natte, 15 Lutte contre la pensée, 74 « Malades de l’esprit » (récit indirect),
61, catalogué « malade de l’esprit » si on mange normalement et
prétend être malade, 77, malades recevant des rations alimentaires réduites,
61, malade recevant du maïs à volonté, 54, « à partir du milieu de 1977,
tous les malades durent aller se faire soigner à l’hôpital », 101,
malades des groupes mobiles recevant poisson séché et potage, 111 Mariage révolutionnaire, 38, mariages interdits
entre cadres Khmers rouges et gens de l’étranger, 133 Médecin très correct et très doux accusé d’être un
traître et muté en 1978, 101, anciens médecins soignant clandestinement la
femme de Ong, lui donnant des médicaments – il leur en reste – 113 Méfaits « libertaires », 19 Menaces, 63, après une évasion, 68-69, « ici
c’est votre dernière chance » de vous rééduquer, 93 « Merci », utilisé lors des réunions
d’autocritique pour remercier le critiqué et le critiqueur, 21, 104-5,
« Il ne faut pas dire merci », 116 Messagers, 48 Minorités : Musulman « bien obligé »
de manger du porc « pour faire comme les autres afin de ne pas avoir de
problèmes » et chargé, dans le « groupe cochons » de nettoyer
l’étable. Son comportement est présenté comme une victoire de la ligne
politique, 100, « Il n’y a plus ni Cham ni Chinois dans le camp »,
101 Ouvrier recevant viande ou poisson une fois par
semaine, 30, Ouvriers devant recevoir trois repas par jour selon la radio,
42, hostilité réciproque entre ouvriers et cadres du Parti, 55 Ne pas ramasser de noix de cocos, 61, 78, 80
(avertissement), 82 (phénomène lié à un complot), 99 (« manger libre
égal l’ennemi ») Ne plus dire « je », 10 Ne plus mettre les mains sur les hanches, ne pas gesticuler quand on
parle, 13, 17 Ne pas faire de bruit en mangeant, ne pas discuter à plus de deux
personnes en dehors des réunions, ne pas « manger librement »,
c’est-à-dire ne pas ramasser des noix de cocos ou cueillir des fruits 61 (à Takhmau) « ni riches ni pauvres », 8, 79 Noms nouveaux, 19 Normes de travail individuelles, 61 Objets personnels, 18 (deux complets et un krama), 108 (deux chemisiers et deux pantalons ou deux sampot) Officiers et soldats de retour des USA – après
avoir été forcés d’y aller par leurs généraux, 4-5, 23 (groupés à Talei-est
avec les fonctionnaires venus des Etats-Unis, après la première assemblée
générale), 29 (anciens soldats dispersés parmi plusieurs groupes) « Pacifiste », « Paix »
deviennent péjoratifs, 20 « Pas de repas à faire. Pas de corvées
culinaires héréditaires pour Bounnie [l’épouse] (…) Quand Bounnie est en
bonne santé, je n’ai pas de soucis personnels ou familiaux », 115 « Pour nous, les ruraux, notre place est ici.
Nous détestons habiter en ville. Elle nous étouffe. Nous avons besoin
d’espace. Nous n’aimons pas du tout rester enfermées dans les appartements
car nous avons l’impression qu’ils vont s’écrouler », 133 Pich Chheang, 6 Piqûres provoquant des abcès, 53, fonctionnant
bien, 56 Plus de différences entre villes et campagnes,
entre travailleurs manuels et travailleurs intellectuels (…) transformer la
ville en zone agricole (…) J’ai
résolu la contradiction entre ma petite famille et ma grande famille, 75 Propagande vietnamienne anti-khmère rouge, 189 « Quand
on a le riz, on a tout » 28, 75 / Le riz est la mère de la vie :
Preah Mé (expression traditionnelle), 55 Ramassage des excréments, 25-6 Rations, 400 g de riz et une soupe par repas, 42, diminuent de semaine en
semaine, 49, les cuisiniers trichent, l’inanition fait que l’on escalade les
escaliers à quatre pattes, 50, maïs à volonté à « l’hôpital 75 »,
54, 200 g au lieu des 250 g officiels (« les cuisiniers
volaient »), 61, à Angkor Chey, rations réduites de moitié pour les
malades, à Takhmau, réduites sans plus de précisions, 61, correctes avant que
ne viennent de nouvelles personnes, 68, sécheresse des cœurs humains, 70,
inférieures à celles de Takhmao, 75, rations meilleures quand se déroule un
séminaire, 82, « je reprends du poids » (à la Terre rouge, au
Nord), 90, malades des groupes mobiles recevant poisson séché et potage
(régime spécial), 111, ration s’améliore en avril 1977, à B 17, distribution
de maïs et d’une demi-boîte de lait concentré Guigoz contenant du riz non
cuit, 113, ration diminue (1/3 de boîte de lait), 115, août 1978 à Bœng
Trabek: trois cents grammes de riz par jour, 153 Réfugiés exagèrent, 2 « Repos socialiste » tous les dix jours –
où il est bien vu ou obligatoire de travailler autrement, 42, 99, 108 Réunions de vie, 19, de groupe, 21-22, 48, de
critique-autocritique, 22, 103 Révolte dans une plantation d’hévéas, 97 « Roue de l’histoire » qui
« écrase », 79, 82 « Rouge d’abord, expert ensuite », 35, 43 J.-J. Rousseau (et l’auteur), 2, 63 Rumeurs circulent : 134, 171, 175,181 Ruralisation moins visible dans le quartier de Wat
Phnom (fin 1978), 141 So Hong, fils adoptif de Pol Pot, 7-8 Son Sen cité comme traître avec Cheng An, 165 Souplesse : en janvier 1979, alors que les
femmes et les enfants doivent embarquer dans un camion, un chauffeur à qui
Ong explique qu’il ne peut pas laisser sa femme malade seule avec son bébé ne
l’oblige pas à descendre du camion, 158, 170, 171 (séparation des couples
évitée), 175 (Ong a pu boire du jus de palme à volonté) Statistiques, travail donné aux intellectuels de
l’usine, 48, cadres pesant les feuilles et les racines qu’ils mettent dans la
soupe pour les signaler comme quantités de « grains » consommés à
leurs supérieurs, 70 Tests pour intellectuels ? 17, 18, 25, 37
(laissés sans travail et sans réunion de critique/autocritique), 44
(promesses données de voir sa famille), 78 (possibilité de demander
collectivement une noix de coco pour le groupe), 85 Thiounn Mumm, 36 (« Il reste un
intellectuel intransformable (…) sa façon de parler, cette politesse me
font revivre la courtoisie d’un autre monde », 36 Suppression de la petite cuisine privée servant à
faire bouillir l’eau à côté de la cabane (exception faite pour Bounnie,
malade) 124 Surveillance armée, absente sur les lieux de
travail à Bœng Trabek en 1976, 30, constituée par une quarantaine de soldats
dans le camp de la Terre rouge, 90 « Travail socialiste » le matin, 95 Travaux inutiles : 113 (défricher la forêt
pour en faire des rizières), 120 (planter des cocotiers pendant la saison sèche,
construire des réservoirs d’eau qui ne servent à rien, tracer des rizières
sur un sol calcaire) « Un membre du Parti de l’extérieur [intégré
par Ieng Sary] ne vaut rien », disent les membres du Parti de
l’intérieur, 82 Usine avec quatre cents ouvriers encore enfants, et seulement cinq
techniciens de l’ancien régime et leur famille, 42 Variation, 97 (« Ici [à B17] les cadres ne prononcent pas le
mot « traître » pour désigner les évadés comme à Takhmao ») Vietnamiens cherchant des bijoux en or en 1979, 177 |
Un
témoignage méticuleux recueilli en 1986 par l’ethnologue Ida Simon-Barouh. Pho,
sage-femme de vingt-quatre ans déplacée au Nord-Ouest dans le secteur 4, à
Kabal Say, puis au Sud de Battambang, à Anlong Trach, près de Pursat dans les
Phnom Kravang, distingue généralement ce qu’elle a vu de ce qu’elle a entendu.
|
Accouchements, 137-138, 141 Age, des soldats à Phnom Penh
(13-30 ans), 14, des cadres, (au moins la quarantaine), 35, 77, entre vingt
et quarante ans, 103, cinquantaine d’année, 106 Alimentation collective, 121-123,
exception pour le repas du soir, 133, meilleure et plus équitable avec
l’arrivée de nouveaux cadres, 151 Anciens/:nouveaux, 27-28, 31
(logent ensemble), « nous le peuple nouveau, étions en cours de
rééducation » 50, divers 81,113, 114 (constitution mixte des rangs au
travail), unions et adoptions pour raisons pratiques idéologiques, 115-117,
« nouveaux-anciens » (moins anciens que ceux ayant côtoyé les
révolutionnaires avant 1970), 130, garde des enfants, 143 Argent brûlé, 18 Attelés à des buffles, 98 Autobiographies, 30 (personnes
valorisant leur passé en s’inventant des spécialités), 71 Autocritique, 96 « autosuffisance », 61,
application, 83 Cadences de travail, 121 (11h30,
plus de treize heures) Caractère des Khmers rouges, sale
type menaçant 70, snobs avec leurs stylos, 81, peu insistants ou ne faisant
pas de remarques, 67-68, 88, 90, 91, 105 gentils, 91, 103, 154, fermant les
yeux, 136 Chinois assimilés à des riches
bourgeois, emmenés d Battambang, 67-68, retrouvés ailleurs à travailler, 84,
cinq experts Chinois de Chine Populaire près d’une gare et d’un pont, 92, 107 Chronologie, 21, 105, 121
(sécheresse en 1976), 136 (juin ou juillet 1978), 140 Citation de Mao par l’auteur, 64 Collectivisation des vêtements,
de la vaisselle, des greniers et des bêtes, construction d’une cuisine
collective120, conséquences fâcheuses pour la vie des bêtes, allant de main
en main, 121 Conditions de vie à Phnom Penh
avant la chute, 10 Corruption, 93 Critique, 126 (« mémoire
remplie de déchets »), 127 («réunions où l’on somnole Dénonciation du passé de membres
de sa propre famille, 77 Déplacement de fin 1975, raisons,
(plus de quoi vous nourrir), 47, conditions, 51, assis sur le toit du bateau,
57, un bateau a coulé dans la tempête, 59, assis dans le train, 63,
déplacement avant de pouvoir profiter du fruit de son travail, 102 Desserts, 117, 157 Division des tâches entre hommes
et femmes, 131 Eau non bouillie, faute de bois,
53 Ecole (idéologie et chants), 36 Egalité de classe proclamée, 69 « Endroit tranquille »
ne signifie pas la mort, 90 Enfants, 103, émiettant les
engrais, maigres mais assez peu malades ( ? !), 145 Engrais de corps humain,
ouï-dire, 75, menace, 80 Engrais à partir des besoins naturels humains, 145 Entorses à la ligne ?, tout
ce qu’on récolte nous appartient, 104, compétition entre villages, 114,
production de riz au milieu des champs de maïs et de patates, organisée par
les autorités villageoises pour l’approvisionnement à l’insu de l’Angkar, 131-132, Pho cultive du tabac
en cachette, 132, infirmières se servant dans le stock de noix de cocos,
anciens gardant pour eux les vêtements, le pétrole « envoyé » par
l’Angkar, 146-147 Ersatz de savon, 65, Evacuation de PP, raisons
(nettoyer, châtier les alliés des Américains), 13, 15, peu de morts, 20,
circulation plus ou moins bloquée, 25 Favoritisme, avorté, 85-86,
cuisinières sont les cousines du chef, 125 Forces (premières, secondes,
moyennes), 40, 42, 76, 78, 82, 113 Fosses pour les besoins naturels,
42 et 145 (également stockés dans des bocaux) Fouilles, 22, 24, 86 |
Gestes, gens jetant en cadeau des
oranges du haut d’un wagon, 92 Hygiène, 42, 65 (plus de savon) Infiltrations de partisans à
Phnom Penh, 13 Interdiction de pêcher pour sa
consommation personnelle, mais on s’arrange avec les anciens, 133 Journées sans travail (deux) 66,
quinze jours sans travail autre que des tâches ménagères, 103 Khmers rouges non armés, 34, 123 Logement, maisons accolées, 111,
maisons sans façades pour faciliter la surveillance, 131 Maladies, 65, 82, 110, 130 Mariages non forcés, entre
anciens et nouveaux, 116-119 Médecine, 108, 128, 130, 132,
146, médicaments chinois, 147 Menaces, 70, 80 Montres convoitées par les Khmers
rouges, 65 Morts, 75, 101, 102, 110,
111(enfants)morts par suralimentation et étouffement, 84 et 110 Noix de coco réservées à
l’infirmerie pour servir de sérum glucosé, 132 Noms de lieux, 32 (Koh Prek
Chreu), 66 (Battambang), 70 (Phum Kabal Say, Est de Battambang), 83 (Phnom
Theapa Dey), 84 (Koh Cha, Kok Trom, Phoum Chan Yum), 106 (Anlong Trach, au
sud de Battambang, mais plus près de Pursat, dans les Phnom Kravang), 130
(Andong Ta Sau) Normes de travail individuelles
pour construire des digues, identiques entre hommes et femmes, 41,42 « Notre tour [de connaître
l’aisance] » 39 Nourriture peu courante, liseron
d’eau, 72, an dat kthiey, 73,
divers animaux, 81, 88, 123, 133-134, 138, troncs de bananiers, 139 Nouveaux cadres fin 1978, 149-59,
trois familles apparentées sur sept, 149, surveillants les anciens cadres,
150, améliorant la répartition de la nourriture, 151, gentils vi-à-vis de la
population, 154 Objets personnels, 24 Origines de la famille Yi, 67,
81, Pannes de transport limitent
l’approvisionnement en riz, 133 Pièges ?, 83, 84, 86, 90 Punition pour avoir fui avant de
revenir : travail séparé en silence pendant près d’un mois (la
corruption du chef a pu aider, mais pas pour tous), 95-96 Privilèges des anciens, greniers
personnels, 114 Rations, 43, 82, 84, 85, 96-97,
113 inférieures au village qu’en déplacement, 97, 139 supplémentaires après
la survenue d’un décès, 101, en fonction du travail, 120, pour femme venant
d’enfanter, 143 Réapparition de personnes
emmenées, 67, 84, 89 Repos (en échappant à la
surveillance, au départ), 45 Réunions entre chefs, ailleurs,
avant qu’ils ne reviennent diffuser la parole de l’Angkar, 120 Sandales en pneu de tracteur
pouvant durer une vie, 61 Sangsues se nichant partout, 79 Sécheresse en 1976, 121 Si on vous garde…, 36, On ne
gagne rien à vous garder, 94 Statue de bouddha cassée, 33 Suicides, dès avril 1975 de gens
n’ayant emmené que de l’argent, 25 Troc, 29, 100, 109, 132, 147 Variation de conditions de vie,
secteur 3, 82 Vietnamiens, autorisés à partir,
45 Violences physiques, 79, 97
contre les hommes)absentes, 48, sur les malades (ouï-dire ?), 146-147,
par les infirmières (récit indirect), 157 Vocabulaire nouveau, 28 (hop bay, puk, mè, dek), 113 (tcho thveu ka), 131 (chos prayot, « offensives ») Vols, larcins, 86, 142 |
Les lettres de Ponchaud sont
reproduites en français, mais il existe aussi une version anglaise de sa lettre
du 17 août 1977 dans les archives de l’association Espace Cambodge. Après
quelques échanges, Ponchaud finit par se braquer. Ponchaud n’a pas non plus
souhaité rencontrer Chomsky en France et le considère toujours
aujourd’hui comme une « vile personne », un homme « aveuglé par
ses certitudes » dont les « a priori idéologiques »
« empêchent de voir le réel » [4]. Il est de bons
orateurs qui n’ont guère le sens de l’écoute. Aujourd’hui encore Noam Chomsky est trop souvent l’objet de « pâtés de
mots fielleux » [5] de la part de
journalistes de la « grande » presse.
Nous estimons que Chomsky ne fait pas preuve d’a priori en voulant retracer la façon dont ont été rassemblées et condensées certaines informations. Or les approximations, les certitudes, et les silences de Ponchaud pèsent lourd. Certains considèrent que Ponchaud est un exemple de conscience, de moralité, ou d’honnêteté. Ces qualités sont assurémnt importantes pour un historien ou un témoin, mais une qualité non moins importante est l’autocritique. Or, Ponchaud ne brille pas par ce côté de sa personnalité. Nous voulons faire connaître au lecteur qu’il nous a écrit avoir entendu la phrase « il suffit d’un million… » à la radio, alors qu’il ne le mentionne ni dans son livre ni dans sa correspondance des années soixante-dix. Il n’a visiblement pas procédé à suffisamment de contrôles en interrogeant ou en utilisant des relations écrites de témoins (dont certaines en français – car il n’a pas seulement interrogé les témoins « dans leur langue maternelle », comme il l’écrivait dans un article réponse à Libération le 20 avril 1976). Il a enfin fait preuve d’un esprit de parti manifeste et tragique par sa mauvaise volonté et son retard à dénoncer le faux de Paola Brianti paru dans Famiglia Cristiana en septembre 1976. Il apprit qu’il s’agissait d’un faux le 28 janvier 1977. Chomsky l’alerta le 17 octobre 1977 du risque de nouvelle intervention américaine au Cambodge induit par l’exploitation de ce faux. Ce n’est qu’à la fin du mois de juin 1978, lorsque planaient des menaces vietnamiennes sur le Cambodge, qu’il se décida à dénoncer ce faux par une lettre à un journaliste américain, dont une copie était envoyée à Noam Chomsky avec pour condition de n’être publiquement citée qu’in extenso…
Dans les lettres qui suivent, nous avons
mis les titres de journaux et de livres en italiques, ajouté nos remarques
entre crochets dans les seules lettres de Ponchaud, et n’avons corrigé que les
erreurs typographiques – ponctuation, espacements, accentuation,
singulier/pluriel, majuscules / minuscules.
—
François Ponchaud à Noam
Chomsky, Sallanches le 17 août 1977.
Cher Monsieur Chomsky,
Robert Silvers, Editeur de The NewYork Review of Books a
jugé bon de me faire part de vos réactions à la lecture de l’article de Jean
Lacouture recençant mon livre Cambodge
Année Zéro. Il m’a également communiqué la correspondance qui a suivi.
Je suis très touché de constater le profond intérêt que vous portez au peuple khmer et à sa révolution. Votre esprit critique et votre recherche de la vérité sont appréciés quand il s’agit d’écrire l’histoire, selon votre propre expression. C’est cependant au nom de cet esprit critique et de la recherche de la vérité que je me permets de vous faire part de mes réflexions.
A la lecture du Nouvel Observateur, [n°642, 28
février - 6 mars 1977,] j’ai été surpris et peiné de constater, comme
vous, que Jean Lacouture avait fait des erreurs dans sa recension. Cependant, à
la réflexion, je n’ai pas manifesté mon désagrément, car j’ai estimé que ces
graves erreurs portaient plus sur la forme que sur le fonds et ne déformaient
pas ma pensée.
1) Vous avez raison de faire remarquer que le Prachachat est un journal thaïlandais et
non gouvernemental de l’Etat démocratique du Kampuchéa. Le reporter citait un
officiel du nouveau régime, non nommé, en poste à paris, puis donnait son
commentaire. (Je me permettrai de vous faire parvenir une photocopie de ce
journal lors de mon retour à paris où sont mes archives). Si Jean Lacouture
s’est trompé, je ne comprends cependant pas votre argumentation, comparant cet
article à un éventuel article de la Pravda
citant un officiel américain. Dans mon livre, cette phrase comparant la
révolution khmère à une corbeille de fruit renversée est une image, une
comparaison, qui m’a paru très lumineuse. Ce n’est pas une SOURCE, un argument,
mais simplement une comparaison, une illustration très suggestive, évocatrice,
permettant de comprendre l’analyse serrée de la réalité de cette révolution que
j’avais conduit dans mon troisième chapitre. Que l’origine de cette phrase soit
une parole d’un communiste, d’un anticommuniste ou d’une autre personne n’a
absolument aucune importance, car ce n’est qu’une figure que j’ai trouvée très
suggestive.
2) vous vous étonnez de ce que la phrase
citée en page 97 de mon livre, ne corresponde pas à celle que j’avais citée
dans mon article du Monde du 18
février 1976. Sans me consulter, Mr R.
Silvers vous a répondu très correctement. Lorsque j’ai écrit l’article du Monde, j’avais en main le témoignage
d’un réfugié affirmant que Mr Moul Sambath, appelé aussi Kéo Ngauv, chef de la
région Nord West du Cambodge avait dit en réunion à Mongkolborey le … (je n’ai
pas ma documentation chez moi, en Savoie, mais à Paris) : « il suffit
d’un million de jeunes pour reconstruire le pays ». c’était la première
fois que j’entendais cela. Ensuite j’ai à nouveau entendu plusieurs témoignages
de réfugiés, originaires e Battambang, de Mongkolborey, de Siemréap, de Phouk…
me dire la même phrase avec quelques modifications pour le nombre : de 100
000 à 2 millions [En 2001, Ponchaud nous a écrit l’avoir entendu à la radio,
chose introuvable dans les traductions réalisées à chaud par la BBC]. J’en ai
conclu que c’était une phrase chère à Moul Sambath, et qu’il se plaisait à la
répéter, fusse-t-elle avec quelques modifications. Ces modifications étaient
peut-être dues également aux témoins qui rapportent chacun à leur façon une
phrase entendue. Elle correspond à d’autres phrases du même genre que je n’ai
pas citées. L’une d’elle vient de m’être connue ces jours-ci : X… « La
veille de mon départ, le 4.12.76, le Kanak Phum chef de village) de Prek Khpôp
a fait un meeting ; il a déclaré : « il suffit que dans une
coopérative il ne reste que 400 personnes, si ces personnes sont droites,
propres et correctes (treum treuv saat lââ), et non des coopératives allant
jusqu’à 8.000 personnes comme à présent ».
Je prends cette phrase dans le même sens
que les précédentes, non comme une volonté de réduire les coopératives à 400
personnes ou le Cambodge à 1 million d’hommes, mais comme une détermination de
purifier le Cambodge, sans tenir compte de la vie des gens. C’est donc plus une
« redoutable boutade » qu’une affirmation explicite. Elle correspond
très bien à la phrase connue de tous les réfugiés concernant la vie des gens
non totalement acquis au régime : « A les garder en vie nul profit, à
les faire disparaître nulle perte ». [Nous savons maintenant que la phrase
originale khmère n’est pas aussi explicite].
C’est par souci de vérité que j’ai
transformé la phrase écrite dans le Monde
et non pas par manque d’esprit critique ou par volonté de dramatisation, au
contraire car j’en ai atténué la portée.
3) Les pages 72 et 73 de mon livre vous
ont posé des interrogations : étaient-ce les réfugiés ou la radio qui est
source des slogans affirmés ?
« Ecraser totalement l’ennemi »
est dit, redit tout à souhait par la radio. (je ne puis vous donner
présentement la référence, mais vous la donnerai si cela vous intéresse). On
ajoute même « les ennemis visibles et invisibles » [Nous ne l’avons
pas lu dans les traductions de la BBC], « ceux qui sont en rapport avec
l’ennemi », etc… par « Ennemis », il ne faut pas comprendre
uniquement les américains, les français, les Thaïs ou les Viêtnamiens, mais en
premier lieu les gens de l’ancien régime, et même tout et tous ceux qui
s’oppose de quelque façon à la « marche de la révolution ». les
autres phrases m’ont été citées maintes et maintes fois par les réfugiés. Nous
reviendrons plus tard sur la valeur du témoignage des réfugiés. J’avais entendu
moi-même, le 8 mai 1975, alors que je venais de traverser la frontière, dire
que les services américains avaient capté des ordres concernant l’exécution des
familles des officiers, femmes et enfants compris. « Propagande
anticommuniste de la CIA », avais-je pensé à l’époque. cependant, après
enquête auprès de milliers de réfugiés, je me demande si le fait ne serait pas
exact. Je n’ai pas de preuve évidente dans ce sens, mais les exemples précis
sont trop nombreux pour ne pas relever d’un plan d’ensemble. Encore hier, en
traduisant une lettre d’un réfugié, j’apprends : « a Dang Rong
(Dambân de Banteay Néang, Mongkolborey) ils se sont emparés des fonctionnaires
de Lon Nol ainsi que de leurs enfants mâles, et les ont tués. Cela m’a parut
manifeste : un dénommé Phôn était agent des eaux et forêt. Ils dirent
qu’il était agent des eaux et forêt, se saisirent de lui et de ses enfants, et
le tuèrent à l’Est du village… A l’Est du village ils prirent également le
dénommé Phan qui était douanier ainsi que ses tout petits enfants, et les
tuèrent aussi ».
Le réfugié qui ma écrit cela est entré en
Thaïlande le 14.6.77. Cet exemple n’est pas unique, je puis vous en donner
beaucoup d’autres. Je pense d’ailleurs que c’est très logique dans la mentalité
khmère, pour autant que je puisse la connaître : le sens de la famille
étant tellement aigu que les fils se devraient de venger leur père !
Vous vous demandez s’il faut attribuer ces
agissements au régime ou aux chefs locaux. Personnellement je me suis demandé
longtemps la réponse. Il [est ?] pour moi une évidence, après longue
enquête, que c’est le Kanak Khum (chef de canton) qui a droit de vie ou de mort
sur les gens du canton. De lui dépend en grande partie l’atmosphère régnant
dans le canton. Cependant il [est ? ] curieux de constater que les récits
des réfugiés se ressemblent étrangement d’un endroit à l’autre, que les slogans
cités pp. 72 et 73 reviennent un peu partout, parfois avec quelques
modifications. Il est étonnant de constater que le scénario de la prise de
toute les villes a été le même ; que le langage tenu dans les réunions
politiques est partout le même ; que des mots d’ordres arrivent partout au
même moment, par exemple : un durcissement très net vis à vis des anciens
instituteurs qui a commencé durant les premiers jours de 1976… Je serai donc
tenté de croire que ces ordres émanent de haut et sont voulus, non seulement
ignorés ou tolérés par le pouvoir. Cela correspond à une vision de
l’homme : « A le garder en vie nul profit, etc… »
4) le nombre de morts au Kampuchéa est une
source de discussion très longue. Vous demandez mes sources : 800.000
morts, depuis le 17 avril, chiffre que j’avais cité dans l’article du Monde du
18 février émanait d’un diplomate français, en poste en Asie du Sud-Est (non en
Thaïlande) qui m’avait été donné au cours d’une conversation privée :
c’est pour cela que j’ai écrit : « source diplomatique
officieuse ». Les chiffres de 1.200.000 étaient donnés par l’ambassade américaine
de Bangkok (vous avez deviné juste), ceux de 1.400.000 étaient donnés par les
services caritatifs américains en poste à Bangkok (Catholic Relief Service et
World Vision). Je n’ai pas cité Famiglia
Cristiana de septembre 1976, car je sais de source sûre, que la journaliste
italienne n’a jamais interviewé Khieu Samphân : elle était en compagnie de
journalistes français, et ne les a jamais quittés.
Dans mon livre j’essaye de rester serein
et de ne pas forcer les chiffres. Si je devais réécrire à présent, je serai
plus catégorique : le nombre de morts de la paix est absolument
HALLUCINANT, tous les témoignages le confirment. Dans « Distortions at
fourt[h] hand » [Voir The Nation, June 25, 1977], vous examinez les chiffres que j’apporte : les
200.000 morts des bombardements américains sont maintes fois affirmés par la
radio ( je n’ai pas cité de référence, mais pourrai le faire que je rentrerai à
Paris.) Les 80.000 morts et 240.000 blessés qui vous paraissent
« implausible » sont cités par Khieu Samphân (discours radiophonique
du 17 avril 1976). Pour les morts de la paix, il est très difficile de
chiffre[r]: et sans doute ne le saura-t-on jamais avec précision.
Vous avez raison de dire que les Khmers
Rouges n’ont pas exécuté deux millions de personnes ! c’est faux. Par
contre, dire comme Mr Sampson, qu’ils n’en ont exécuté que « cent ou
mille, plus que centaines de milliers » est également faux ! Si Mr
Sampson se base sur des données concrètes, chiffrées, dans la première partie
de sa lettre (données avec lesquelles je suis en total accord), il ne se base
que sur des à priori dans la seconde partie. J’ai pour ma part suffisamment de
témoignages pour affirmer que les morts par éxecutions sont certainement plus
d’une centaine de milliers. Bien sûr, ce n’est pas une évidence, car personne
n’a été les compter, mais les témoignages indépendants sont trop nombreux pour
ne pas affirmer d’une façon qui ne laisse aucun doute possible que : 1-
TOUS LES OFFICIERS (je ne parle pas de leur famille) qui n’ont pu déguiser leur
identité ont été éxecutés ; 2- La majorité des sous-officiers et hommes de
troupe ; 3- TOUS les hauts fonctionnaires : 4- Une très grande partie
des moyens et petits fonctionnaires ; 5- Une grande partie des
instituteurs, de très nombreux étudiants ; 6- Tous ceux qui ont manifesté
quelque répugnance ou opposition au régime… Je ne tiens pas à généraliser
davantage, par crainte d’induire en erreur.
Cependant, la majorité des morts est causé
par une autre cause : le travail forcé, la faim, le manque d’infrastructure
sanitaire. C’est cela qui causé le plus
grand nombre de départ pour l’étranger. qu’il me soit permis d’esquisse un
sourire douloureux en lisant la fin de l’article de W.J. Sampson qui affirme
que la cause de la dépopulation du Cambodge est l’émigration !
l’émigration des Viêtnamiens a commencé sous Lon Nol en 1970, et dans les zones
libérées peu de temps après ; elle s’est continuée après 1975, mais n’a
pas pris des proportions catastrophiques !
5) bien sûr, me direz-vous, vos
affirmations ne reposent que sur le témoignage des réfugiés. Or les réfugiés ne
sont pas crédibles ! bel à priori pour quelqu’un qui cherche à écrire
l’histoire en partant du réel et non de ses idées préconçues ! « Ponchaud gives no evidence of
having taken the normal precautions in constrat [sic] to many observers… »
dites-vous dans une lettre à mr. R. silvers. « Ponchaud’s book lacks the
documentation… » écrivez-vous dans « Distortions at Fourth
hand », « His account is at best second-hand »… Puis-je vous poser une seule
question : « Combien de réfugiés khmers avez vous interviewés, où,
quand, en quelle langue » ? votre travail sur le Laos, pour
intéressant qu’il fût, concerne un autre pays, une autre mentalité, et je ne
veux pas me prononcer dessus.
Ma formation intellectuelle et mon travail
était celui d’exégète biblique comparer [ ?] les sources pour chercher à
connaître la vérité historique. Je ne pensais pas qu’un jour j serai amené à
faire un tel travail sur le Cambodge.
Dans mon livre, p.10, je dis avoir en ma
possession 94 relations ; j’en possède une trentaine de plus, depuis la
sortie de mon livre (le 4 février 1977 et non en janvier, pour préciser). J’aurai
dû ajouter que en plus de ces 94 relations retenues, il y avait toutes les
relations orales des gens qui ne savant pas écrire, et qui doivent bien
dépasser le millier actuellement. Mon travail actuel consiste à rendre visite
aux Khmers réfugiés en France (10.000 environ). Je les écoute parler, pour
qu’ils puissent soulager leur cœur de tant de souffrance.
La première précaution est de connaître la
provenance : sur les 94 témoignages retenus, 77 viennent de Thaïlande, 17
du Viêtnam. Parmi les sources non écrites, je commence à avoir une cinquantaine
en provenance du Viêtnam. Si les renseignements concordent, il y a quelque
probabilité pour qu’ils soyent [sic] exacts. Pour les sources venant de
Thaïlande, il faut vérifier de quels camps ils émanent : il y avait une
douzaine de camps en 1975, il en reste 4 actuellement ; si les
renseignements se recoupent, il est plausible qu’ils soyent [sic] exacts, sans
avoir subi obligatoirement l’affabulation du temps.
Deuxième précaution : la personne du
témoin. D’office je me méfie des gens qui parlent français, des officiers, des
gens de l’administration : trop liés avec l’ancien régime, ils peuvent
plus facilement abuser. Je me méfie des gens qui viennent spontanément me
confier quelque chose, des gens qui ont des révélations à faire, des gens qui
en savent trop. Si vous vouliez consulter mes documents, ils sont à votre disposition,
(mais une grande partie sont en khmer) : vous verriez que je n’ai pas
retenu les déclarations fracassante de Suos Hieng, de Danh Sang et de bien
d’autres… Je suis fils de paysan, ayant cultivé la terre jusqu’à 25 ans, et je
me méfie du sensationnel et des beaux parleurs des villes.
Troisième précaution : le recoupement
dans l’espace et le temps, ainsi qu’avec la voix officielle du pays. Le
massacre des officiers de Battambang dont je parle pp.60-64 m’a été rapporté
par deux témoins dont je puis vous donner le nom : Phim Uong, capitaine,
tué par la suite, et Koam Kiri : tous deux faisaient partie du lot. Il y a
encore deux autres survivants. Ce massacre a été confirmé par plusieurs autres
(pp.63), et j’ai traduit ce matin même le témoignage d’un réfugié qui a passé
la frontière le 14.6.7. Cette histoire , même si tel ou tel témoin y ajoute le
fruit de son imagination, a des chances sérieuses de comporter le noyau central
de vérité, car il n’y a pas de fumée sans feu, comme l’on dit en français,
surtout si beaucoup voyent [sic] la fumée et qu’elle fume longuement.
Concordance dans l’espace : vous
dites que les seuls témoins cités viennent du Nord Ouest : c’est une
erreur, je cite Rông (p.75), en réalité Khieng Savang, que je connais très
bien, que j’ai vu partir de l’ambassade, que j’ai revu à son retour : il
était dans la région de Svay Téap (Kompong Cham) [ce pharmacien, parce qu’il
savait compter rapidement, était bien vu par le chef de village qui l’appelait
« le Savant ». Il ne paraît témoigner que pour l’année 1975]. Durant
ce mois, j’ai reçu des témoignages venant de Takéo, de Kompong Som, de Kompong
Chhnang, de Kompong Thmar (Kompong Thom), de Baray (Kompong Thom)… Il est vrai
que depuis le départ de mes amis français de Viêtnam, je n’ai plus beaucoup de
renseignements venant de ce côté, mais en 1976, j’avais des renseignements
venant de Kandal, de Takéo, de Prey Veng, de Svay Rieng… Une grande zone
d’ombre : Rattanakiri, Mondolkiri, Stoeung Treng, Kompong Cham et Prey
Veng Est. Je ne puis dire ce qui s’y passe.
Concordance surtout avec la radio, voix
officielle du Kampuchéa : les réfugiés sont comme « des grenouilles
dans un puits », ils pensent que le ciel est limité à la margelle. Ils ont
souffert, et ne comprennent pas trop pourquoi ils ont souffert, pourquoi ils
ont travaillé, pourquoi on a tué tel ou tel. Rares sont les Khmers qui sont
capables de faire une synthèse de ce qu’ils ont vécu. Personnellement la radio
m’indique dans quel sens il faut lire les récits des réfugiés : tout ce
qu’ils racontent, parfois en exagérant, a un sens, s’inscrit dans le mouvement
révolutionnaire, la « roue de l’histoire » pour employer le langage
Khmer Rouge.
Vous dites à juste titre que les réfugiés
veulent noircir le tableau : je le dis p.223. c’est compréhensible. J’ai
posé des questions précises de lieux (que je connais), de personnes, de
dates, : là il n’y a pas d’échappatoires pour l’imagination, même fertile.
Certains réfugiés me prennent pour un partisans des khmers Rouges, car je me
montre parfois très sceptique. Un certain Chung Bor, qui se prétendait cadre
Khmer rouge, avoir participé à l’exécution de 5.000 personnes a été démasqué
par moi, au bout de deux heures de discussion… [il s’agit du « Chong Bo » qui s’était exprimé lors d’une
conférence de presse organisée par un faux chef de gouvernement khmer pour la
libération, avide d’aides, le colonel Souvatthana – voire la mise au point de
Ponchaud dans Le Monde du 18
septembre 1976 – et dont le Figaro du 22 avril 1976 et Le Monde du lendemain reprenaient les
propos, et du « Chong Bol » que le gouvernement du Royaume-Uni
mentionnait encore sans citer sa source en juillet 1978 dans un rapport envoyé
à l’O.N.U.].
Un critère
supplémentaire est celui du langage : les réfugiés qui ont vécu un long
temps chez les Khmers Rouges utilisent un vocabulaire nouveau qu’ils n’ont pu
inventer.
Un grand nombre de
témoignages sont écrits en Khmer, quelques jours après le passage des auteurs
en Thaïlande, donc sans avoir subi trop fortement l’effet des dures conditions
de vie dans les camps. Un de mes mais qui a passé 32 ans au Cambodge, qui parle
khmer aussi bien que le français et qui rend visite aux réfugiés invite les
nouveaux venus à écrire le récit de leur vie, avec le plus de détails possibles
qu’ils ne peuvent inventer. Dès que quelqu’un généralise, je me méfie. Avant de
faire mon livre, je suis allé moi-même rencontrer tous les témoins qui
m’avaient écrit, par souci d’honnêteté. Je ne les ai pas reçu à l’hôtel comme
M B. Kiernan, car c’étaient des
pauvres, et je n’avais pas besoin d’interprète, comprenant le khmer presque
comme le français. Cela évite des erreurs. Comme je n’apportais jamais rien
avec moi et que je ne faisais pas partie d’un service caritatif, ils n’avaient
aucun intérêt à se plaindre éxagérément [n’espèraient-ils pas la moindre
aide ?]. Beaucoup ne me voyaient qu’en frère qui va trouver ses frères
dans le malheur et cela facilite les rapports ; chose dont ne jouissent
pas tous les journalistes.
Que je me sois
trompé sur quelques points, je le concède. Je le dis dans mon introduction. Que
je n’apporte aucune documentation sérieuse, NON, je ne suis pas d’accord. Vous
me comparez à d’autres, mais ce n’est pas un honneur pour moi : Patrice de
Beer : la recension de la prise de Phnom Penh est un scandale pour quelqu’un
qui a vu de ses yeux ! [elle correspond pourtant à la vision d’autres
témoins] Devant cette sérieuse carence [De quoi s’agit-il exactement ?],
il a été rappelé à Paris. Dans un article paru en novembre 1975 [le 8] , il dit
que l’on peut faire dire n’importe quoi aux réfugiés : c’est exact. Lui-même
citait Yen Savanary, instituteur qui travaillait au Phnom Thippadey ; cet
instituteur lui avait dit que les travailleurs des chantiers mangeaient à leur
faim, mais que les villageois mourraient de faim : Patrice de Beer n’a
retenu que la première partie de la phrase qu’il a généralisée à l’ensemble du
pays ! Le malheur a voulu que Yen Savannary avait été interviewé par mon
ami [il s’agit du père Bernard Venet] quelques jours auparavant et que je
venais d’écouter le récit avant de voir comment il était transformé par le Monde !
B. Kiernan apporte
des éléments intéressants, mais rien d’inédit. Il critique les articles de
journaux qui sont peut être inspirés par une propagande antirévolutionnaire,
mais quelles preuves apporte-t-il sinon des déclarations officielles ?
Georges C.
Hildebrand and Gareth Porter ? Leur documentation est très fouillée, mais se base
surtout sur les déclarations du gouvernement. Le troisième chapitre est
nettement le moins bon : c’est une étude du langage des révolutionnaires,
mais correspond-il à la réalité ? Si vous, Américain, vous devez avoir
l’esprit critique vis à vis des déclarations du gouvernement français, pour
quelles raisons devrais-je le perdre totalement quand il s’agit des
déclarations du gouvernement de l’Etat Démocratique du Kampuchéa ? A
priori je ne doute pas de ce qu’il dit, mais je le prends comme un élément du
dossier, à vérifier lui aussi. Je pense d’ailleurs que les chapitres 5 et 6de
mon livre vous ont montré que je connaissais un peu le discours officiel.
Contrairement à ce
que pensent Mr Hildebrand et Porter, je dois affirmer après analyse des faits,
et non seulement du discours ou des journaux, que la déportation de Phnom Penh
a été catastrophique et qu’elle était voulue par motifs idéologiques :
pourquoi toutes les autres villes l’auraient été semblablement, pourquoi les
villes ne seraient pas repeuplées ?
Je dois aussi
affirmer que la famine a sévi depuis le 17 avril à la fin 1975, puis d’avril à
décembre1976, puis d’avril à nos jours. Pourquoi ? j’affirme le fait,
après analyse, mais les raisons sont à chercher. Les récoltes ont été bonnes,
mais le riz emporté, sans doute pour le commerce extérieur (bien que les
chiffres officiels d’exportation sont ridiculement faibles). En ce qui concerne
la malnutrition, deux catégories sont à distinguer : « le peuple de
base », ou « ancien peuple », libéré avant 1975, qui mange à peu
près à sa faim ; « le nouveau peuple », ou « prisonniers de
guerre » (ce n’est pas une confusion de ma part, comme vous le
dites : interrogez beaucoup de réfugiés, cela vous le prouvera) :
mange très mal, juste pour avoir suffisamment de force pour travialler.
Que les
bombardements américains aient été la cause de la famine de 1975, et de la mort
de beaucoup de gens, je vous le concède, mais il faudrait également ajouter la
volonté systématique des Khmers Rouges de tout détruire ce qui rappelle le
passé. Que l’estimation des vivres stockés à Phnom Penh au 17 avril 1975 soit
un peu excessive, je vous le concède, mais je travaillais en étroite
collaboration avec un comité d’entraide, et je savais les quantités de riz
stockées illégalement, qui n’entraient donc pas dans les calculs officiels de
Mr Long Boret ; c’était d’autre part sa politique de crier famine pour
émouvoir les parlementaires américains. Que j’ai un peu exagéré, soit ! Quant
aux articles de Nayan Chanda et de
William Shawcross, je dois me considérer comme très honoré d’être comparé à
eux : leurs conclusions sont sans doue plus proches des miennes que les
vôtres ou celles de Hildebrand et Porter.
Je suis toutefois un
peu étonné des préjugés que vous portez à autrui. Vous dites « Has an anti-communist bias and
message » ! Loin de là mon propos. Si vous avez lu mon introduction,
j’appelais la révolution de mes vœux ! C’est contre mon gré, devant la
masse de renseignements recueillis et soigneusement recoupés, à mon corps
défendant que j’ai dû conclure à l’horreur. J’aime trop le peuple khmer pour
vouloir à priori salir sa révolution qui me fascine autant qu’elle me terrifie [On
est vraiment là dans le domaine de l’émotionnel ]. Vous qui souvent partez d’idées, vous devriez vous
souvenir de ce qu’a écrit André Fontaine dans Le Monde (je n’ai pas la référence sous les yeux, et cite de mémoire) :
« Comment se fait-il que seul le Cambodge soit la cible de la propagande
réactionnaire ? Quelle fatalité s’attache-t-il à ce pays pour qu’il n’y
ait que du Cambodge que soient inventé de pareils récits terrifiants, alors que
le Viêtnam et le Laos voisin ne sont pas sujets à une vague de
dénigrement ? N’y aurait-il pas quelque fondement objectif ? ». [Une
condition le favorise indéniablement : le fait qu’il soit impossible de
pénétrer dans le pays pour vérifier tout ce qui circule sur son compte. Signalons
au lecteur que Noam Chomsky et Edward
S. Hermann s’efforcent d’analyser toute la presse américaine à propos de
l’Indochine révolutionnaire dans The Political Economy of Human Rights, vol. II, After the Cataclysm : Postwar Indochina and the Reconstruction of
Imperial Ideology, South End Press, Boston, 1979. Le dénigrement ne porte pas seulement sur le Cambodge].
Personnellement j’aimerai que tout ce que
j’ai écrit soit faux, pour le plus grand bonheur des Khmers, mais force m’est de
reconnaître l’inverse.
Si Jean Lacouture a pu comparer la
révolution khmère au nazisme, il ne s’est pas totalement trompé. Sans doute les
contextes sont différents, les idéologies aussi. Beaucoup de coïncidences
apparaissent cependant : les Khmers Rouges sont des nationalistes
farouches et intransigeants, ils sont mus par une hystérie de la purification. Hitler
purifiait la race en fonction de caractères biologiques, les leaders du
Kampuchéa purifient le peuple en fonction de caractères idéologiques. Seule
compte la production, l’homme a disparu. Devant un tel mépris de l’homme, on
comprend qu’un socialiste convaincu comme Jean Lacouture soit pris de dégoût. Sans
doute, Américains et Français, nous ne pouvons être fiers des trente ans de
guerre qui ont ensanglanté l’Indochine ! William Shawcross a fait
remarquer comment l’administration Nixon-Kissinger était responsable en grande
partie du désastre cambodgien. Mais si nous voulons être honnêtes nous devons
reconnaître également les torts des Khmers Rouges, qui ne sont pas minimes non
plus.
Dans l’espoir qu’une ère de liberté et de
bonheur naisse sur le peuple khmer.
François
Ponchaud
—
Noam Chomsky à François Ponchaud, Cambridge, Massachusetts, Massachusetts Institute of Technology,
Department of Linguistics and Philosophy, October 19, 1977
Dear
Father Ponchaud
I was very pleased to receive your interesting and informative letter,
transmitted to me a few days ago by Robert Silvers. I would have preferred to have the French original, to avoid
possible errors in translation, but I will assume that the translation is
indeed accurate. Thank you also for
sending me the article from Prachachat
and the translation. In fact, I had
already received that article and a full translation from a Southeast Asian
scholar at Cornell, where a number of people are working on the material
covered in your book and similar matters.
I am sorry that you
felt that some of my comments were misleading, and am happy for the additional
background material supplied in your letter. I intend to be writing about these
matters in considerably more detail, and will certainly want to take into
account the new information you supplied. I will turn to your specific comments
about our review and my personal letters to Mr. Silvers, which I understand
that you have seen, but before doing so I would like to present some general
background, both because I think it is important, and because it will enable
you to understand better the grounds from which I am approaching these
questions.
You emphasize in
your letter the importance of the critical mind and the search for the
truth. With that I naturally
agree. You also express your hope that
an era of freedom and happiness will come to the Khmer people, sentiments that
one can only applaud. Perhaps we can
find common ground with these sentiments and commitments.
I would add,
however, that still more is at stake.
Material concerning current affairs in Cambodia that appears in the
United States, or France, has a rather special status, for obvious reasons.
France and the United States are guilty of massive atrocities, which you know
much better than I, of which the people of Indochina have been the victims. Furthermore, this is not a matter of ancient
history. The United States remains a
worlddominant power, despite its setback in Indochina. The institutional
factors that have led to repeated counterrevolutionary intervention in many
bloody and disgraceful episodes since World War II (indeed, long before) have
not in the slightest degree been modified, though the ideology that has
supported such intervention was bruised by the horrendous events in
Indochina. There are now substantial
efforts underway to reconstitute a system of beliefs that will induce the
population once again to support counterrevolutionary intervention. Our article "Distortions at Fourth
Hand", which you have read, was primarily concerned with this phenomenon,
and both Herman and I have written extensively on it elsewhere. What is believed in the United States (and
to a lesser though not insignificant degree in France, or elsewhere in the
industrial democracies) may prove to have considerable human consequences, for
the people of Cambodia, as elsewhere.
Specifically, if the current machinations of the American propaganda
system succeed in restoring the beliefs that served as the underpinning for
intervention in Indochina and elsewhere, and even more, in transferring the
moral onus of American aggression to its victims, then the basis will be firmly
laid for new atrocities of the sort we have witnessed, not only in Indochina.
It does not follow from these facts that we should try to hide or
obscure what is happening in Cambodia, Vietnam, or anywhere. It does follow that we should be extremely
scrupulous with regard to fact, and careful to consider the impact of what we
write, say and do – or fail to do. At least that is the case if we are willing
to accept normal standards : in particular, the principle that a person is
responsible for the foreseeable human consequences of his acts. Specifically,
such care and scrupulousness is of extraordinary importance if we are
concerned, as you are, with the fate of the Khmer people.
Perhaps the point is obvious, but I would like to dwell on it for a
moment, and I hope you will not mind if I explain why I feel that you are not
doing what you should in this regard, given your concern, which I do not
question, for the fate of the Khmer people.
Perhaps I can best explain my point with a concrete example, one of many
that might be cited. In your letter you
mention that you "know for certain" that the interview in Famiglia
Cristiana with Khieu Samphan never took place. That is a fact of quite
considerable importance. Naturally, it
does not corne as a great surprise to me.
It never seemed plausible to me that Khieu Samphan should have chosen to
give an interview to the journal of the Pauline Sisters (I have a copy of the
journal, which exists in no library in the United States, though it is now
widely quoted here in reference to this alleged interview). In the book by Barron and Paul this
interview is cited with great seriousness, and they draw from it the conclusion
that Khieu Samphan was responsible for the murder of a million Cambodians. The
inf erence is absurd, even on internal grounds -- that is, even if we were to
assume that the interview took place and was accurately recorded. But they make the inference and give it
great weight.
To my knowledge, none of the reviews of their book (Lacouture, Leifer,
etc.) raise any question about this -- or for that matter, about any of the
easily documented falsehoods in their book. Furthermore, their conclusion has
been widely quoted. To mention one case, which we noted in our article, Robert
Moss of the Economist intelligence
unit, in an article in the influential New
York Times Magazine, claims that Khieu Samphan admitted that the policies
of his government had resulted in the slaughter of a million people. This "fact" Moss offers in support
of his thesis that the West has no responsibility to the Third World but should
look out for its own interests. An inquiry to Moss elicited the information
that he was relying on the Barron Paul rendition of the "interview"
-- which you now inform us, never took place, as you "know for
certain." To cite a still more
significant example, in the hearings on "Human Rights in Cambodia"
held before a Committee of the U.S. House of Representatives (May 3 1977),
Representative Solarz repeatedly recommended that the U.S. consider initiating
an « international police action » in Cambodia -- that is, an
invasion of Cambodia -- to prevent human rights violation. I have no doubt that
you are as appalled by this proposal as were the State Department specialists
who were testifying. Mr. Solarz reaches
his conclusion, so the proceedings indicate, largely on the basis of the Famiglia Cristiana interview: he states that Khieu Samphan
"acknowledged" in this interview that 1 million people "had been
killed since the war," and goes on to draw parallels to the Nazis and
recommend an invasion. No one taking
part in the ensuing debate (including Gareth Porter, david Chandler, and peter
poole) was able to point out that the interview was afraud – a fact that you
know to be true. I might easily cite other examples.
I trust the conclusion is now obvious, and I hope you will pardon me for
drawing it explicitly. Anyone who cares
for the fate of the Khmer people, an who knows for certain that that interview
never took place, has a moral duty of the highest order to make htat fact
known. The responsibility is particularly incumbent upon you personally, for
one additional reason. In the Barron-Paul book, you are cited as the sole
independent authority, the only non-government expert acknowledged. In the House hearings, Barron continually
referred to you as his authority.
Therefore, like it or not, you have a responsibility conferred on you
for what appears in their book. As
matters now stand, through no choice of your own, you are implicated in a chain
of inference that leads readers of the American press to conclude that Khieu
Samphan has adrnitted murdering a million people, and that leads a Congressman
to recornmend that the U.S. invade Cambodia. Furthermore, you have the
information that is relevant to exposing the lies repeated by Barron and Paul,
on which this chain of inference rests.
This example is
only one of many to illustrate the general point I am making. Under the existing conditions in the real
world, what is said (or withheld) by specialists on Cambodia may have very
significant human consequences. Therefore one who accepts your initial premises
-- concern for truth, and for the Khmer people -- has particularly heavy
responsibilities to ensure a scrupulous regard for truth, specifically, as
concerns material that appears in the United States.
Let me now turn
more explicitly to Lacouture 's review of your book, and our discussion of that
review and your book itself. Again, I
want to sketch some relevant context. Lacouture' s review appeared in the New York Review of Books. Years ago, that journal was open to
representatives of the American peace movement and the American left, but that
has not been true for some tirne. The fact is important, for reasons that will
appear immediately. Early this year,
the NY Review published several
articles purporting to deal with the American war and its consequences. To mention three: (1) a review of Gloria Emerson's book on Vietnam which castigated
her for failing to understand the irony and complexity of the American war, a
typical stance of "sophisticated" apologists for the violence of the
American state; (2) an article by Father André Gelinas on postwar Vietnam which
claimed, inter alia, that before April 75 South Vietnam was a land of freedom
and wealth, but now, under North Vietnamese occupation, it is a land of misery
and horror (Gelinas claimed to have spent 28 years – it was actually 13 -- in
Vietnarn, and never found any occasion to criticize the U.S. intervention and
its effects during that period); (3) Lacouture' s review of your book.
Now the editorial policy of the NY Review is their own business, but let
me point out what happens in the real world.
The Gelinas article was picked up by journals throughout the
world : the London Daily Telegraph,
The Washington Post, the Toronto Globe and Mail, etc. In most cases, it
was explicitly noted that the article was reprinted from the NY Review -- which is remembered as a
journal open to the peace movement. The article evoked sanctimonious editorial
comment In the Wall St. Journal, the NY Times, and other major journals that
had supported American aggression.
These editorials made much of the "fact" that even the NY Review which had always (they
hypocritically claimed) "celebrated" communist actions, now conceded
... etc. By letting these claims stand,
the Review is making a most notable
contribution to the propaganda system.
Meanwhile, other testimony is suppressed by the
press. For example, several Mennonite
missionaries with backgrounds comparable to Gelinas have reported before
Congress and elsewhere, giving a very different picture of the situation
there. Silence in the press. One even wrote a letter published in the NY Review, in response to Gelinas, but
of course it was completely ignored by the press. Jean Lacouture wrote a book, which undoubtedly you know, on his
experiences in Vietnarn in 1976. While
critical, it also was radically different in tone and content from
Gelinas. It is not reviewed in the NY Review. In fact, Lacouture informs me that he has been unable to obtain
an American publisher. The NY Times, which regularly publishes
lying articles stating that refugee reports are the sole source of information
about Vietnam -- the Times has
refused to publish articles it has commissioned from American visitors to
Vietnam, and has even blocked their publication elsewhere, obviously because
the conclusions were unacceptable -- chooses Lacouture to review Barron and
Paul on Cambodia, but denies his existence in the case of Vietnam (claiming
that no western reporters have bee able to visit). And so on. It is in this
context that one must consider the Lacouture review, appearing where it did.
Lacouture's review of your book, like the
Gelinas article, evoked wide comment in the liberal press, with editorials and
articles praising his insight, courage and honesty, and emphasizing that even
former "supporters of the Khmer Rouge cause" (why Lacouture chooses
to describe himself in this way, I cannot comprehend; surely neither he, nor I
any of our associates were supporters of the Khmer Rouge cause, ever), and once
again, that even journals such as the NY
Review (which celebrated communism), now concede ... etc. When I read Lacouture's review, I was
surprised by its content, and immediately obtained a copy of your book from
France. I found very quickly that his
references, which were restricted to three pages of the book in fact, were
severely distorted, and that the conclusions widely repeated in the liberal press
(e.g., that the Cambodians, as he asserted, "boasted" of having
"killed" 2 million people since the war) were gross falsehoods.
Lacouture later corrected some of the serious
errors that I had privately pointed out to him ; since you have my letters
to Silvers, you know the true facts.
I also attempted to elicit corrections in the NY Times and elsewhere, but to no
significant effect; the press, for its own quite obvious reasons, prefers the
fabrications to the truth, in this matter.
To this day, long after Lacouture' s "corrections" have
appeared, all that remains of the incident so far as the press is concerned is
his original article. Thus Martin Woollacott, Southeast Asian specialist of the
London-Manchester Guardian, recently
lauded Lacouture for his integrity and courage, in revealing the truth about
Cambodia -- referring only to his article and never to his corrections. The impact of his review, within the
American propaganda system, was exactly as we depicted it in our article. These are crucial facts, which no one who
shares your concern for the truth and for the Khmer people -- or for other
potential victims of counterrevolutionary intervention -- will ignore.
If you do not mind
my unsolicited opinion, you are the person who should have responded to
Lacouture's review of your book. You could have done that with real authority,
both in France and in the United States.
Such an action might, conceivably, have had an impact in controlling the
subsequent fabrications of the propaganda system which so eagerly exploited
Lacouture’s review appearing in the NY
Review of Books, always described, falsely, as virtually an organ of the
peace movement and the American left. Evidently you thought otherwise, quite
mistakenly, in my opinion. I gather that you did not even communicate your
"chagrin" on reading Lacouture' s review to him personally. At least, when I wrote him he responded to
me that he was previously unaware of the gross errors that I pointed out to
him. Frankly, I cannot comprehend your
reticence in this regard, given your concern for truth and for the fate of the
Khmer people. I sense a striking
inconsistency.
Let me stress again
the situation in the United States. An
American president can appear on television, as Carter recently did, saying
that we owe the Vietnarnese "no debt" because "the destruction
was mutual," and there is literally not one word of protest or even
comment in the American press. The
editor of the New Republic,
virtually the official organ of American liberalism, can write that the failure of the United States in Vietnam
will go dowri in history as "one of the ugliest of national crimes"
-- not what we did, but our failure to persist. Senator Edward Kennedy, one of
the very few Senators who showed genuine compassion for victims of war made, a
public speech after the Mayaguez incident saying that the renewed bombing of
Cambodia at that time "gave an undeniable and needed lift to the nation’s
spirit." A Congressman calls for the re-invasion based on the Khieu
Samphan "interview." And so on. That, I ernphasize, is the real
worId. This is the context in which we are discussing the need for care and
scrupulousness about facts.
Let me now turn to your specific comments. I will consider each of thern, in turn.
1. You state that the journalist in Prachachat quoted an unnamed official of
the new government. Let me first add a
correction, based on parts of the text omitted in the French translation you
supplied. The Thai journalist was not
quoting an official of the Cambodian government, but rather a
"neutral" individual who was reporting his interview with such an off
icial. Thus the chai~f transmission is even longer – hence more dubious -- than
we wrote, not having access to the original at that time. Furthermore, now that the context is clear,
I discover that the Khmer official, according to this third-hand report was
saying that the vietnamese methods were "too slow" -- not in killing
people, as assumed by Lacouture in his comments comparing the Vietnamese to the
Nazis on the basis of this "telling article" in a "Cambodian
government journal," but in returning "certains rnédecins,
instituteurs, professeurs, et même cerains soldats de l’ancien
gouvernement » to productive lives in the new society. The text continues
(this too is omitted in the French translation you supplied) with a claim that
the Khmer government is working for deprived and needy people and that the
accusations of ruthlessness come for the most part from the upper classes and
wealthy. The Thai reporter evidently
felt that the interview serves to counter the atrocity stories being circulated
in the Western press. You reported none
of this in you book.
Now one can draw
what inferences one likes from the actual material, but I think it is now
transparent that Lacouture’s conclusions about Beria, Hitler, and Nazi
Gauleiters, are very far from the mark, and that your reference to the article
is also quite misleading. Of course it is only Lacouture’s conclusions that
have entered he historical record, as I have already noted, not the true facts
on which they are allegedly based.
You say that it
doesn't matter who used the "evocative illustration" of the
overturned fruit-basket and that you do not understand our comment atout the
lengthy chain of transmission, which in fact included an additional link that
we did not then know about. I should
think it is obvious that the actual context is quite crucial in this case, and
had it been available to the reader of the NY
Review or your book, very different conclusions would have been drawn than
those that have "entered history."
I might add that
Lacouture, in his « corrections, » felt, like you, that it did not
matter much who uttered an inhuman phrase (as he put it), a Cambodian
government official or a Thai reporter quoting a neutral observer who allegedly
interviewed an unnamed Khmer Rouge official. I someone were to argue in this
fashion about some alleged American atrocity, no one would take it seriously. I
do not see why the situation is different in the present case. I do not know how to make the point more
obvious, and hope that you now agree with it.
I should perhaps add further that Lacouture’s "corrections,"
in this and other respects, provoked some acid correspondence, which the NY Review refused to print. For example,
my friend Salvador Luria, a Nobel laureate in biology who was probably the only
other person in the United States to have actually read your book at that time,
wrote that in his field, when someone publishes conclusions based on certain
evidence and then discovers that the evidence was false, he does not then
publish "corrections" in which he withdraws the evidence and
reiterates the conclusions -- but evidently things are different in the field
of journalism, as indeed they are.
2. I arn interested in the background of your
thinking with regard to the Khmer Rouge "boutade." I have reread our passage on this subject,
and find nothing that I would want to change in it. Evidently, you and I disagree with regard to the nature of
quotation. When material appears in
quotes, and is attributed to some person, I assume that that person is alleged
to have made the remark in question. I so interpreted your statement in Le Monde, and so, evidently, did
Lacouture, though he falsified both the attribution and the numbers. Given the
actual facts as explained in your letter, the version in the book
(« redoutable boutade ») is closer to accuracy, but I would still
question your practice of placing the remark cited (with still different
numbers) in quotes, as you did. It
would have been more appropriate, in my opinion, to outîme the actual
background as you did in your letter, noting that the earlier reference in Le Monde no longer conformed to your
understanding. I agree that the change in your book was « in a spirit of
truth, » as you write in your letter, though Lacouture's rendition went
well beyond the original in the opposite direction. The discussion in our article seems entirely accurate, so far as
I can see.
3. I don't quite understand your objection. We stated that the slogans cited by
Lacouture from pp. 72-3 « appear to be slogans remembered by
refugees » rather than « texts distributed in Phnom Penh, » as
he falsely stated. The difference is obviously significant. You state that in
fact these were slogans repeated to you by refugees, exactly as we
surmised. You add that the slogan
"totally crush the enemy" appears on the radio, which is interesting,
though I do not see the relevance. Your book did not so indicate, and since you
often did give radio sources, we could only conclude, particularly in the
context of refugee memories, that this was another such example. Furthermore, I
see no particularly significance in the difference in this case. Of course, if one interprets
"enemy" as you do, then the slogan is blood-curdling -- and in fact,
comparable to standard expressions of American propaganda with regard to the
people of Japan and Gerrnany, at the time of the air massacres in 1944-5. Your statement that one
"rnust" interpret "enerny" in your way seems to go beyond
any facts that you present, though I personally would not be surprised if this
were the correct interpretation. In any event, I see no bearing on what we
wrote. Your comments are interesting, but do not by any stretch of the imagination
show that what we wrote about your book was misleading, as you state.
As for the letter
you cite from Mongkolborey, it seems to accord with reports of refugees. I have
recently received a letter from Michael Vickery, to which I will
return later, that has some useful relevant inform. As you know, he is one of
the very few serious Western Cambodian scholars and is fluent in Khmer. He reports atrocities against peasants in
that region going back to 1952-54, including such pleasant pastimes as tearing
infants in half for sport (as reported to him by participants in the government
armies), and concludes that the reports of bitter and brutal vengeance are not
at all implausible. This does not justify the brutality, but may well help to explain it. No Frenchman should
be surprised. I will return later to the horrendous massacres perpetrated by
the resistance at the end of World War II, which you do not seem to appreciate
accurately. As you yourself report,
comparable brutality took place both before and during the war on the
government as well as the Khmer Rouge side, and we need not dwell on the
atrocities committed by the Americans, or the French before them. The latter,
incidentally, are generally suppressed in Western literature, but with regard
to Vietnam, at least, they are well studied, for example, in a book by the
Vietnamese scholar Ngo Vinh Long published by MIT Press in 1973. Again, I agree
with you in feeling horror at the contemporary events, adn the events that led
up to them, but that was certainly clear enough from our review.
As to whether the government or
local chief s were responsible, it seerns to me an open question. Your conclusions may prove to be correct,
but others, as you know, have drawn quite different conclusions: e.g., David Chandler and his student Ben
Kiernan, both of whom note the preponderance of stories from Western Cambodia,
where Khmer Rouge influence was slight and there was a long history of
atrocities such as those cited above. I
return to this matter directly. We left
the question open in our article, and it still remains open, so far as I can
see. I might note, incidentally, that there is evidence directly counter to
your assumption, for example, in the interview with Peang Sophi published by
David Chandler, where Sophi claims that « angkar had ordered these executions stopped. » Admittedly,
evidence is sparse, but I know of nothing to resolve the issue, and little
basis for your conclusion.
4. Your
remarks in the first paragraph indicate, as I surmised, that the estimates of
dead cited were quite worthless. Anyone
who has followed affairs in Indochina, or who uses his common sense, will
understand that French diplornats, the American Embassy in Bangkok, or Catholic
charitable services, are not reliable sources, with regard to such matters. For
many years, American and French sources (e.g., Bernard Fall, who in this case
was deluded by the propaganda system), were citing numbers ranging from 50,000
to 700, 000 as casulies of the North Vietnamese land reform. It was finally
demonstrated, in the early 197Os, that the whole story, including the numbers,
was a fabrication of American and Saigon intelligence, and recent careful
studies (e.g., a dissertation by E.Moise at the University of Michigan)
indicate that the number killed may have been on the order of a few thousand.
There are a great many similar examples.
Surely this dismal record must inspire caution. I would not cite a Russian diplomat or the
Albanian Embassy for estimates of American victims in Indochina. Exactly the same standards of rationality
and objectivity apply in this case. I
have already discussed the Famiglia
Cristiana matter.
With regard to the number 200,000 killed by American bombs, Porter and
Hildebrand, whose documentation is, to my knowledge, quite accurate, cite the
Phnom Penh Domestic Service, May 9 1975, which
gave 200,000 as the figure including "killed, wounded, and crippled for
life." Kiernan gives the same reference.
If indeed you are correct in your memory that the radio on some other
occasion spoke of 200,000 killed, this should only reinforce our natural
skepticism about relying on such estimates. The figures of 800,000 dead and
240,000 wounded seem to me "implausbile," whether cited by Khieu Samphan
on the radio or not, for obvious reasons; such ratios of dead to wounded seem
quite inconsistent with what is known from other sources.
You then state
categorically that Sampson's statement that the number executed is in hundreds
or thousands rather than hundreds of thousands is false. Later in your letter
you say that you are flattered to be compared with Nayan Chanda, whose
conclusions you say seem close to yours. However, Nayan Chanda cites Sampson’s
letter in support of his skepticism regarding the numbers killed (Le Monde diplomatique, Mai 1977). Elsewhere he, like others, have cited the
figures of probable killed as in the thousands, which is no doubt why he
regarded Sampson’s letter as plausible.
Vickery and others who have tried to sort out the
grim statistics also speak of wildly exaggerated claims. It is not at all surprising that estimates
should vary so. In the case of the liberation of France, for example, the
numbers massacred by the resistance are estimated at 30-40,000 by Robert Aron
in his authoritative history of the resistance, and at 7 million by a
collaborator whom he cites. Had the Nazis remained a major world power, the
latter figure would be the one that would prevail in their domains, no doubt.
From where I stand, amidst the welter of unsupported claims, I feel that
I can only echo Nayan Chanda, whom at least we agree in regarding as a serlous
observer: that the number killed is
probably in the thousands, perhaps more, and that probably no one will ever
know. As for the claims of Barron and Paul, Lacouture, or the American
government, I see no reason to give them the slightest credence. Our remarks in
the article on this subject seem to me entirely accurate, so far as I can
judge.
I am not sure why
you "painfully smile" at Sampson’s remark that "one cause of
depopulation was emigration"; he does not say that it was an
"important cause," as you state, but that it was « one
cause », nor did he imply that it had assumed « catastrophic
proportions » (our term). I see no inconsistency between his statement and
what you and others have reported about this matter.
5. Here, I am afraid, your
remarks become extremely careless. I
did not say or imply that « the refugees are not credible ! »
(with or without the exclamation mark). As you yourself concede in the next
sentence, contradicting yourself, I said that their evidence must be taken
seriously. I did not take any "a priori" stand on the matter, but
merely asserted what every serious observer knows to be true; that refugee
reports are often extremely unreliable and must be treated with great caution,
as I and others have emphasized (citing my discussion of this point in At War with Asia). My further comments in this regard are in no
way different than those of Nayan Chanda, for example (op.cit.). I have no
interest in writing history on the basis of preconceived ideas, but I do insist
that one show the normal caution in dealing with refugee reports, specifically,
under conditions such as those of the Thai-controlled refugee camps. Some
people (e.g., Chanda) have taken such caution.
There is little evidence in your book that you have taken comparable
caution. You refer me to p.223 of your
book where you state that the refugees report what they have seen or heard with
their imagination and nostalgia tending to exagerrate and distort the facts.
That is hardly adequate. There is
direct evidence (e.g., Kiernan) that refugees have also invented facts,
understandably enough, under pressures from the Thai police. Others have also
reported examples of changed stories (e.g., patrice de Beer). Furthermore, anyone who has interviewed
refugees under such conditions is familiar with the problem, to which I return
in a moment, since I want to respond to your comments in turn.
You object to my statement that "Ponchaud’s book lacks the
documentation" of Porter and Hildebrand and that "his account is at
best second-hand." Both statements, however, are obviously true. A simple check of references confirms the
first; as for the second, are you really saying that your account of what
happened in Cambodia after you left is first-hand ? Surely not. Thus your objections are groundless.
You then ask how many Khmer refugees I have interviewed. The answer, of course, is: None.
The question seems irrelevant, however, since I claimed nothing
else. I did say that I had interviewed
refugees from American bombing in Laos, and as I was very careful to point out
in articles on the subject, had discovered a great variety of stories and
attitudes, and had observed that very careful questioning was necessary if one
wanted to sort out what might be the basic truth, amidst the massive
superficial contradictions. Any careful observer would insist on the same
point, particularly under the conditions of refugee camps. You say that Laos was another country with
another mentality, but I’m afraid that I cannot accept the implicit claim that
somehow comparable factors are not operative in the Cambodian case, particularly,
when virtually all serious observers (I exclude Barron and Paul) agree with my
conclusion on this score. You add that
neither I nor anyone else has shown the reports you cited to have been
falsified, which is of course true, but hardly relevant. Since no one has access to those reports, it
is impossible to show anything about them.
Nor has anyone, to my knowledge, claimed them to have been falsified;
certainly I have not. May I remind you
that we wrote that your book "is serious and worth reading, as distinct
from much of the commentary it has elicited" and noted your "grisly
account of what refugees have reported to [you] about the barbarity of their
treatment at the hands of the Khmer Rouge." The point that I and others have made is that there is no
internal evidence in the book of much care with analysis of these reports, and
virtually nothing is said in the book about the obvious problems that such
reports pose, something that I nd others have discussed at length.
I am familiar with
your remarks in the footnote on p. 10 to which you refer me. Indeed, that
footnote raised skepticl doubts in my mind, though I did not express them in
the review. Thus it is dubious practice to rely so heavily on written reports
of refugees ; careful questioning is always necessary, in such cases, as you
yourself emphasize in your letter (see below). Furthermore, it is striking that
reports are overwhelmingly from middle class refugees, and in fact from
literate refugees. As I and many others have discovered, and as anyone would
know simply using his common sense, such reports are often by no means
typical. As far as I can see, then, our
comments in this
regard were quite accurate, perhaps even understated.
You say in your letter that you "could have added" that you
relied on oral testimonies, but naturally, in reviewing your book I could only
make use of what was there, not what you could have added. I am much interested
to learn, however, that you have further evidence, and do hope that you will
present it, as I did in the case of Laos, and as others have done, repeatedly.
I arn pleased to learn of the precautions you describe in your letter. Surely these are necessary, and it is
unfortunate that you did no also detail them in the book ; again, it was
the book which was, necessarily, the source of my comments. Let me stress again
that, as we said, these refugee reports must be taken seriously, but as always
with refugee reports, with considerable caution. Since your comments in your letter (though not in the book) indicate
that you agree, I fail to see any basis for your criticism of my remarks.
I appreciate your kindness in offering to let me see your documents, but
since unfortunately I know no Khmer, I am afraid that I cannot take you up on
your offer. Perhaps you might want to
make them available to qualified scholars.
Once again, I stress that you have quite rnisread what I clearly wrote
about the credibility of these reports.
I have no "a priori" position on the matter, no preconceptions
to which I adhere, and no initial unwillingness to question conclusions based
on careful analysis.
You then state that I am "wrong" in giving
the impression that refugee accounts come "alrnost exclusively" from
the North West. In your « Cambodge
Libéré » you made exactly the point that I mentioned, if I recall correctly,
denying that there was evidence of "massive purges" outside of
Battambang-Siem Reap. The sarne point
has been made quite explicitly by David Chandler and others. It may be that the
story is the same throughout, but as I am sure you will agree, the reports
froern refugees do very largely come from refugees from the Battamban-Siem Reap
region, where Khmer Rouge influence was generally weak, and where there was
quite a history of brutality and ample reason to expect the vengeance described
by Peang Sophi and others. I see no reason to qualify my actual rernarks, in
this respect.
I have already commented on your reference to
p. 223. I am interested to note that
you yourself report that af ter two hours of discussion with a refugee, you
were « able to expose him as false, » which supports my conclusion,
noted above, that interrogation is quite important, as compared with written
records. It would have been good to have mentioned this fact in the book.
In the letter from Michael Vickery, which I
mentioned, he reports that when he visited refugee camps in Thailand, without
an interpreter since he is fluent in Khmer, he quickly discovered in many
conversations that refugee reports varied very greatly, and that there were
many disputes among refugees as to what they had experienced. The apparent
consistency of refugee reports, he writes, is an illusion. Furthermore, he was
told by refugees that the camp directors singled out specific refugees who had
brutal tales to tell for the benefit of Western visitors, thus creating an
illusion of consistency. As an outside observer, I see no reason to doubt his
credibility, which I know, on other grounds, to be substantial. I assume that
you would agree.
You say that
"now the refugees are forbidden to speak to strangers, contrary to what
[I] wrote." I have no idea to what
you are referring.
You deny the
assertion that you "have not based [your] work on any serious
documentation." But I made no such
claim. Rather, I said something quite
different, and quite correct: that your
book lacks the documentation of Porter and Hildebrand. You report rnany facts (e.g., about the rice
supplies), but with very few references.
That is what is meant by "lack of documentation." As to the
documentation on which you based your work, obviously I had no idea. I can rely only on the printed record.
You then say that Patrice de Beer’s report of the fall
of Phnom penh was a "scandal" and that he was called back to Paris in
view of its serious failings. I find that claim surprising. In the first place,
I note no striking difference between his report and those of schanberg and
others. Furthermore, I had been informed that he had returned to Paris to take
on a more responsible position at Le
Monde. I am interested, of course,
in your account of how the Le Monde
story was distorted, and if there is any record, would be happy to see it, and
to inquire with de Beer as to his side of the story.
I am not sure that I follow your remarks about Kiernan. You refer
sarcastically to his receiving a refugee in a "flat in Bangkok,"
implying that he did not interview refugees incamps. He states (Australian
Outlook) that his reports are based "on my interviews with refugees
from Cambodia in the Lumphouk and Aranyaprathet refugee camps in Thailand, and
in Bangkok," and in Australia. Are
you asserting that his statement is false?
If so, that is a serious charge, and I would be interested in your evidence. Are you saying that there is something wrong
with his also interviewing refugees outside of camps ? If so, how do you justify your own practice
in doing exactly the same thing, as indicated in your letter ? You then
write that Kiernan’s comments are interesting, but have generally been said
before. I take it, then, that you regard
these familiar comments as credible. He
concludes that most of the violence has taken place in northwest Cambodia,
where Khmer Rouge organization and influence was slight. He cites evidence that
at the end of May 1975 « the revolutionary government in phnom penh
ordered an end to reprisals. » He reports that « the great majority
of the refugees can be divided into three groups : former Lon Nol
soldiers, former urban dwellers, an farmers from Battambang and Siem Reap
provinces, » citing Western and Thai journalists and American
officials. He reports that over a third of the refugees at Aranyaprathet are
former Lon Nol soldiers and many of the refugees are former Khmer Serei
commandos, and that « very few peasants, if any, have fled to Thailand from
other parts of Cambodia. » He quotes a refugee as saying that in
Battambang the rich were being "persecuted" while the poor were
better off than before, and cites corroboratory letters from Cambodia. And so
on. If all of this is, as you say, interesting and familiar (and presumably
credible; at least, you do not challenge the credibility), then the factual
situation is plainly quite different, radically so, frorn what Lacouture
portrayed, and considerably more complex than what you conveyed.
I quite agree with you that one should maintain a highly critical
attitude towards statements by the Cambodian governrnent, but fail to see how
this comment relates to anything I wrote.
Perhaps you are right about the "catastrophic" nature of the
deportation from Phnom Penh. I have no
doctrine on the matter and nothing that I wrote suggested otherwise. I did refer to the fabrication of evidence
in this regard by Barron and Paul, but the demonstration of their fabrications,
and of the incompetence (at best) of scholars and journalists who quote them
without referring to such obvious falsehoods as those we mentioned, in no way
implies that the evacuation of Phnorn Penh was not catastrophic. I hope that the point is obvious. There are, as of course you are aware, quite
varied accounts of the nature of that evacuation. Thus to cite one that greatly disagress with your conclusions,
there is the account of Chou meng Trr, published in Australia, with which which
I presume you are familiar.
Your statements about the crops seem curious to me. You say that the rice was taken away for
foreign trade, though the official export figures are low. Presumably, you have evidence that rice has
been exported secretly, causing starvation among the population. As before, I have a completely open mind
with regard to this charge, and would be very rnuch interested in the evidence
that you can provide to back it up. I think it would also be valuable if you
were to provide this evidence to Nayan Chanda, who, in his discussion of this
subject, has no inkling of it. Since
this is a serious charge, I must assume that you do have evidence, and would
therefore be most interested in seeing it.
You object to my
failure to point out that Long Boret's estimate of an eight-day supply of food
might be explained by his ulterior motives.
That comment too strikes me as odd. Surely the serious lapse was your
failure even to cite his statement, or to cite the report attributed to
American AID officials that corroborated it.
In comparison with that serious omission on your part, my failure to
discuss Long Boret’s possible motives seems quite irrelevant. My point, after all, was simply to show that you gave no source
for an estimate on which you based much of your criticism of the evacuation,
and that you omitted important evidence that would appear to run counter to
your unattributed claim.
You say next that
you regard the conclusions of Chanda and Shawcross to be closer to yours in
some respects than to mine or to those of Hildebrand and Porter. I would agree that their conclusions (which
are not identical) are rather different from those of Hildebrand and Porter, as
they are quite different from yours. As
to where in the spectrurn they fall, I don't quite know what measure to
apply. As for a comparison to my
conclusions, if you look back at what I have written you will see that such a
comparison is quite impossible, because I drew no firm conclusions with regard
to the situation in Cambodia. Rather,
our concern was to evaluate such evidence as we could obtain and to
demonstrate, as I think we did, the outrageous lies and distortions of the
Western press. Our conclusion was, very
sirnply, that "we do not pretend to know where the truth lies amidst these
sharply conflicting assessments." Again, you are reading what we wrote
with certain preconceptions, and missing its content, I am afraid.
You express
surprise at the "prejudices" I show toward others, referring to my
statement that your work has an anti-communist bias and message. Surely it is
not in question that it has an anti-communist message, perhaps quite properly
so. Much of my own work has an explicit
anti-communist message, but in noting this fact, i do not conclude that I am
prejudiced against myself. As to whether your work has an anti-communist bias,
I did read it that way, and cited some of the reasons for that conclusion --
for example, the treatrnent of the matter of rice stocks just discussed. Recall
that we also clearly stated that you had had given « a rather positive
account of Khmer Rouge programs of social and economic development » and
had quite properly discussed the brutality on all sides in the background, as
distinct, for example, from Barron and Paul , whose disgraceful work avoids any
mention of the American role in Cambodia.
I feel, in rereading, that our account of your book was fair and
balanced, and am sorry if you disagree.
Note that we nowhere implied that what you have written is false, or
that it should be disregarded. Quite
the contrary.
Turning now to
Lacouture’s comparison of the Khmer revolution to Nazisrn, since I make no
claim to knowing the facts, given the highly fragmentary and often conflicting
evidence, I cannot say that he is wrong, nor did I. What I can say, and do say, is hat he provided no evidence whatsoever
for this conclusion. Rather, he
presented gross falsehoods, attributed falsely to you, and then concluded on
the basis of these that hte khmer Rouge are comparable to the Nazis. Af ter correcting most (not all) of these
falsehoods, thus leaving his original charges without any factual basis that he
had presented, he then went on to reiterate the charges, asserting that it does
not really matter whether an inhuman phrase was uttered by a Cambodian official
in a overnment newspaper or reported through a remote chain of transmission in
a Thai newspaper, or wether the numbers killed was in the thousands or hundreds
of thousands. I find this conclusion absolutely astonishing, for exactly the
reasons we wrote. And I wonder, to
repeat; whether it also doesn’t matter whether the number of people killed by
the Americans at My Lai was 400 or 40,000, or whether the number massacred by
the French resistance was 40,000 or 4 million (if a factor of a hundred is
unimportant). You are convinced that
his comparison to the Nazis is more correct than a comparison to the liberation
of France. Perhaps so, but I wonder
whether you are familiar with the record of atrocities compiled by the French
resistance after liberation, under far less onerous conditions than those of
postwar Cambodia. I am interested in
your conclusions, and am far from disregarding thern. But I am not very much convinced by the evidence you produce to
support your claim that a comparison with the Nazis is more appropriate than a
comparison with the French resistance, with its 30,000-40,000 victims by
friendly estimate, or 7 million victims by the estimate of collaborators
(which, to be sure, Aron regards as "exaggerated").
With your final
comments I am in general agreement.
France and to a far greater extent the United States, ravaged Indochina
and laid the basis for much of what has happened since. The United States not only refuses to help
heal the wounds of war (in the terminology of the treaty it signed but will not
honor) but also is insistent on preventing others frorn doing so -- for
example, by denying "Food for peace" aid to countries, such as India,
if they dare to trade with Vietnam. At
the same tirne, there is no doubt that the Khmer Rouge bear responsibility for
many atrocities, as did all other combatants in the brutal wars that have raged
in indochina. Let us by all means be objectiveand try to ind the truth. Let us
also recall the very serious consequences of contributing to the diffusion of
lies and falsehoods on a massive scale, as in the rnany cases we docurnented in
our article, or as in the case of the Farniglia
Cristiana interview which you mention in your letter.
Let me repeat rny
major point. You are in a remarkably
favored position to help bring out the truth about Cambodia, and to stem the
flood of lies that are being produced by people like Barron and Paul, who
insist on citing you as a source. The
responsibility to truth, to the people of Cambodia, and to other potential
victims of imperial aggression demands no less.
Sincerely yours,
Noam
Chomsky
cc : Robert Silvers
— Manque la lettre de Ponchaud à Chomsky du 27 ou du 29 décembre 1977,
partiellement reproduite dans la lettre de Ponchaud à John Barron du 30 juin
1978 (cf. infra).
— François Ponchaud à Noam Chomsky, Romainville, 18 mai 1978.
Monsieur,
Dans le journal danois Informationem du 25 avril, Mr Malcolm
Cadwell [Caldwell] a cité une lettre personnelle que vous lui aviez écrite le 4
mars 1978. Je ne possède de cette lettre qu’une traduction en français, -
« en troisième main » -, et je ne puis juger des termes exacts
employés. La traduction porte :
« De ma correspondance
privée avec Ponchaud, - dont tu auras lu des extraits dans le dernier numéro de
News from Kampuchea, il ressort tout
simplement que c’est un … (est employé un terme que nous pourrions considérer
comme injurieux, aussi nous ne l’employons pas.) »
Un peu plus haut, lors de
l’interview de Mr Caldwell, le journal écrivait :
« A la question de
savoir si Ponchaud est un escroc, Malcolm Cadwell répond… » [C’est
l’interviewer danois qui pose la question].
Je suppose donc que c’est de
ce terme agréable dont vous me gratifiez dans votre lettre. Je vous saurai gré
de bien vouloir m’en envoyer une copie, puisqu’elle est maintenant publique, et
que je me sens particulièrement concerné.
Laissez-moi cependant vous
dire que je suis pour le moins, étonné de vos procédés. J’ai beaucoup apprécié
vos prises de positions contre l’agression américaine au Viêtnam et au
Cambodge ; j’apprécie la rigueur intellectuelle de vos écrits et même de
vos critiques de la propagande actuelle dénigrant le Kampuchéa démocratique. Mais
qu’un linguiste de votre renom se permette le procédé aussi bas que de salir
une personne pour diminuer la valeur de son témoignage me déconcerte. Cela me
semble peu conforme à une méthode scientifique de recherche de la vérité
historique. En France, cela pourrait même être l’objet de poursuite judiciaire
en diffamation. Sans doute une partie de nos conclusions divergent, mais je
respecte les vôtres, respectez les miennes. Je vous permets d’apprécier les
événements d’une manière autre que moi-même, et vous accorde le préjugé de la
sincérité personnelle : accordez-moi simplement la réciproque. Certes je
ne prétends pas appréhender la révolution cambodgienne en totalité dans sa
complexité, mais vous non plus, je suppose.
D’une manière générale, je
suis d’ailleurs fort surpris des procédés de gens prétendant défendre le Kampuchéa
démocratique (entre parenthèse, je pense le défendre beaucoup plus que
beaucoup). J’ai participé, comme vous le savez, au Hearing d’Oslo sur la
situation au Kampuchéa démocratique, les 21-23 avril dernier. On pouvait
critiquer beaucoup de choses dans ce « Hearing » : il était
organisé par des gens de « droite », mais tous les gens de
« droite » sont-ils pour autant malhonnêtes, surtout lorsqu’il s’agit
des droits de l’homme ? Sans doute le président des USA a voulu récupérer
ce hearing pour soutenir sa politique, mais Mr Meyer et moi-même avons montré
notre désaccord en quittant la salle ; sans doute les experts, notamment
américains, n’étaient pas tous de bons connaisseurs du Cambodge, mais monsieur
Meyer a une connaissance que beaucoup d’autres n’ont pas ; sans doute on
pouvait critiquer les témoignages des réfugiés-témoins, mais ils avaient pour
eux d’avoir vécu au Kampuchéa démocratique et de connaître une partie,
fusse-t-elle infime, de la vie au Kampuchéa, sans doute le panel de « questionneurs »
était limité et l’opposition n’avait pas la parole, je le regrette, mais les
invités de l’opposition, et notamment ceux du Kampuchéa démocratique, ont
préféré pratiquer la politique de la chaise vide ; sans doute souvent ce
hearing apparaissait comme un tribunal voulant condamner, mais Meyer et
moi-même nous nous sommes opposés violemment à toute condamnation, au risque de
nous faire passer pour opposants ; etc., etc.
C’est volontiers que je
reconnais les limites de ce « hearing », dans l’organisation duquel
ma participation fut moindre que celle avancée par les journaux de gauche. Cependant
« l’alternative hearing » présentait des carences encore plus
criantes : la seule défense préventive était de discréditer les experts
(pour ma part en reprenant un article de Libération
d’avril 1976 avec des aberrations que les auteurs on eu le ridicule de diffuser
sans même les vérifier), les réfugiés témoins que Caldwell a eu l’audace de
traiter de « nazis » ; durant les sessions de cet
alternative-hearing auxquelles j’ai participé, nous n’avons eu droit qu’à la
critique (parfois motivée) de la presse internationale, qu’à la lecture de
textes officiels en provenance du Kampuchéa (que tout expert se doit de
connaître, mais aussi de vérifier l’exactitude), que de la présence d’un
Kampuchéean en France bien avant le changement de régime, et qui ne connaît
donc le régime que par la presse officielle, que d’un film de propagande.
Je ne doute pas de la
sincérité des militants de cet alternative hearing, bien qu’ils doutent de la
mienne, et me prêtent les plus noirs desseins (ne juge-t-on pas autrui selon
soi-même, selon un dicton français), mais c’est leur démarche intellectuelle
qui me laisse rêveur : salir les gens avant de les entendre est un procédé
trop vil pour que je le respecte ; ne jamais accepter les limites de ses
connaissances, et éventuellement ses erreurs de jugements ou d’appréciations me
déconcerte, surtout quand ces jugements et appréciations sont le produit de
réflexion idéologique, et non de la constatation des faits ; utiliser à
outrance de petites erreurs matérielles pour déconsidérer tout un travail
d’ensemble me laisse pantois. Absent d’Europe depuis plus de dix ans, je suis
vraiment étonné de telles démarches intellectuelles que je ne saisis pas, je
vous l’avoue franchement. Progrès ou déclin de la pensée occidentale ? Recul
de l’esprit scientifique ou réaction contre lui ? Appréhension différente
du réel ? Beaucoup de questions se pose[nt] à mon esprit qui reste
résolument ouvert à toute interrogation.
C’est sans aucune agressivité que je vous écris ces quelques
lignes, espérant, que même si nos positions ou nos conclusions sont
différentes, nous travaillions ensemble à la construction d’un monde plus juste
et plus fraternel. Croyez que dans toute la mesure du possible je défends le
Kampuchéa démocratique, en dépit des réserves sérieuses que j’ai pu faire
concernant les violations des droits élémentaires de l’homme dans ce pays. Il
faut éviter à tout prix, et je m’y emploie, que la dénonciation des violations
des droits de l’homme au Kampuchéa démocratique ne soit utilisée par la
propagande viêtnamienne qui depuis quelques mois se donne des armes pour
intervenir militairement ou autrement dans les affaires intérieures du
Kampuchéa.
Veuillez
croire, cher Monsieur, à l’expression de ma considération hautement distinguée,
François Ponchaud.
CC. Bob Silvers.
— Noam Chomsky à François Ponchaud, Massachusetts, M.I.T., June 5
1978.
Dear Father Ponchaud,
I can easily understand your irritation at
seeing in a Danish newspaper a translation of a personal letter of mine to
Malcolm Caldwell in which you are mentioned. I was no less outraged. There is,
plainly no way to prevent an unscrupulous journalist from publishing material
that somehow falls into his hands. I
understand that Caldwell protested to the newspaper in a letter, and that
someone who accompanied him when when he unwisely showed the personal '
aîndttthr to the joûrnalist also protested. Evidently, there would be no way
for me to ensure that a personal letter that I send to a friend does not find
its way, somehow, to a journalist so unethical as to publish some version of it
without inquiry or authorization. I’ve
been told that I could sue the newspaper for violating international copyright
agreements, but that would surely be pointless. I can take no responsibility
for the fate of personal letters to friends, and feel no compulsion to restrict
personal letter, in style or content, to what I would edit to put into print. I
trust that all of this is obvious.
I am afraid that I see no basis for the
criticisms in your letter. I wrote my personal opinions frankly to a personal
friend. I have no idea how you express yourself to personal friends, and do not
care to know, and cannot conceive of requesting that you send me personal
letters of yours. Again, all of this seems obvious. It does not mitigate the
personal damage done both to you and to me by a dishonest journalist, but I do
not see what can be done about that.
I will tell you quite frankly that I was
surprised, even shocked by your letter of 29 December 1977. You write that you
were "delighted" by the impact of Lacouture's articles -- in your earlier letter you had vritten,
more as I expected, that you were chagrined at the falsification of the
contents of your book. You say in your Dec. 1977 letter that you felt no
obligation to respond to him in public. With that I agree, but recall that my
letter asked why you did flot inform him in private of these extremely serious
letters. I cannot understand that, as I cannot understand your expressed
delight in seeing serious misrepresentations of your vork -- particularly,
since these misrepresentations gain exceedingly wide coverage, given that they
are so welcome to Western readers under the prevailing conditions that I
described to you in my earlier letter, and that you must now perceive very well
yourself, having spent some time in the West -- indeed, your comnents on Oslo
indicate as much.
You say further that a "journaliste
engagé" has a perfect right to express his opinions freely, which is not
in doubt. The question is, however, whether this right extends to falsification
and misrepresentation. Anyone can make mistakes -- no crime in that. It is for
that reason that I wrote privately to Lacouture, bringing the errors to his
attention, rather than trying to make a public issue of it. I wrote publicly
about it, in the Nation article which
you have sean, only after the "Corrections" appeared. These
corrections I felt to be quite inadequate, for reasons that go well beyond
anything that I put in print, and I have written several letters to Lacouture
(and Silvers) on this matter. The press, not to my surprise, did not make
honest corrections, with one exception. I have been informed, incidentally,
that Lacouture's « Corrections » did not appear in France in NO [Nouvel Observateur], but I cannot believe that this correct.
I feel, as I wrote you, that it was quite
definitely your responsâbility not to make a public statement on the matter but
to approach Lacouture privately, particularly given your concern for truth and
the Khmer people. This is a very serioous matter given the context in which
Lacouture’s article appeared in the US and France, which I outlined to you in
my earlier letter and which must by now be obvious to you in any event. I
cannot understand your reticence on this score.
Still more surprising to me is your reaction to the Famiglia Cristiana matter. You write
that the Solarz' proposal in Congress for American intervention would be the
ultimate catastrophe -- we agree. You recall that he based this proposal on the
alleged "admission" in the FC
interview, which you know to be a fabrication. Furthermore, as you know, this
fabrication has bean widely repeated in the world press, after first appearing
in a book that cites you as the sole scholarly consultant. Evidently you and
Barron are friends, judging by his affectionate references to you in the
published Congressional Hearings and elsewhere. Yet in the face of this you say
only that "each author has freedom of thought," and you feel no
necessity to inform Barron and Paul, even privately, that their citation of the
FC article, which has already had substantial repercussions worldwide, is
based on a fraud. I do not see why your responsibility to truth and the Khmer
peopie, which you eloquently express, does not reach so far as a personal
letter to Barron explaining these facts to him -- minimal honesty would than
require that he make them public -- let alone a letter to the editor of one of
the many journals that has published these falsehoods, with their very serious
effects, given the moral and intellectual climate of the West. Surely this
should be particularly obvious nov, with the rising chorus of interventionist
propaganda in France and the US, so reminiscent of the early Kennedy period.
You say that not being a journalist, you
possess no public platform. That is a very serious misunderstanding. Surely you
know that your book, a year ago, was one of the most publicized unread books in
recent history, as a result of Lacouture’s review and the press response to it.
Your prestige as an expert on Cambodia
is incomparable worldwide, not only because of our own book but because of
lacouture’s review and of course the Barron~Paul references to you as a source
in a book that has been published in millions of copies in many languages
(including the worldwide translations of the Readers Digest). You have a public platform on the issue of
Cambodia, well beyond what I or anyone like me can command. Surely that is
entirely obvious. Anything you chose to write or say on the subject is
guaranteed a wide hearing. In contrast, someone like, say, Sampson (I still
await some confirming evidence for your sharp criticism of him) is reviled as a
"psychotic" perhaps, despite his personal and specialist knowledge,
not because there is empirical evidence contradicting his analysis, but because
what he says is uncongenial to the current Western temper, in a period of
reconstruction of imperial and interventionist ideology, with the radical
falsification of history and current affairs with which you are by now
familiar.
Note that I do not, as you seem to believe,
criticize you for your opinions about Cambodia or your expression of these
views, and I only welcome the factual presentation of any material on which
they are based. With regard to what you have published, my views are exactly as
expressed in the article you have seen. It is what you refrain from doing that
surprises me, given its obvious human significance and the rare position of
prestige and authority that you now hold on this issue.
I was much interested to hear your reaction to
the Oslo events. I had read and written about Meyer's book some years ago, and
have also read his testimony at Oslo with interest and appreciation. It was, I
agree, enlightening, and also quite different from the material that floods the
world press.
As for the situation in Cambodia, contrary to what you seem to believe,
I have no definite views. I have read what you have written with great
interest, and also what has been vritten by other qualified specialists who I
mentioned in my first letter to you (among others), who reach rather different
conclusions. When I write about this matter again, as I will, I will try to
weigh the conflicting and quite inadequate evidence, no doubt once again
reserving judgment because of the many inconsistencies and the lack of
information given the closing of the country to all but the most limited
inspection -- reserving judgment, that is, on scale and character; that there
have been atrocities is not it doubt, as I wrote in the article you have seean.
As for the situation in the West, that is quite open to inspection. It
remains true that there is a stream of easily documented falsehoods concerning
Cambodia and Indochina quite generally, and it is easy o explain why this
should be the case, as was predicted years ago (by me, for example). You take
your primary task to be exposing what you take to be the truth about Cambodia.
No one can object; surely I do not, though I would again remind you that
correction of widely publicized falsehoods is a major contribution to
establishing the truth, and that your ability to carry out this task is unique
for reasons I have already mentioned.
I see my own primary task quite differently. I have no special knowledge
of Cambodia or access to information about it, and even if I did, I would see
my main concern as focussing here. The moral basis for this decision should be
obvious enough s that no comment is required.
There is no inconsistency between these understood
commitments, quite obviously.
I would like to urge you, once again, to reconsider your reticence
concerning the fabrications that gain such wide publicity and achieve such
public impact in the Western
literature. You are in a unique
position to correct these fabrications, at least in private though much
more effectively in public, thus contributing in a substantial way to the
search for truth and the defense of the rights of the Khmer peopie, to which
you express your dedication. Through no fault of your own, you have been drawn
into this web of falsification if only
by being cited as the consultant and sole scholarly autorty in a book in which
they appear.
I do not understand what Bob Silvers has to do with any of this, but
since you sent him a copy of your letter to me, I'm sending him a copy of this
letter as well.
Sincerely yours
Noam Chomsky
— François Ponchaud à Noam Chomsky, Romainville le 3 juillet 1978.
Cher Monsieur Chomsky,
Puisque
vous me demandez avec tant d’insistence d’arrêter le flot de mensonges répandus
par Anthony Paul et John Barron, je me suis décidé enfin à leur écrire une
lettre. Sans doute une démarche scientifique rigoureuse me vaudra un nouveau
qualificatif aussi agréable que celui dont vous m’avez gratifié dans votre
lettre à Caldwell. Mais qu’importe, je n’ai ni honneur ni thèse à
défendre !
Très
respectueusement vôtre,
François Ponchaud
— François Ponchaud à John Barron, Romainville le 30
juin 1978.
Cher Monsieur Barron,
Vous le
savez sans doute, la version américaine de mon livre Cambodge, Année zéro va être publiée le 17 juillet prochain
par les éditions Holt, Rinehart and Winston. Dans une « Author’s note for
English translation », je parle de votre livre en des termes qui pourront
vous surprendre. Pour éviter tout malentendu je me dois de vous écrire cette
lettre.
Dans une
lettre personnelle en date du 19 octobre 1977, répondant à une lettre de ma
part en date du 17 août 1977, mr Noam Chomsky, entre autres choses, me sommait de « stem
the flood of lies that are being produce by people like Barron and paul, who
insist on citing (me) as as source ». Le 29 décembre suivant je répondais
à Mr Chomsky que
personnellement, je ne me sentais pas « la vocation de gendarme international
de la vérité, vérité que d’ailleurs nous appréhendons tous fort mal, vue la
fermeture du Kampuchéa ». Concernant votre livre je répondais ceci :
« Vous me demandez de “ faire cesser
le flot de mensonges ” déversés par John Barron et Anthony Paul. En dépit de
demandes répétées à leur collaboratrice de Paris Ursula Naccache, je n’ai pas
encore eu la possibilité de lire leur livre. J’en connais les extraits publiés
dns la Sélection du Reader’s Digest
de février 1977. J’ai relu le texte avant de vous écrire : en dépit de
quelques erreurs de détail, l’ensemble reflète, hélas, la réalité. Je ne vois
pas ce que je pourrai contredire, sinon la référence à l’article de Famiglia Cristiana dont la faute
professionnelle n’est pas à imputer aux auteurs du livre. La genèse du livre
(version française p.224-226) retrace le cheminement personnel des auteurs qui
correspond au mien. Quand le manuscrit était encore au niveau d’ébauche,
Mme Naccache est venue me poser un certain nombre de question. En parcourant
les feuillets, j’ai remarqué un certain nombre d’inexactitudes de détails, et
surtout le manque d’analyse ; le ton général me déplaisait, car il
s’inscrivait dans la ligne d’un anticommunisme que je n’apprécie guère. Mais,
me suis-je dit, chaque auteur garde sa liberté de pensée. J’ai accepté de
donner mon témoignage sur ce que j’avais vu, puis mon avis sur la situation du
Kampuchéa, comme une source d’information parmi tant d’autres, ayant
l’assurance que mes propos ne seraient pas déformés. La parution de la version
américaine de Cambodge, Année zéro,
en juillet prochain, chez Holt, Rinehart and Winston sera une autre possibilité
pour les lecteurs américains, d’approcher la réalité cambodgienne.
Si Murder of a gentle land vous semble induire les lecteurs dans l’erreur,
Cambodia : revolution and starvation
de Gareth Porter et Hildebrand me semble devoir recevoir la même critique,
alors que leur but est diamétralement opposé à celui d’Anthony Paul et de John
Barron. Ils faussent gravement les faits : sous les apparences
scientifiques, avec une documentation fouillée, ils analysent surtout les
déclarations officielles, mais très peu le vécu actuel. (…)
Ne devrions-nous pas
demander et redemander avec insistance que l’autorisation soit donnée à des
journalistes sérieux ou à une commission de l’ONU d’aller visiter le
Kampuché : ne serait-ce pas là un des moyens d’arrêter “ le flot de
mensonges ” concernant le pays, si “ mensonges ” il y
a ».(…)
Cette
réponse, ou d’autres parties de ma lettre, n’ont pas eu l’heur de plaire à Mr
Chomsky, qui, dans une lettre privée à Mr Malcolm
Caldwell en date du 4 mars 1978 et publiée dans le journal danois Informationem du 25 avril 1978, me
traite gentiment d’ « escroc », si du moins j’ai bien compris les
points de suspension placés par l’éditeur du journal à la place de ce gracieux
qualificatif. Dans une lettre du 5 juin l’illustre linguiste reconnaît
implicitement m’avoir traité ainsi, sans toutefois me transmettre l’original de
la lettre comme je lui avais demandé ; il attribue la publication publique
de ses écrits à « an unscrupulous journalist », « a dishonnest
journalist »…
En avril
dernier j’ai lu avec l’attention que vous supposez la version française de
votre livre. Le jugement initial tel que je l’avais formulé plus haut ne m’a
pas semblé devoir être modifié. Je ne vous cache pas que votre livre me déplaît
par son anticommunisme, son absence d’analyse politique, son manque de
références à l’histoire et à la culture khmère, le silence sur la politique
scandaleuse de la France et surtout des USA qui sont en partie responsables du
drame actuel. La partie que je trouve la plus intéressante est l’introduction
de Jean Lacouture à la version française à laquelle je souscris
totalement : devant le silence complice qui entoure la souffrance et la
mort de si nombreuses personnes, « tout livre sur le Cambodge est le
bienvenu, fût-il fondé sur des sources insuffisantes, trop rapidement
contrôlées, voire douteuses. Ici, une semi-vérité vaut mieux que pas de vérité
du tout. » [Seulement une semi-vérité risque de laisser la place à un
semi-mensonge, et, lorsqu’il est question d’aller bombarder à l’autre bout de
la terre, le grand public se contente toujours de ce semi-mensonge avec les
conséquences désastreuses que l’on sait!] Car les faits que vous rapportez,
sont, hélas, pour l’ensemble, rigoureusement exacts, même si l’utilisation
politique que vous en faites en faussent la signification. Mais vous avez
parfaitement le droit d’avoir des idées politiques différentes des miennes,
prétendre l’inverse serait faire preuve de néo-impérialisme intellectuel
injustifiable.
Lors du
« Hearing » d’Oslo, vous avez pu constater combien divergeaient nos
points de vue : je n’ai pas du tout apprécié l’exposé d’Anthony Paul, même
si les faits qu’ils rapportaient étaient exacts ; l’interprétation de ces
faits m’ont semblé porter atteinte à la dignité du peuple khmer ; son
ignorance des événements survenus au Kampuchéa depuis la parution de votre
livre m’a laissé pantois. Je lui ai fait part avec assez de rigueur, d’une
manière fort peu courtoise je l’avoue, de mes critiques. J’ai trouvé par contre
votre exposé bon, et vous m’avez remercié de cette appréciation [fin de ligne
effacée] je vous ai cependant dit que je n’étais pas d’accord avec votre interprétation
des incidents survenus le long de la frontière khméro-thaïlandaise : pour
vous il paraît évident qu’ils sont le fait des Khmers Rouges, pour moi, je
pense qu’ils sont le fait d’insurgés thaïlandais ; vous m’avez remis le
livre blanc du gouvernement thaïlandais « the massacre on 28 january
1977 », dont la lecture ne m’a pas convaincu. Les déclarations récentes du
général Kriangsak semblent me donner raison, mais la discussion reste ouvert. Il
en est de même pour les incidents à la frontière khméro-vietnamienne :
vous semblez accorder tout crédit à la propagande de Hanoi qui vise à faire
passer les khmers Rouges comme des sanguinaires, alors que mon jugement serait
plus nuancé, en l’absence d’informations vérifiées. Mais sur ce point encore la
discussion reste ouverte.
Durant la
discussion qui a suivi mon exposé, madame Naccache et moi-même avons échangé
des propos violemment contrastés : je me suis refusé en effet de condamner
le projet de société des révolutionnaires khmers que j’estime fondé dans
l’histoire et la culture khmère, même si je n’approuve ABSOLUMENT pas les
moyens utilisés pour le réaliser. Quoi de plus enthousiasmant en effet que de
vider les villes, création en grande partie du capitalisme occidental, peuplées
en majorité de Chinois et de Viêtnamiens, et d'’envoyer toute la population
construire le réseau de digues et de canaux qui assurera la véritable
indépendance du pays Ce rêve ne fut-il pas celui des grands souverains
khmers mais sur ce point encore, la discussion reste ouverte, Mme
Naccache, Anthony Paul, vous-mêmes et moi-même sommes tous horrifiés devant le
traitement du peuple khmer, et sur ce point nos avis convergent. Même si je me
permets de critiquer votre livre, de ne pas partager vos idées politiques, vos
conceptions de la société, et surtout vos explications du drame cambodgien, je
tiens cependant à vous rendre hommage pour avoir recherché avec sérieux
l’établissement de faits [souligné par le Père Ponchaud]. Ceux qui vous
accusent de « répandre un flot de mensonges » sur le Kampuchéa ne se
basent que sur des à priori idéologiques et non sur une étude ou une recherche
comparable à la vôtre, en dépi de toutes ses limites.
J’aurai
cependant quelques remarques à vous faire sur l’usage que vous faites de mon
nom. Dans votre livre vous citez mon nom une vingtaine de fois, soit dans le
texte, soit dans les notes, en termes qui mettent ma modestie en difficulté. J’aurai
préféré des appréciations plus discrètes, car je sens les limites de mon
travail. A la page 227-228, dans les remerciements, vous exagérez le rôle qui
fut le mien dans l’élaboration de votre livre ; de même votre exposé au
Hearing du 3 mai 77 devant le sous-comité on international organizations ou
vous dites « Ponch [Barron utilisait vraiment ce diminutif d’affection
comme on peut le lire dans les compte-rendus des hearings] assisted us
extensively in our interviews in France. He compared data with us, critized our work,
and challenged in some cases our findings. We found him to be a very honest
scholar »… (p.48). De même Mme Naccache exagère un peu lorsqu’elle écrivit
à Anthony Paul pour répondre à mr Torben Retboll (Far Eastern Economic Review du 9.12.1977) : « I was in
almost daily contact with Father Ponchaud, and i asked for clarification of
several point in the text ». Ce que vous dites tous deux n’est pas faux, mais éxagéré, comme je l’ai
écrit à mr Torben Retbøll en deux lettres du 30 mai et du 9 juin 1978. Peut-être
n’êtes-vous pas totalement au courant de ma collaboration à votre travail,
aussi je tiens à vous la faire connaître, ainsi qu’à ceux qui veulent à tout
prix nous opposer.
Mme Naccache
est venue me trouver durant l’automne 1975 pour m’interviewer durant deux
matinées complètes sur le changement de pouvoir à Phnom Penh : car elle
demandait de préciser un nombre impressionnant de détails auxquels je ne
pensais pas. Elle m’a demandé ensuite où elle pouvait trouver des réfugiés
khmers, ainsi que des interprètes. Je lui ai donné des noms de gens
intéressants ; je lui ai également indiqué des personnes pouvant être
interprêtes, mais moi-même n’ai fait interprête qu’une seule fois, pour aller
vérifier un détail à Amiens (l’histoire des deux frères qui s’étaient enfuis en
voiture : je tenais moi-même à vérifier aussi !). Bien que ne
partageant pas les idées politiques de Mme Naccache, je ne voyais pas pourquoi
j’aurai dû lui refuser ces sources d’informations, bien que j’y ai pensé :
des journalistes de gauche, même d’extrême gauche sont venus également me
demander conseil, et je le leur ai donné.
Parfois
madame Naccache me téléphonait pour me demander si telle date me paraissait
exacte, ce que je pensais de tel ou tel point précis. Quand le manuscrit fut à
peu près élaboré, Mme Naccache me demanda ce que j’en pensais : je l’ai
feuilleté pendant quelque minutes, mais ne lisant pas suffisamment bien
l’anglais, madame Naccache m’en a traduit oralement des extraits, me posant un
certain nombre de questions. Pour répondre à Mr Torben Retboll, Madame Naccache
m’a téléphoné alors que je me trouvais dans un centre de réfugiés à Limoges. Est-ce
que cela justifie « in almost daily contact » je ne sais pas, mais
elle me consultait parfois par ce moyen. Si « criticized our work »
signifie « faire des remarques attentives sur un livre que l’on lit à tête
reposée », c terme n’est pas exact, car ma critique n’a consisté qu’à
répondre à des questions.
En décembre
1976, Mme Naccache me parla, au téléphone d’un article de Famiglia Cristiana du 25 septembre. Je ne le possédais pas, car
cette petite revue confessionnelle n’est pas le genre de littérature que
j’apprécie. J’avais remis mon manuscrit le 20 octobre, et en corrigeant les
épreuves de mon livre je n’ai pas éprouvé la nécessité d’ajouter une note pour
inclure le texte de ce journal. J’ai cependant fait venir le journal de Rome. Le
28 janvier 1977, recevant Eric Laurent, de France-Inter, pour préparer une
émission radiodiffusée du 12 février, nous avons parlé tout à fait par hasard
de la conférence de Colombo à laquelle il assistait. J’eus alors l’idée de lui
montrer le numéro de Famiglia Cristiana.
Il a bondi en voyant l’article de Paola Brianti, car celle-ci, disait-il,
n’avait pas quitté Patrice de Beer ni lui-même durant toute la durée de la
conférence, ainsi il lui paraissait impossible qu’elle ait pu interviewer Khieu
Samphân [dans une lettre à Torben Retbøll du 30 mai 1978, Ponchaud écrit que
Eric Laurent lui a dit le 28 janvier « qu’il était impossible que Khieu
Samphân lui ait accordé une interview »]. Je n’ai pas pensé vous avertir
de cette supercherie, car je ne me sentais pas partie de votre ouvrage. Je ne
connaissais pas d’autres part le contenu final de votre livre et même si vous
faisiez usage de cette interview que pour ma part j’avais négligée. Si Madame
Naccache m’avait demandé ce que j’en pensais, je le lui aurais dit, comme je le
fis pour mr Noam Chomsky, dans une lettre en date du 17 août 1977. Il est
curieux que Patrice de Beer n’ait pas réagi, lui non plus, et surtout que le
gouvernement de Phnom Penh, concerné au premier chef, n’ai jamais donné de
démenti. C’eut été aux autorités du Kampuchéa de rétablir la vérité, si
supercherie il y avait. Je comprends toutefois qu’elles ne l’ai[ent] pas fait,
vue l’insignifiance de cette revue. Cependant en constatant combien cette
interview était utilisée en Amérique, mais non en France (d’où je n’ai pas eu,
pas plus que de Beer l’idée de protester), elles auraient dû le faire. Il est
vrai que dans plusieurs émissions radio de septembre 1977, une chanson répète à
souhait : « forçons-nous de résoudre le problème de la nourriture
pour le peuple véritable de trois millions » (« Dâk Sray panyaha
khlien choun prachéachon bey lien dâ penh lenh haeuy »). Est-ce que ces
autorités reconnaissaient la réalité des faits évoqués ? [Ponchaud omet de
signaler ce qu’il mentionne dans une postface destinée à une édition
norvégienne de son livre, à savoir que
la radio officielle indiquait en mars 1978 que la population du
Kampuchéa était estimée à 8 millions d’habitants, l’objectif étant d’aller
jusqu’à 20 millions].
Quand dans
quelques années on connaîtra les mesures réelles du drame cambodgien, on se
rendra mieux compte du caractère ridicule, mesquin, voire déplacé de certaines
discussion oiseuses concernant la révolution du Kampuchéa. Que l’indépendance,
la révolution soient facteur de créativité est une idée généreuse, mais pour le
cas particulier qui nous préoccupe ce n’est pas précisément cela. Cependant,
les personnes qui aiment le peuple khmer doivent être prudentes dans leurs
critiques du régime actuel du Kampuchéa : toute critique peut être
utilisée comme une a[rme] au profit de la politique expansionniste de Hanoi. Si
Hanoi domine un jour le Cambodge, la race khmère aura terminé son existence
historique. Personnellement je sens une lourde responsabilité peser sur moi
après la publication de mon livre, car, avant même que le conflit
khméro-viêtnamien n’éclate, je redoutais l’utilisation partisane qui en serait
faite. La vérité prime cependant sur tout[e] autre considération. Je sais
également que cette lettre risque fort d’être utilisée pour nous opposer les
uns aux autres : nous sommes loin d’être d’accord sur les visées
politiques, certes, mais le souci de l’huma[nité ?] nous rapproche ;
le vécu passe après l’idéologie [sic].
Veuillez
croire, cher Monsieur Barron, l’expression de mes sentiments les meilleurs,
François Ponchaud
CC. Bob Silvers
Noam Chomsky Toute autorisation est donnée par l’auteur pour
reproduction
in extenso uniquement
— Noam Chomsky à François Ponchaud, Massachusetts, M.I.T., 4 August
1978.
Dear Father Ponchaud,
Thank you for
sending me a copy of your letter to Barron. I am glad that you have given your
authorization for the public use of your account of the Famiglia Cristiana matter, which is the only part of the letter to
which I expect to make any reference. I note, however, that you regard it as a
public document, and that you describe it in your accompanying letter to me as
"une démarche scientifique rigoureuse." So regarded, it has some
curious aspects.
You state that those who accuse Barron
"de répandre un flot de mensonges sur le Kampuchea ne se basent que sur
des a priori idéologiques..." Since I am the person cited as having made this
accusation (as indeed I did), you are therefore asserting that I base myself
solely on a priori ideological assumptions. This statement gives some insight,
perhaps, into what you regard as rigorous scientific analysis. As you know very
well, of course, the statement is false. That is, even in the one article of
mine that you have seen, grounds are presented for the judgment that I made,
and there is no basis there for your further claim. If you had any acquaintance
with other work of mine, you would discover that your a priori claim is not
only false but ludicrous. In fact, it is particularly ironic that you should
put it forth. Your own expressed support for the Khmer Rouge contrasts rather
strikingly with my complete and consistent refusal to express any such support,
and with a long history of articulate opposition to Leninist movements of any
sort. I say this not to justify myself,
but to bring out clearly what your conception of rigorous scientific work must
be. As in the case of the "quotations" that you described to me in
your letter, and about which I have already written, I must conclude that your
conception of rigorous science is a rather odd one. Before continuing to laud
yourself in this way, I would suggest that you might give the matter a little
thought.
Quite apart from
your false statement, based on no evidence whatsoever in this rigorous
scientific contribution, it is surprising that you cannot make the elementary
distinction between apologetics for the Khmer rouge (your ideological a priori)
and an effort to discover the truth, in the writings of people who are guilty
of clear falsehoods (as in the case of Barron; cf. my article for a few
example) or others, like yourself, who present as quotations variously
attributed to different individuals what turn out to be remembered slogans. I
continue to believe, as I wrote in the original review, that your book is a
serious one that deserves attention and that gives a good deal of insight into
the current situation, despite the continuing record of carelessness and
apparent disregard for elementary standards of accuracy that appears in your
letters, always combined with a self-characterization that is rather at odds
with what appears.
You state in your
letter to Barron that it did not seem to you that it was your responsibility to
clarify the facts about the matter under discussion; rather, it was the
responsibility of the Kampuchean authorities. This is a very curious position
for someone who is devoted to the truth.
On such a commitment, it is, plainly, a responsibility to clarify what
one knows to be true, particularly in an important case such as this, where, as
you know, the apparently fabricated interview has been made public in a book
that cites you as the sole expert witness, and has been very widely discussed
in Europe and the United States, and even in serious Asian journals that one
would expect to show better judgment, and has furthermore been used as a basis
for a call for intervention in the U.S. Congress. For someone devoted to the
truth, the responsibility of the Kampuchean authorities is a matter of total
irrelevance. Your shift of the responsibility to them befits a prosecutor, but
not someone devoted to making the truth known.
You speak further of "le silence complice qui
entoure la souffrance...." That is again a curious judgment. Where has there been
this "silence." Surely not in the United States. As noted in my
review of your book, and as you surely know, the Cambodian events (including
known fabrications) have been very widely discussed in the United States, in
dramatic contrast to other major massacres -- e.g., the Indonesian massacres of
the mid-1960s or the current massacres in Timor, which may well compare in
number, and almost surely do in proportion of the population, to what has
happened in Cambodia. The Readers Digest is a mass circulation journal. The
Barron-Paul account was widely circulated further in other mass circulation journals
as I noted. Your book achieved a record as the most rapidly reviewed French
book in the U.S. in recent history -- perhaps ever -- and Lacouture's review
was very widely noted in the press, though his "corrections" were
not. Furthermore, there has been very substantial press coverage of Cambodia,
primarily. Henry Kamm recently won a PUlitzer Prize for his coverage of
Cambodia, primarily. The fact is that in the mass media, the specialized
journals, the Congress, and elsewhere,
Cambodia has been one of the most extensively covered stories of recent
times --I wlll not say one of the best-covered, since there has been so mach
falsification and fabrication. Much the same has been true in other countries.
Your concept of "silence" seems a strange one. The international
circulation of Readers Digest alone belies this claim, and as you know, that is
just a tiny fraction of what has appeared.
Your praise for the
Barron-Paul book also seems to me very odd. After all, if you have read the
single article of mine that you received you know that quite apart from the Famiglia Cristiana material, there are
very serious inadequacies, and in that review we did not attempt to be anything
like exhaustive. As a person with such
a comrnitment to discovering the truth, you might, I think, be a bit more
concerned about these matters.
On quite another matter, I
continue to be surprised that you feel that I should send to you copies of
personal correspondence to friends, and that you seem to dismiss my statement
that the publication of such personal correspondence without authorization is
dishonest journalism. Is this, perhaps, your concept of honest journalism ? I
will simply repeat what should be obvious. I could not imagine insisting that
you send me copies of your personal letters to your friends, nor do I care what
you say in such letters. It is a diff
erent matter, of course, when a letter is presented as a public document, as
your letter to Barron, with its false and indeed slanderous statements,
discussed above.
I can only repeat that despite
all of this, I continue to find the book itself a valuable and serlous one, and
I continue, I hope not too naively, to hope that you wlll reconsider some of
the other things that you have written, which do not deserve these characterizations,
in my opinion.
Sincerely
yours,
Noam Chomsky
— François Ponchaud à Noam Chomsky, Paris le 4 septembre 1978.
Monsieur,
Bien que
vous soyez le linguiste le plus éminent des USA, je tiens à vous faire savoir
que « Toute autorisation est donnée par l’auteur pour reproduction, in
extenso seulement » signifie que ma lettre doit être publiée en
totalité ou pas du tout. Je tiens en effet à ce que vos lecteurs sachent de
quels qualificatifs vous traitez les personnes qui ne partagent pas vos points
de vue. J’accepte de discuter des opinions différentes des miennes, mais non de
me faire injurier d’une manière malhonnête et gratuite. D’autre part, par un
savant découpage selon une dialectique dont la rigueur scientifique m’échappe,
on peut faire dire à ma lettre l’inverse de ce que j’ai voulu dire ; Je
vous conteste donc le droit de ne retenir que le passage concernant la
pitoyable histoire de Famiglia Cristiana,
la seule qui apparemment semble présenter pour vous quelqu’intérêt d’école,
passant sous silence les horreurs du drame khmer [il peut pourtant y aller de
la vie de nombreux Cambodgiens ! ].
Je me
demande d’ailleurs si vous avez lu mes précédentes lettres, ou tout du moins,
si vous les avez comprises. Dans votre lettre du 5 juin, vous me disiez, pour
vous excuser, que la publication de votre lettre à Malcolm Caldwell était
l’œuvre d’un « unscrupulous journalist », d’un « dishonest
journalist ». Dans votre lettre du 4 août vous me reprochez implicitement
de citer ces termes, me demandant ma conception du journaliste honnête !
De même,
dans une courte lettre accompagnant la copie de ma lettre à John Barron,
j’ironise sur votre « démarche scientifique rigoureuse » qui
« me vaudra un nouveau qualificatif aussi agréable que celui dont vous
m’avez gratifié dans votre lettre à Caldwell » ! Dans votre lettre du
4 août vous me reprochez de me vanter moi-même de suivre une démarche
scientifique rigoureuse ! [la lettre de Ponchaud du 3 juillet 1978 pouvait
en effet être comprise ainsi, voir plus haut] Il est probable que des nuances
d’une langue étrangère échappent , même à un linguiste de votre renom. Comme
linguiste, je m’étonne d’autre part que vous n’ayez pas donné votre opinion sur
« Vicissitudes de la linguistique au service de l’idéologie
abstraite », puisque l’étude de Steve Heder vous paraissait « Quite
interesting » ! Elle l’est en effet, car elle montre comment on peut
utiliser ses embryons de connaissances pour défendre une idéologie. Vous avez
autorisation de publier ma réponse, « In extenso seulement ».
Veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes salutations
distinguées,
François Ponchaud
CC. John
Barron
— Noam Chomsky à François Ponchaud, Massachussets, M.I.T., 28
September 1978.
Dear Pather Ponchaud,
Thank you for clarifying your intentions concerning your "open
letter" to Barron. The main reason I wrote you was to inform you of the
sections to which I intended to make reference, to ensure that this was in
accordance with your concept of quoting in context. I see that it was not, and am to know that before publishing
anything further on this matter. I could not believe, frankly, that you really
meant that you insisted that the "open letter" be quoted in toto
or not at ail. I see that you did mean
exactly that. Since, obviously, no one
(certainly not I) is going to quote this five-page later completely, it follows
that you have ensured that no one will quote it at all (except, of course, for
Barron and others of his type ; I assume you will raise no objection if they
quote selectively from it). In this
way, you succeed in maintaining your silence, in effect, about the interview
that you know for certain to be fabricated, while perhaps being in a position
to mislead the more gullible into believing that you have been forthright about
the matter. I find this as cunous as I
do the various falsehoods that I pointed out to you in your open letter, concerning
which you did not respond, thus converting these falsehoods into lies; I trust
that the distinction is clear. Returning to your (effective) silence about the Famiglia Cristiana interview, which --
as you know -- has been exploited for such purposes as motivating Congressional
support for military intervention in Cambodia, how you square this with your
alleged concern that the truth be made known, or for that matter, with your
conscience, I have no idea, and quite frankly, at this point, do not much care.
Since you did not choose to respond to my pointing out to you that you
were making false and slanderous comments in a "public" document, and
since your continued commitment to keeping silent in effect on the alleged
interview is now obvious to both of us, I see no point in maintaining any
further pretenses concerning your alleged commitment to truth and fact, and
will therefore terminate this correspondence, with no further comment on what
you, I, or others have written.
There is one additional reason why I have no further interest in
pursuing this correspondence, one that you will comprehend at once, I have no
doubt. I have been comparing the French, British and American editions of your
book. I presume that nothing further need be said.
[Précisons au
lecteur, d’après ce qu’en dit Torben Retbøll dans l’instructif et condensé
« Kampuchea and the Reader’s Digest »,
Bulletin of Concerned Asian Scholars, vol.11,
n°3, 1979, pp.22-27 (cf. document 22 en annexe) que la « redoutable
boutade » sur « il suffit d’un million… » était retirée de
l’édition américaine de juin 1978, mais non de l’édition anglaise simultanée,
et que la préface à l’édition américaine comprenait une remarque sur
« l’attitude responsable et la précision de pensée si caractéristiques à Noam
Chomsky », mais que ce passage
était remplacé dans l’édition anglaise par des attaques sans fondement contre
Chomsky]
Sincerely yours,
Noam Chomsky
— Torben Retbøll à François Ponchaud, Vester Skerninge, Danemark,
September 13, 1978.
Dear
Mr. Ponchaud,
Thank you for your
letter of June 9 as well as for the enclosed article in reply to steve Heder. I
have read this with much interest, but since I know no Khmer I do not consider
myself competent to judge on this matter. Personnaly, i have not written
anything on this subject, one way or the other.
Since writing to you
the last time I have read the english translation of your book, and if you do
not mind my unsolicited opinion I would like o make a few comments on this. As
far as I can see it is mostly the same as the French original, apart from minor
updatings and revisions. Thus, you still claim that rice stcocks in phnom Penh
would have sufficed for two months (page 37), although I understand from
Chomsky that
you have conceded to him that this view saw not entirely correct. According to
Long Boret, the old government’s last premier, the city had only eight days
worth of rice on hand on the eve of surrender. One might, of course, object
that he would warn of starvation in order to influence American congressmen,
but in the first place, his warning did not – to my knowledge, at least – reach
the West until it was reported in the New
York Times on May 9, 1975, when it was too late to influence anybody. And
secondly, his testimony was corroborated by US AID officials who estimated that
there was a six day supply of rice (NYT,
July 14, 1975). In any event, this evidence is not cited and then rejected, but
is simply left out altogether.
On page 70, you say
that the Khmer Rouge believed that it was impossible to re-educate the cadres
of the former regime, but this statement is contradicted by yourself on page 88
when you say that « many refugees speak of being subjected to
“construction” or re-education , », and again on page 208 when you
say that since 1976, people trying to get away « are aparently sent to
re-education camps . » and your citation of the Thai paper Prachachat which follows immediately
afterwards still foes not make it clear that the reporter was, in fact,
interviewing a « neutral » person who claimed to have talked to a
member of the Khmer Rouge. Thus, the chain contains an additional link which
you omit entirely. Similarly, it is unclear who
makes the remark about « overturning the basket. » This, at least,
was obvious in the French original, whereas the English edition merely says
that « the article concluded… » but perhaps this is due to the
translator ?
On page 92, you do not
explain the background and the proper meaning of the « redoutable
boutade » which I understand that you have discussed with chomsky. Nor
have you marked that you yourself gave a rather different version of this
slogan in Le Monde of February 18,
1976. Thus, this statement – which would appear to mean simply that the
Cambodian people will solve any task no matter how many or how few they are –
is still being interpreted as expressinga deliberate wish to exterminate the
population (cf. the Far Eastern Economic Review,
August 25, 1978). A t least this was how it was read by Jean Lacouture when he
reviewed your book in the New York Review
of Books on March 31, 1977. However, as you know, Lacouture did not quote
you correctly, so he said « only 1.5 or 2 million young Cambodians, out of
six million, will be enough to rebuild a pure society » and concluded that
this went beyond barbarism. And this quotation – taken from a review which
Lacouture was later forced to retract as distorted and falsified – appears on
both front and rear covers of the Penguin paperback edition of the book (only,
even Penguin Books cannot quote correctly, so they have left out the figure of
2 million). And here it is certainly presented as evidence of an official wish
to exterminate millions and millions of people. In a recent review of your book
in the English Tribune, Malcolm
Caldwell says of this case that « I do not believe that this could have
been done without Ponchaud’s approval . » I would be much interested
in knowing whether this assumption is correct.
I think it was very
useful to have a more detailed discussion of the reliability of refugee
accounts in the preface to the English edition – there was hardly anything on
this in the French original. However, i am afraid that you are misrepresenting
the views of Porter and particularly Chomsky-Herman when on page 13 you claim that
« they say there have been no massacres » - and again when on page 16
you say that « their only sources of evaluation are deliberately chosen
official statements . » I doubt that you could find evidence in
support of these contentions. It is true that Porter-Hildebrand do cite several
official documents and sometimes use them somewhat uncritically, but to my
knowledge, the only official statement cited by Chomsky-Herman is the Famiglia Cristiana interview with Khieu Samphan, which –
incidentally – they questioned seriously, even before you informed them that it
might be a fraud.
At the end of your
book you mention the Cambodians living abroad who have returned to their
country after April 1975 and claim that they have been killed on their arrival
in Cambodia (pages 209-210). I would be much interested in knowing how you can
say this with certainty. You add that most were students or trainees in various
trades who had gone to France before the fall of Phom Penh, and then you go
on : « I have heard of no refugee making that choice. » I
have : On May 3, 1976, the Washington
Post carried a dispatch from Bangkok by Lewis Simons who reported that
« four refugees who fled o Thailand seven or eight months ago voluntarily
returned to Cambodia. » He added that « the four were the first to go
back from Thai refugee camps to what is now officially called Democratic Kampuchea. »
I considered this a remarkable case but so far I have searched in vain for more
details than the 9 lines in this report by Lewis Simons. The story was not
picked up by other papers (quite unlike Jean Lacouture’s review of your book,
for instance), and nobody cared to send out a reporter to interview them before
they left. Apparently, this was not relevant information to the press. (for
your reference, I enclose a xerox).
Finally, I should like
to raise two more points which do not have a direct bearing on your book.
First, kampuchea is now opening its borders for foreign visitors more and more,
for instance two Danes and three Swedes recently toured the country. I have no
doubt that such visits are what is usully called « guided tours ,
« but how much so and how does this take place ? in this conection I
was very interested to see a casual and short discussion of this subject in
your speech for the international Cambodia hearing in April in Oslo, and I
would be very grateful if you could elaborate somewhat on this point. Have you,
for instance, tried to check out such accounts by demanding dates and the names
of the people who were visiting when such arrangements were being made ?
Have you tried to investigate to which extent these delegations are all
travelling along the same roads and visiting the sam locations (apart from
Phnom penh and Angkor Wat) ?
Secondly, I should
like to draw your attention to an article in the French paper Libération of March 16, 1976 ;
which I came across some time ago. It is a reaction to your articles in le Monde of february 17 and 18, 1976. I
did not know if you are already familiar with it, but in any event I enclose a
xerox and I would be very interested in hearing if you have any comments to the
claim made in this article. I thank you for time and attention.
Sincerely,
Torben
Retbøll.
L’article est reproduit émaillé entre crochets de remarques de divers
connaisseurs du Cambodge (Jacques Népote, 2 juillet 2002, Serge Thion, 3 juillet 2002,
Bernard Hamel, 8 juillet 2002). Il est suivi d’une réponse de Ponchaud dans le
même journal, le 20 avril 1976, et d’une autre réponse, à l’auteur.
[L’article de
Patrick Ruel]
[Serge Thion : Il faut savoir que ce "Patrick Ruel" était un petit prof maoïste. Il a beaucoup lutté pour empêcher de passer mon article de mars 77 [le 7 mars 1977, voir www.abbc.com/totus]. Ce qui est amusant c'est qu'il a survécu dans le cadre de Libération, qu'il a repris son véritable nom de Sabatier et qu'il est un des rédacteurs en chef du journal. Il s'est démaoïsé et libéralisé. Il serait amusant, et sans doute cruel, d'aller l'interviewer maintenant sur ce qu'il écrivait à l'époque, sans savoir quoi que ce soit, puisqu'il n'avait évidemment aucune source à l'intérieur du pays]
L’ « intox »
cela existe. Il ne suffit pas d’en être convaincu pour la montrer à l’œuvre. et
nul n’en est à l’abri. Ainsi « le Monde » publiait, avec les honneurs
de la « une », un article en deux parties intitulé « Le Cambodge
neuf mois après », sous la signature de F. Ponchaud. « Au moins huit
cent mille morts depuis la victoire des révolutionnaires », annonçait cet
article dont l’auteur invoquait « des sources bien informées ». il
est vrai qu’en l’absence d’informations directes, vérifiables sur le terrain,
il est difficile d’avancer des faits précis. On peut regretter l’attitude du
gouvernement cambodgien à cet égard. Ce n’est pas une raison pour raconter
n’importe quoi.
[Serge Thion : Là, il a raison. Ponchaud était à la fois quelqu'un qui connaissait bien les Cambodgiens mais aussi un propagandiste politique assez borné].
A moins qu’il ne s’agisse
d’une pure et simple manipulation. Et tel est le cas. Il semble que la
réputation de « sérieux » et d’ « objectivité »
du « Monde » ait été utilisée aux fins d’une opération d’intoxication
de grande envergure sur laquelle nous sommes en mesure d’apporter quelques
précisions. Au-delà de cette affaire, la correspondance que nous publions
ci-dessous éclaire quelques mécanismes de l’ « intox » et du jeu
français face aux régime révolutionnaire indochinois.
Patrick RUEL
[La correspondance de G.M.C.]
[Serge Thion : Je ne connais pas ce GMC, quelqu'un qui a passé du temps sur la frontière, très certainement. Peut-être de MSF ou d'une organisation de ce genre. Ruel-Sabatier doit le savoir].
Bangkok est un des
principaux centres de propagande de fausses nouvelles concernant l’Asie par la
CIA, constatait, début février, l’International
Herald Tribune, dans un article sur l’ « information manipulée ».
La méthode d’intox est est des plus simples. Un journal local publie une
information « fabriquée » : celle-ci est immédiatement reprise
par une agence de presse (l’AFP serait coutumière du fait), sans pouvoir la
plupart du temps vérifier l’authenticité de l’information. Des journaux
prestigieux reproduisent la dépêche, lui donnant ainsi du poids. L’information
dès lors appartient au domaine public : elle est reprise par les radios,
les télévisions, d’autres journaux : le circuit l’a légitimée.
[Serge Thion : Oui, ça c'est tout à fait juste].
En Thaïlande, la tâche est
facile : tel journaliste américain du Bangkok
Post (un des deux journaux thaïs en langue anglaise) opère … à partir du
deuxième étage de l’ambassade américaine.
[Serge Thion : Ça, en revanche, c'est de la calomnie pure].
Ce genre d’intoxication est
d’autant plus facile dans le cas du Cambodge que personne ne peut s’y rendre
pour témoigner, confirmer ou démentir. Mais elle est aussi bien mise en œuvre
en ce qui concerne le Laos.
DE
CURIEUX AMIS DU CAMBODGE
M. Ponchaud, l’auteur de
l’article du Monde, n’est pas
n’importe qui : il ne s’agit, en effet, pas d’un journaliste… Mais d’un
missionnaire « de choc », vétéran de l’ « Indo »,
traducteur de la Bible en khmer, contraint de quitter Phnom-Penh après la
libération. Ce monsieur semble disposer de moyens assez importants, puisqu’il a
fondé une organisation (Echange France-Asie, 26, rue de Babylone, 7e)
[Serge Thion : L'adresse est celle des Missions étrangère de Paris, qui sont installées là depuis trois siècles..].
qui publie des
« dossiers d’information » (les articles publiés par le Monde ne sont en fait qu’un résumé
d’un « dossier Cambodge » publié par cette organisation à la
mi-janvier)… A notre connaissance, M. Ponchaud n’a pas séjourné en Thaïlande
depuis de nombreux mois et travaille de Paris à partir de documents recueillis
par ses « correspondants » en Thaïlande.
Un de ces Français qui, en
Thaïlande, sont spécialisés dans la « collecte d’informations »
concernant en particulier le Cambodge, est un autre prêtre, le Père Venet, qui
entretient des liens très étroits avec l’attaché militaire de l’ambassade de
France à Bangkok. Le père Venet (des missions étrangère de Paris) était, lui aussi,
en poste au Cambodge, à Battambang, avant la libération. Les liens de ces
religieux avec le régime Lon Nol étaient fort étroits (le père Venet serait
d’ailleurs intervenu pour faire accorder un visa pour la France à It Suong,
chef de la garde personnelle de Lon Nol, et à divers autres criminels de guerre
que le gouvernement français hésitait à accueillir).
[Serge Thion : C'est possible. Le père Venet était très actif. J'ai vu, dans des bureaux de poste français, un petit avis officiel disant qu'on ne pouvait plus envoyer de courrier au Cambodge et que les mandats pouvaient être adressés au père Venet à Bangkok].
[A ce dernier sujet, Jacques Népote indique qu’en 1976-1977, les autorités postales mondiales ont averti leurs clients de ne pas envoyer de l’argent au père Venet sur son compte, à destination des réfugiés]
Autres personnages
s’intéressant de près au Cambodge : le colonel de Saint-Simon, ancien
attaché militaire adjoint et aimable correspondant du SDECE (1) à Phnom Penh,
aujourd’hui fort actif au sein du « comité d’accueil » des réfugiés
indochinois, et M. Migot, ex-OAS, responsable de l’Alliance française à
Chieng-maî (dans le nord de la Thaïlande) après l’avoir été à Phnom Penh
jusqu’à la libération…
[Serge
Thion :
Migot, je ne sais pas. Mais de Saint Simon est un excellent homme qui
représentait l'armée française dans ces affaires. Giscard [le Président de la République de
l’époque] avait monté ce comité d'accueil
pour trier et faciliter l'accueil en France des réfugiés indochinois qui
parlaient français ou avaient des titres à faire valoir (anciens
fonctionnaires, etc.) Le SDECE n'opérait pas comme ça, ce serait un peu long de
décrire cette situation].
[Bernard
Hamel : le Colonel de Saint-Simon (…) n’a jamais caché son appartenance au
SDECE. Son « comité d’accueil » a été, dès 1975, une association très
active (Association « Amitié Franco-Khmère ») en faveur des réfugiés
cambodgiens, composée de personnalités connues et hautement respectables. J’ai
moi-même fait partie du Conseil d’Administration pendant de longues années. Certes,
on a cherché à soutenir la résistance anti-K.R. à l’époque de Pol Pot. Mais
était-ce un « crime » ?]
A
L’ECOUTE DES REFUGIES
Le père Venet et ses amis se livrent à un
minutieux travail de mise en fiches de renseignements, puisés à l’écoute de
Radio Phnom Penh et auprès de réfugiés. Ils ne s’intéressent pas seulement aux
« massacres » ou à la famine » (thèmes favoris de la propagande
anticambodgienne), mais aussi à l’état d’achèvement et au potentiel de tel
barrage, à la disposition de tel bâtiment, au nom de tel responsable local,
etc. Travail que ne désavoueraient sans doute pas les agents de la CIA et du
SDECE… Le père Venet interroge ses réfugiés en présence de dizaines d’autres
réfugiés qui ont naturellement tendance à s’imprégner des histoires racontées
devant eux, et à la [sic] ressortir quelque peu « enjolivées » comme
étant de leur cru.
[Patrice
de Beer écrit dans le
Monde du 18 septembre 1976 que les
réfugiés qu’il a interrogés, choisis par le chef khmer du camp parmi les
derniers arrivés sont « parfois intimidés par la vingtaine de personnes
les entourant, compagnons de misère qui écoutent, commentent, rient »]
[A
la question de savoir s’il avait entendu que le Père Venet interrogeait des
réfugiés au milieu d’un groupe d’autres réfugiés, Serge Thion répondit : « Ce genre de scène
était courante dans les campements à la frontière. Il y avait évidemment
toujours une part de cinéma. Le réfugié cambodgien se doutait bien de ce que le
Barang [le français ou
l’étranger] voulait entendre ».]
Comment,
dans ces conditions, prétendre à la moindre rigueur, à la moindre
véracité ?
[Serge Thion